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Une nouvelle plongée dans la noirceur humaine

Jean-Christophe Grangé
Photo courtoisie Jean-Christophe Grangé

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L’écrivain français Jean-Christophe Grangé n’a pas changé son fusil d’épaule : avec ce roman, il signe encore une fois un thriller à glacer le sang.

L’hiver dernier, nos cousins français ont eu la chance de pouvoir regarder Les rivières pourpres, une télésérie policière diffusée sur France 2 racontant les enquêtes du commandant Pierre Niémans. Oui, le même Pierre Niémans qu’on a pu croiser en 1998 dans le roman dont le titre était aussi Les rivières pourpres.

« Il y a un an et demi, j’ai eu l’idée d’une série de quatre histoires qui chaque fois, amenaient un spécialiste de la violence, explique Jean-Christophe Grangé, qu’on a joint chez lui, à Paris. Au bout d’un moment, je me suis rendu compte que ce personnage, je l’avais déjà inventé avec mon vieil enquêteur Niémans. En refaisant appel à lui près de 20 ans plus tard, j’ai donc fait tout le contraire de ce que j’ai toujours dit : “Pas de héros récurrent, parce que c’est nul, les héros récurrents !” Mais les quatre histoires que j’avais en tête étaient vraiment taillées sur mesure pour lui. »

En plus de ressusciter Pierre Niémans à l’écran, Jean-Christophe Grangé a également tenu à le ressusciter sur papier en écrivant La dernière chasse. « Je prends un risque, car je raconte la première des quatre histoires qui a été tournée pour la télévision, poursuit-il. Mais j’ai voulu le faire, parce que je pense que les lecteurs seront à la fois contents de retrouver Niémans et heureux de lire quelque chose de plus approfondi. »

Qui va à la chasse...

Après la terrible affaire de Guernon qui a failli lui coûter la vie (là encore, on fait référence aux Rivières pourpres !), Pierre Niémans sera ainsi nommé à la tête de l’Office central contre les crimes de sang, sorte d’unité spéciale ayant pour mandat de venir en aide aux policiers et aux gendarmes de tout l’Hexagone dès qu’une affaire particulièrement tordue l’exige. Voilà pourquoi on réclamera rapidement sa présence en Allemagne, le comte Jürgen von Geyersberg, principal héritier de l’une des plus importantes entreprises du Bade-Wurtemberg, s’étant fait assassiner en pleine forêt. Et pas n’importe comment : il a été traqué comme un animal, décapité, éviscéré et castré, le meurtrier maîtrisant apparemment à la perfection toutes les techniques de la chasse à l’approche. Une forme de chasse silencieuse aussi désignée sous le nom de « pirsch », que la victime pratiquait elle-même régulièrement aux côtés de sa sœur, la très jolie Laura von Geyersberg.

<b><i>La dernière chasse</i></b><br />
Jean-Christophe Grangé<br />
Aux Éditions Albin Michel, 400 pages.
Photo courtoisie
La dernière chasse
Jean-Christophe Grangé
Aux Éditions Albin Michel, 400 pages.

« Personnellement, en tant qu’écrivain, j’ai toujours considéré que les romans policiers étaient des romans de chasse, précise Jean-Christophe Grangé. Sur le plan symbolique, j’imagine que mon flic s’enfonce dans les ténèbres pour trouver son tueur, comme un chasseur s’enfoncerait dans la jungle pour trouver ses lions. Dans les romans policiers, les proies sont juste un peu plus dangereuses. »

De fait, celles que Niémans et sa jeune adjointe Ivana Bogdanovic ne tarderont pas à pourchasser pourraient très bien être les descendants directs des monstrueux Chasseurs noirs de la Waffen-SS.

Résurgence du passé

« J’ai longtemps été grand reporter et je suis toujours à la recherche de toiles de fond qui feraient de bons décors pour mes intrigues, précise Jean-Christophe Grangé. Alors quand je suis tombé sur un thème comme celui des Chasseurs noirs, je savais qu’un jour j’allais projeter mon enquêteur dans un domaine aussi noir. »

Créée en 1941 à l’instigation d’Himmler­­­, cette brigade essentiellement composée d’anciens prisonniers et de braconniers était en effet spécialisée dans la traque humaine. Et à elle seule, en parcourant routes et forêts, elle aurait apparemment assassiné pas moins de 120 000 Juifs et partisans.

« Le nazisme, que j’ai beaucoup étudié, a un côté cauchemardesque, et si je trouvais le courage de me lancer dans la rédaction d’un ouvrage historique, j’écrirais sur cette période. C’était une sorte de vivier pour les pires pulsions humaines et cette histoire de Chasseurs noirs est quelque chose, car la pire des cruautés, c’est de refuser à l’homme son intégrité humaine et d’en faire une bête. » À notre valeureux commandant Niémans de débrouiller tout ça au plus vite... avant que les meurtres ne se multiplient.