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Pierre Moreau a eu besoin d’une désintox de la politique

L’ex-ministre refuse d’attribuer la défaite de son parti aux mesures de rigueurs budgétaires imposées

L’ex-ministre libéral Pierre Moreau, qui nous avait donné rendez-vous au Château Frontenac pour l’entrevue, croit que la rigueur budgétaire imposée par son gouvernement n’y est pour rien dans le résultat des élections.
Photo Jean-François Desgagnés L’ex-ministre libéral Pierre Moreau, qui nous avait donné rendez-vous au Château Frontenac pour l’entrevue, croit que la rigueur budgétaire imposée par son gouvernement n’y est pour rien dans le résultat des élections.

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Délogé dans le fief libéral de Châteauguay aux dernières élections, l’ex-ministre Pierre Moreau avait besoin d’une cure de désintoxication politique dans les mois qui ont suivi le scrutin.

« Je me suis imposé une période de réflexion et de décontamination. C’est important. Je n’ai plus écouté un bulletin de nouvelles, je n’ai pas lu un journal, j’ai coupé tout avec l’actualité [du mois] d’octobre quasiment jusqu’en janvier, lance l’ancien député, dans une entrevue accordée à notre Bureau parlementaire. Ça prenait un buffer. »

Au menu de ses journées, des cours de cuisine, des livres et beaucoup de musique.

Retour au droit

En février, Pierre Moreau a décidé de reprendre la pratique du droit en tant qu’associé directeur au sein du cabinet d’avocats Bélanger Sauvé, où il travaillait avant de faire le saut en politique en 2003.

Après 15 ans de politique active, il dit avoir encaissé la défaite de façon « assez stoïque ».

« C’est ça, la démocratie », dit-il, en sirotant un café au bistro du Château Frontenac, où il nous avait donné rendez-vous.

Selon lui, si les Québécois ont infligé une telle raclée au Parti libéral, c’est principalement en raison d’une certaine « lassitude » qui s’était installée après les années de pouvoir.

Pas d’excuses pour l’austérité

Pierre Moreau soutient que les restrictions budgétaires imposées par son gouvernement n’ont rien à voir dans ce résultat.

Sans la nommer, il écorche au passage la députée libérale Marwah Rizqy pour avoir proposé que le parti s’excuse pour les années de rigueurs budgétaires.

« La dernière chose qu’on a à faire, c’est de s’excuser pour avoir remis les finances du Québec en état. La réalité, c’est qu’on a pris des décisions qui ont été difficiles, mais qui visaient à terme, je pense, le bien de la population. »

Qui sont les hommes et les femmes derrière nos politiciens? Emmanuelle présente... un balado animé par Emmanuelle Latraverse.

L’ex-politicien reconnaît que les libéraux n’ont pas brillé en période électorale. « On n’a pas fait une bonne campagne », convient-il. Pierre Moreau refuse toutefois de s’en prendre à son ancien chef.

Il dit avoir eu une bonne relation avec le « cérébral » Philippe Couillard, même une certaine proximité avec celui qu’il a affronté lors de la dernière course au leadership.

Pierre Moreau assure avoir toujours été loyal à son chef, qui ne le voyait pas comme un rival, insiste-t-il.

« Un moment donné [alors qu’on était dans l’opposition], j’ai senti le besoin d’aller voir Philippe et de lui dire : “Philippe, la course est finie, la job est prise, je ne la veux pas, elle n’est pas disponible de toute façon. Mais peux-tu le dire à ta gang autour, car il y en a qui n’ont peut-être pas eu le mémo encore.” Et de façon épisodique, on avait cette discussion-là », confie-t-il.

Pas de croix définitive sur la politique

Et maintenant que le poste de chef du PLQ est libre ?

« Pour l’instant, je ne suis pas là », dit-il, avant d’ajouter qu’il ne fait pas une croix définitive sur la politique.

« Je suis touché, je ne suis pas insensible au fait qu’il y a du monde qui, sincèrement, souhaiterait que j’y aille, mais pour l’instant, je ne suis pas là », insiste-t-il.

Pierre Moreau restera un militant actif et sera présent au Conseil général du PLQ début mai, où les règles de la course à la direction seront connues.

Pierre Moreau

  • Âge : 61 ans
  • Dernière fonction politique occupée : Député de Châteauguay et ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles
  • Ce qu’il fait aujourd’hui : Associé directeur au cabinet d’avocats Bélanger Sauvé

Maladie et politique

Pierre Moreau a été frappé de plein fouet par un lymphome et une grave infection au début de 2016, ce qui l’a éloigné de la politique pendant un an. La maladie se vit parfois différemment quand tu es un personnage public, dit l’ex-politicien. « Quand tu es à l’hôpital, la dernière chose que tu veux, c’est avoir un article de journal qui dit : “Il a été vu dans tel secteur de l’hôpital.” À l’inverse, à cause de ma vie publique, j’ai vécu des moments très émouvants liés à ça. » M. Moreau se remémore une visite aux Îles-de-la-Madeleine au début du mandat du gouvernement Couillard. Il avait découvert le clocher de la plus vieille église en bois. Lorsqu’il y est retourné, après sa maladie, le sacristain lui a confié qu’il était allé au clocher pour prier pour lui. « J’étais probablement dans le fond de mon lit et il y avait quelqu’un aux Îles-de-la-Madeleine qui était monté debout dans le clocher pour prier pour moi, alors tu te dis, je veux vivre ça privément [...], puis, de l’autre côté, le nombre de personnes qui m’ont dit : “On a prié pour vous !” »

À la défense de Chassé

Pierre Moreau a subi la défaite le 1er octobre dans la circonscription de Châteauguay aux mains de la caquiste MarieChantal Chassé. L’ancien élu défend sa successeure, qui a été dégommée de son poste de ministre de l’Environnement quelques semaines après sa nomination. Selon lui, les gens ont « été très durs avec elle ». M. Moreau se remémore lui-même sa première mêlée de presse comme nouveau politicien au début du gouvernement Charest. Interrogé par les reporters au sujet des fusions municipales, il ne se souvient que des caméras braquées sur lui. « Après, j’étais incapable de me rappeler ce que je venais de dire ! »