/lifestyle/psycho
Navigation

Perdre deux fils­­

Il y a 20 ans, un couple de Charlevoix a vécu les deuils de Jean-François, 17 ans, et David, 23 ans

Anna Gaudreault pense aux souvenirs de ses deux fils décédés il y a 20 ans.
Photo Agence QMI, Simon Clark Anna Gaudreault pense aux souvenirs de ses deux fils décédés il y a 20 ans.

Coup d'oeil sur cet article

Un couple de Charlevoix a vécu le pire qui puisse arriver à des parents alors que ses deux fils ont perdu la vie dans des circonstances tragiques à moins d’un an d’intervalle.

Le bonheur familial d’Anna et Raynald Gaudreault a chaviré le 4 septembre 1999 lorsque Jean-François, le cadet, est mort dans un accident de motocross dans la région de Baie-Saint-Paul.

Un face-à-face avec le VTT d’un ami lors de leur dernier tour de piste de la journée l’a tué sur le coup.

Il avait 17 ans.

Moins d’un an plus tard, le mauvais sort s’est acharné sur la famille quand leur fils aîné, David, a péri dans un accident de travail lorsqu’il faisait de la soudure sur un bateau, près de la Petite-Rivière-Saint-François. Le 28 août 2000, le caisson de flottaison (le dessous du bateau) a explosé lorsque David posait des turbines. Il est également mort sur le coup.

Il était âgé de 23 ans.

En moins d’un an, la mère avait perdu ses deux fils.

Presque 20 ans plus tard, elle se rappelle encore l’immense tristesse qui l’avait dévastée.

Anna Gaudreault et Raynald Gaudreault avec les photos de Jean-François (à gauche) et de David ont réussi à se soutenir au cours des 20 dernières années.
Photo Agence QMI, Simon Clark
Anna Gaudreault et Raynald Gaudreault avec les photos de Jean-François (à gauche) et de David ont réussi à se soutenir au cours des 20 dernières années.

« C’était comme un film d’horreur que j’avais à revivre une deuxième fois, alors que j’étais loin d’avoir fini [le deuil du] premier », se souvient tristement Anna Gaudreault, la mère de David et Jean-François, lorsqu’elle a appris le décès de l’aîné à l’hôpital. Un ami de son fils avait laissé un message sur son répondeur en lui disant que son fils était à l’hôpital.

« On était sous le choc et on criait lorsqu’on est arrivés à l’hôpital. Tu ne peux pas faire passer le deuil d’un enfant en un an, c’est impossible », a ajouté la mère, aujourd’hui âgée de 62 ans.

Les forêts réparatrices

Les parents endeuillés, qui vivent toujours au village Les Éboulements, ont énormément marché dans le bois coloré automnal durant les jours et les mois qui ont suivi ces décès.

« Ça nous permettait de nous changer les idées, a raconté Mme Gaudreault. J’ai beaucoup pleuré et mon mari m’a beaucoup soutenue durant toutes ces années. »

Maintenant âgé de 68 ans, Raynald Gaudreault s’est de son côté beaucoup « jeté » dans son travail de rembourreur et dans son loisir de chasseur pour oublier.

Il n’est pas de nature bavarde sur ce sujet poignant et personnel, mais il mentionne que ce que raconte sa femme le rejoint.

Groupes de deuil

Mme Gaudreault a également participé à un groupe de discussion sur les deuils en tous genres dans l’année qui a suivi le décès de son cadet. « Ça ne m’apportait rien, car les gens que je rencontrais n’avaient pas perdu un enfant, a expliqué Mme Gaudreault. Il y a juste des parents qui perdent un enfant qui peuvent comprendre un autre parent dans la même situation. »

Depuis deux ans, toutefois, Mme Gaudreault s’est intégrée à un groupe de parents endeuillés de Montréal, par l’entremise de Facebook. « Je regarde tous les jours, je commente parfois et je sais qu’ils me comprennent, soutient-elle. Je peux aussi dire à des parents récemment endeuillés qu’il va y avoir un soleil un jour qui va chasser les nuages. »

Sauver cinq vies

Les Gaudreault ont par ailleurs trouvé une autre façon de mieux vivre leur deuil lors de la mort de Jean-François.

David a rapidement convaincu ses parents de signer les papiers pour autoriser le don des organes de son petit frère. Étant donné qu’il s’agissait d’une mort cérébrale, son cœur, son foie, ses deux reins et son pancréas ont été transplantés chez cinq personnes. C’est d’ailleurs un bébé de 8 mois qui a reçu le foie. « On s’est accrochés à cela parce que c’était un beau geste », a dit Anna. Plus tard, le couple a même reçu une médaille du lieutenant-gouverneur du Québec pour ce don.

20 ans plus tard

Même si la douleur s’est apaisée presque 20 ans plus tard, il n’y a pas une seule journée où le couple ne pense pas à ses enfants. « Ça prend plusieurs années pour commencer à voir du beau dans ta vie, a dit Mme Gaudreault, qui soutient que ça lui a pris environ huit ans avant de s’en remettre. Maintenant, on pense aux beaux souvenirs d’eux, on ne pleure plus. »

Leur fille

Anna et Raynald Gaudreault ont cependant encore la chance d’être parents, alors que leur fille Mélissa est aujourd’hui âgée de 40 ans. « J’ai été longtemps très inquiète pour elle, ç’a été très dur pour Mélissa de perdre ses deux frères », a témoigné Anna.

Mais deux enfants se sont ajoutés à la famille dans les 10 dernières années, alors que Mélissa a donné naissance à Lili-Rose (10 ans) et Alexe (2 ans et demi). « Il n’y a personne qui va remplacer David et Jean-François, mais c’est du pur bonheur d’être grands-parents, et on est beaucoup entourés du reste de la parenté. »