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Série mondiale de plongeon: un cadeau venu de Santo Domingo

L’entraîneur César Henderson au service du plongeon québécois depuis 30 ans

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Photo Agence QMI, Joêl Lemay Une balle de baseball à la main est devenue la marque de commerce de César Henderson, un entraîneur de plongeon originaire de la République dominicaine qui forme des champions au Québec depuis plus de 30 ans.

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MONTRÉAL | Alexandre Despatie, Émilie Heymans, Annie Pelletier, Anne Montminy ; le tableau des grands noms du plongeon qui ont marqué les 30 dernières années du club CAMO pourrait un jour accueillir un autre type de champion plus effacé : César Henderson.  

Lorsqu’il s’est adjoint les services de ce Dominicain d’origine en 1988 dans sa mission de propulser le club à l’ère internationale, l’entraîneur Michel Larouche a lancé chez cet homme un long chapitre dans une vie qui n’était déjà pas banale. Le petit garçon de Santo Domingo qui avait à peine cinq ans quand il a perdu son père, emporté par une mort naturelle à l’âge de 40 ans, s’est depuis construit un parcours digne.  

«J’adore retourner en République dominicaine, mais ma vie est ici. Mon épouse est Québécoise, mon fils est né ici, c’est ici qu’est ma vie», nous dit-il simplement.  

Grave accident  

Marié à Kathleen Giguère, une ex-dirigeante nationale de nage synchronisée originaire de Sainte-Foy qu’il avait rencontrée en République où elle agissait comme entraîneuse, ils ont eu ensemble un fiston qui joindra à l’automne prochain l’équipe de volleyball du Rouge et Or de l’Université Laval. Une vie normale, somme toute, pour cette famille résidant à Brossard.  

C’est la première moitié de son existence, en fait, qui suscite l’intérêt. Initié au plongeon à 13 ans, le jeune César s’y est investi au point d’en connaître un jour les risques. À l’âge de 18 ans, au cours d’un entraînement de routine sur tremplin avec atterrissage dans un épais matelas, il perd ses références en vol et s’écrase sur la tête plutôt que sur les pieds.  

Résultat : séparation de la colonne vertébrale. Il passera 21 jours alité et en traction. On l’enfermera ensuite dans un plâtre des pieds à la tête durant trois mois avec la chaleur des Caraïbes pour ajouter à son calvaire.  

«Mais même dans le plâtre, ma colonne a bougé un peu. Mon entraîneur à ce moment m’a dit : on va t’envoyer aux États-Unis pour subir une opération qui te permettra d’avoir une vie normale», raconte-t-il.  

Changement de nom  

C’est ici que se développe un nouvel épisode de sa vie. L’entraîneur en question, un certain James Henderson de l’université du Michigan engagé pour diriger l’équipe nationale dominicaine, devient son père adoptif. César Jimenez a alors  

18 ans et il en fait lui-même la demande, une démarche qui pourra l’aider dans l’obtention de visas et ses déplacements fréquents vers les États-Unis où il s’entraîne.  

«Mon père naturel était mort quand j’étais petit, la décision a donc été facile à prendre. Ma mère s’était remariée entre-temps et avait continué sa vie. Elle était positive avec ma décision si c’est ce que je voulais. C’est un homme qui venait d’une famille tranquille et il y avait déjà eu une connexion avec notre famille avant l’adoption. Ma mère a toujours été très possessive avec nous et elle a pourtant approuvé!» relate ce sixième enfant d’une fratrie de 10 frères et sœurs.  

Athlète du siècle  

César Jimenez – ou plutôt Henderson – a conservé une limitation dans la rotation de la tête comme séquelle de son accident. Cette déformation ne l’a pas empêché de connaître une belle carrière comme plongeur. Participant aux Jeux olympiques de 1980 et 1984, il avait auparavant remporté en 1977 l’épreuve aux championnats aquatiques d’Amérique centrale et des Caraïbes. En 2001, le Comité olympique dominicain l’a proclamé «Athlète du siècle des sports aquatiques».  

Son parcours académique n’en a pas souffert non plus, comme l’atteste son diplôme universitaire en comptabilité. S’il chérit aujourd’hui le Québec, il s’imagine une qualité de vie à valeur égale s’il avait choisi de demeurer sur son île des Caraïbes.  

«Si on a l’éducation et des capacités, on peut se développer n’importe où. J’ai toujours su que je n’allais pas souffrir. J’ai eu la chance de vivre dans un environnement privilégié toute ma vie, mais il m’a fallu travailler pour avoir une belle vie. Moi, je marchais pour me rendre à la piscine. Je me suis entraîné et j’ai été discipliné.»  

La relève qu’il dirige au centre national d’entraînement du Parc olympique a dû déjà apprendre son message.