/opinion/columnists
Navigation

Histoires d’eau

Histoires d’eau
Photo Agence QMI, Joël Lemay

Coup d'oeil sur cet article

Je n’avais jamais vu une telle chose au Québec. En rentrant à la maison après avoir remplacé une Sophie Durocher enrhumée à son émission On n’est pas obligé d’être d’accord sur QUB radio, je faisais mon petit post-mortem dans ma tête quand j’ai aperçu du coin de l’œil des vaguelettes sur le bord de l’autoroute 40, après la sortie du pont de l’Île-aux-Tourtes.

L’eau dans la baie de Vaudreuil du lac des Deux Montagnes a monté de 86 cm. Le ministère des Transports a dû installer des digues. Pas très loin, le pont Galipeault entre Montréal et L’Île-Perrot a été fermé à la circulation.

Même la Ville de Montréal a déclaré l’état d’urgence.

Prisonnière

Je suis coincée à la maison, dans ma campagne, dans ma forêt, au sec, car il y a peu d’alternatives raisonnables pour aller à Montréal, à moins de faire un détour par le Botswana...

Mais je remercie la rivière des Outaouais, à 40 km de chez moi, de ne pas venir me chatouiller les orteils. Seul mon petit étang a débordé et les carpes koïs en frétillent de bonheur après l’hiver sous la glace.

La fréquence et la force des inondations ne devraient pas nous surprendre : l’eau couvre 22 % du Québec où coulent 4500 rivières et nichent 3,6 millions de plans d’eau. Montréal est une île.

L’eau aime nous rappeler qu’elle aura toujours le dernier mot : nos technologies préventives actuelles se limitent à des sacs de sable, à des digues en contre-plaqué ou en ciment et à des pompes à eau, une technologie du 18e siècle, qui pompe et repompe.

Histoire ancienne

Mon père a grandi dans les années 1930 sur la rue Cartier à Pointe-Claire dans une petite maison en bardeaux de cèdre vert forêt près du lac Saint-Louis. Il me racontait qu’enfant, le printemps venu, il mettait ses pieds dans l’eau du lac, les fesses au sec sur le balcon.

Par contre, il n’a jamais parlé des efforts déployés par la famille pour protéger la vieille bicoque ni d’évacuations d’urgence. Pas de caméras pour enregistrer le tout. Les gens à cette époque étaient pudiques : ils n’étalaient pas leurs malheurs – ni leur bonheur – au grand jour. Les changements climatiques imposent deux tâches : protéger la vie et la propriété. Mais à l’ère de l’intelligence artificielle, il va falloir trouver quelque chose d’autre que des sacs de sable pour lutter contre les inondations.

Partir ou rester là

Mais avant de développer des tics langagiers, il faudrait arrêter de rejeter la faute de chaque inondation, chaque bourrasque, chaque secousse, chaque tempête, chaque digue qui cède sur les changements climatiques. « Les changements climatiques ont le dos large, parce que des inondations au Québec, on en connaît depuis 400 ans », disait le météorologue Gilles Brien au Journal. Mais les débordements et les embâcles auront lieu plus tôt dans la saison, ajoute-t-il.

L’évolution du climat incite à la réflexion : déménager ou prendre le risque que la crue de 2019, comme celle de 2017, ne soit qu’un accident météorologique ?

Courageux, notre premier ministre a osé parler franchement aux sinistrés : parfois, il vaut mieux partir.