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De l’héroïne cachée dans son estomac

Un Montréalais qui a servi de mule pour l’importation de drogue se confie à notre Bureau d’enquête

heroin capsules in stomach
Photo tirée de Twitter L’homme que nous avons interrogé a avalé une centaine de capsules remplies d’héroïne, semblables à celles-ci, pour les ramener au Canada.

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Un Montréalais a passé des mois attaché à un poteau dans une prison d’Amérique du Sud après avoir importé au pays des kilos d’héroïne, qu’il transportait dans son estomac lors de missions lui rapportant des milliers de dollars.

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À 15 ans, l’homme, qui a demandé à garder l’anonymat, s’est rapproché de gens dont le revenu était «beaucoup plus intéressant» que le sien.

«C’est incroyable de voir des gens sortir des 10 000 [...] à 30 000 $ dans une soirée et que ça n’ait pas l’air de les déranger tant que ça», raconte-t-il dans le dernier épisode du balado Narcos PQ, sur QUB Radio.

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CENT CAPSULES D’HÉROÏNE

Appâté par l’argent que lui faisait miroiter ce nouveau réseau de contacts criminalisés, le jeune homme était affamé.

«J’ai eu 18 ans, j’ai eu mon passeport, je pouvais voyager seul.»

En guise d’initiation, ses contacts lui ont donné la mission la plus fréquemment confiée aux novices du monde interlope : être une mule.

«Ils m’ont proposé de ramener de la drogue dans mon estomac», précise-t-il.

Le jeune homme s’est alors envolé pour un tout inclus dans un pays dont nous tairons le nom, où il a attendu une livraison d’une centaine de capsules de 10 grammes d’héroïne chacune.

«C’est fou, c’est le moment le plus marquant de ma vie, dit-il d’un ton grave. À ce moment-là, tu te rends compte que les pilules sont énormes. Je me regardais dans le miroir et je me disais : “Est-ce que je suis une valise ?”»

Il a donc gobé l’équivalent d’un kilogramme d’héroïne dans ces capsules grosses comme un pouce, faites de pellicule plastique enrobée de cire, pour le ramener au Canada.

Une dose qui pourrait évidemment être fatale si l’une des capsules venait à éclater.

«À ce moment-là, tu es rempli d’adrénaline, tu as l’impression que tu vas pouvoir régler beaucoup de problèmes dans ta vie», se souvient-il. Ce premier périple lui a rapporté 25 000 $.

Après quelques missions réussies, le jeune homme est devenu un «intermédiaire», responsable de faciliter la communication entre les fournisseurs de stupéfiants et les mules à l’étranger.

VENDU AUX AUTORIÉS

«[Les mules] se sont fait prendre, mais c’est moi qui ai mangé le coup. Elles se sont fait arrêter et elles ont collaboré.»

Vendu aux autorités, le trafiquant a passé cinq mois attaché à un poteau dans une prison tropicale délabrée.

«On était 30 dans une petite salle, tous attachés à la cheville», se rappelle-t-il.

Au début, tu penses à quand tu vas sortir, puis après tu oublies ça, car ça prend des années juste pour aller en cour. Puis après, tu oublies qui tu es.»

Rapatrié au Canada depuis quelques années après quatre ans et demi de prison, il partage son récit dans l’espoir d’inciter les jeunes à ne pas suivre le même chemin.

«La triste réalité, c’est qu’ils vont tous finir dans des situations tragiques», assure-t-il.

♦ Selon des données du gouvernement fédéral, 1700 Canadiens seraient actuellement détenus à l’étranger, dont «plus du tiers pour des infractions relatives à la drogue».