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Disparaître dans l’insouciance?

<b><i>Disparaître/Afflux migratoires et avenir du Québec</i></b><br />
Jacques Houle<br />
Éditions Liber
Photo courtoisie Disparaître/Afflux migratoires et avenir du Québec
Jacques Houle
Éditions Liber

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Disparaître rappelle étrangement un documentaire du même nom de Lise Payette, diffusé en 1989 à la télé de Radio-Canada et qui avait suscité la controverse, à tel point que la série Les enjeux d’une nation avait été annulée.

Disparaître traitait de la même problématique, celle de la disparition à long terme de la population de langue maternelle française, en raison des politiques actuelles d’immigration. Cette fois-ci, les astres semblent alignés pour qu’on en discute de façon plus sereine.

L’auteur, Jacques Houle, a été conseiller à Emploi et Immigration Canada pendant plus de vingt ans. Il sait donc de quoi il parle lorsqu’il affirme qu’au rythme où vont les choses, « la majorité d’ascendance canadienne-française pourrait disparaître sous la barre des 50 % au cours du siècle ». Son livre a le grand mérite d’aborder les questions relatives à l’immigration sans tabou et d’enfoncer certains mythes. Va-t-on l’accuser de xénophobie, d’esprit fermé et hostile à la diversité ?

Saviez-vous « qu’au début des années 1980, le Québec de René Lévesque recevait environ 17 000 immigrés par année et qu’il n’était pas moins démocratique pour autant », nous dit Mathieu Bock-Côté, en préface. « Le jour où la majorité historique francophone ne sera plus qu’une grosse minorité, poursuit-il, le Québec ne sera plus le Québec. » Parce qu’un peuple n’est pas simplement l’addition d’individus qui habitent un même territoire, c’est aussi « une communauté d’histoire et de culture ».

D’emblée, Jacques Houle affirme que les flux migratoires ont toujours favorisé la communauté canadienne-anglaise. Selon Statistique Canada, la majorité de langue française au Québec devrait passer de 79 % en 2011 à une fourchette projetée de 69 % à 72 % en 2036. À ce rythme, à la fin du présent siècle, « la majorité historique francophone va disparaître sous la barre des 50 % ».

« Et pis ? »

J’entends déjà les jeunes bobos multiculturels répondre : « Et pis ? Ne sommes-nous pas tous de la race humaine ? Pourquoi sommes-nous si frileux ? Pourquoi avons-nous si peur de la mixité ? Abolissons les frontières. » Comme si les réponses ne sautaient pas aux yeux.

Si l’immigration est une richesse, comme on l’entend souvent, cet enrichissement ne doit pas se faire au détriment de la dépossession culturelle de la majorité, comme cela est en train de se produire à Montréal, avec la bilinguisation systématique dans l’espace public et le multiculturalisme croissant.

Bientôt, les Québécois francophones ne représenteront plus que le tiers de la population montréalaise. C’est indéniablement l’effet de l’immigration massive qui, loin de résoudre les problèmes de main-d’œuvre ou du vieillissement de la population, en a créé de nouveaux, puisque, selon l’auteur, la francisation des immigrants est un fiasco total, l’installation des immigrants en régions est demeurée lettre morte, et l’appariement entre les qualifications professionnelles des immigrants et les besoins de main-d’œuvre n’a pas fonctionné. Sans parler de la fragilisation de la sécurité sociétale, en réduisant « la capacité du peuple québécois à conserver sa langue, sa culture, ses valeurs, ses institutions et son identité collective ».

Depuis la défaite de 1760, nous dit Houle, le parlement britannique a cherché à faire du Canada un pays anglais. « Au lieu d’une politique assimilatrice vexatoire, l’autorité impériale table alors sur l’immigration britannique massive pour concrétiser son projet de subversion démographique en faveur des anglophones. » C’est ainsi que de majoritaires nous deviendrons minoritaires, aussi bien au Québec qu’au Manitoba, où prospérait la nation Métis.

Avouez que ça donne froid dans le dos.