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L'ascension pour la vie de Sylvie Fréchette

L’alpiniste rejoindra le club des sept sommets en soutien à la santé mentale des entrepreneurs

L'ascension pour la vie de Sylvie Fréchette
PHOTO JEAN-FRANÇOIS DESGAGNÉS

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Pour atteindre l’apogée, il faut parfois toucher le fond. Même quand il semble impossible de s’extirper de l’incompréhension et de l’insoutenable tristesse que provoque le suicide d’un proche. C’est à la mémoire de son François que l’alpiniste Sylvie Fréchette rejoindra en juin le club sélect des sept sommets, afin de promouvoir une cause qu’elle chérit, la santé mentale des entrepreneurs.

La mort n’a pas obtenu droit de passage dans la pente ascendante que constitue la vie de cette dame bourrée de vie. À son palmarès, la maman de trois filles compte au-delà de 20 sommets de plus de 4500 m et plus d’une centaine d’au moins 2000 m.

Du lot de ses conquêtes, six des sept plus hauts sommets de chaque continent ont été vaincus, depuis son ascension du mythique Mont Kilimandjaro, en Tanzanie, le 2 novembre 2005. C’était le début du rêve des sept sommets, un prestigieux club que seulement 350 alpinistes à travers le monde ont rejoint à ce jour et qui allait notamment l’amener en 2008 à devenir la première mère au Canada à gravir le redoutable Everest. 

Devant l’atteinte de son ultime objectif, se dresse maintenant le mont Denali, en Alaska, du haut de ses 6190 m.

L'ascension pour la vie de Sylvie Fréchette
PHOTO JEAN-FRANÇOIS DESGAGNÉS

«Ça me touche d’en arriver là. C’est plus grand que nature et ça m’émeut. Je me dis que tout est possible», réfléchit Sylvie Fréchette à l’aube de son périple.

Une perte douloureuse

Aussi imposante soit-elle, cette montagne ne rivalise en rien avec l’épreuve qui s’est imposée sans invitation et sans appel dans la vie de l’alpiniste, en novembre 2017.

Deux ans plus tôt, celle qui est aussi thérapeute en relation d’aide et conférencière rencontrait celui qui allait devenir l’amour de sa vie. 

Les deux complices s’étaient enfin trouvés. Le pinacle de leur existence battait son plein. Son François, c’était le président et fondateur de IC2 Technologies inc., avec qui elle s’est investie dans l’entreprise.

L’insécurité financière grandissante a toutefois grugé son âme sœur, au point où il a opté pour l’irréparable solution qui n’en est pas une.

Ravagée, Sylvie Fréchette s’est tant bien que mal débattue pour ne pas se laisser entraîner dans le sillon dévastateur que laisse derrière lui le fléau du suicide. Depuis l’inimaginable douleur qui est venue l’ébranler, elle a même gravi trois autres sommets. La lente guérison suit son cours et le temps est venu de concrétiser le rêve des sept plus hauts sommets, histoire de prouver que les plus sombres abysses peuvent néanmoins ramener tout battant vers le point culminant.

«Les trois dernières expéditions, c’était mon chemin de guérison. Je l’ai fait en mémoire de ce qu’on a vécu de grand ensemble. La réalisation des sept sommets, ça rentre dans une redéfinition de la vie que j’ai dû traverser. J’ai besoin de m’ancrer à quelque chose que j’aime. Les sept sommets, c’est l’importance de m’occuper de moi, de ne pas me mettre de côté. C’est une façon de m’engager, d’être intègre par rapport au besoin que j’ai toujours de me réaliser», explique la pétillante dame dans la cinquantaine.

«Le traumatisme du suicide m’a fait me perdre pendant un moment. Mon septième sommet se trouve sur mon continent et à quelque part, je reviens chez nous. J’ai besoin de réaliser quelque chose de concret qui me branche à la beauté de la vie», ajoute-t-elle.

Une cause importante

Au-delà de l’alpinisme qui amène Sylvie Fréchette à s’amuser «comme un enfant dans son carré de sable» malgré l’ampleur du défi, la gloire personnelle ne s’immisce en rien dans cette quête.

Avant toute chose, il importe que le décès de son compagnon de vie ne soit pas vain. De là l’objectif ultime de soutenir la cause de la santé mentale des entrepreneurs. Après tout, si l’entrepreneur en lequel elle croyait plus que tout au monde a fini par être gangréné par l’anxiété, d’autres peuvent apprendre de ce drame humain.

«On ne reconnaît pas assez l’apport des entrepreneurs, des gens qui innovent et qui sont responsables de la création d’emplois. Ces gens montrent souvent une grande force pour tolérer le risque, mais le danger est qu’ils ne reconnaissent pas leurs limites et qu’ils frappent le mur. Il y a un équilibre à créer.

«En parlant de santé mentale des entrepreneurs, je souhaite agir en mode prévention. François a fait passer son entreprise devant lui-même et si tu ne prends pas bien soin de ta santé mentale, tu ne peux pas vivre ton rêve d’entrepreneuriat dans l’amplitude désirée. Je veux que mon expérience leur soit bénéfique», explique Sylvie Fréchette.

Le mont Denali n’a qu’à bien se tenir. Ce n’est pas seulement une alpiniste qui s’amène, mais une femme en mission. 

LES 7 SOMMETS DE SYLVIE FRÉCHETTE

  1. Mont Kilimandjaro, 5895 m, Tanzanie, Afrique (2 novembre 2005)
  2. Mont Everest, 8850 m, Népal, Asie (21 mai 2008)
  3. Mont Elbrous, 5642 m, Russie, Europe (26 juillet 2010)
  4. Mont Aconcagua, 6962 m, Argentine, Amérique du Sud (13 janvier 2012)
  5. Pyramide de Carstensz, 4884 m, Nouvelle-Guinée, Océanie (19 mars 2018)
  6. Mont Vinson, 4892 m, Antarctique (16 décembre 2018)
  7. Mont Denali, 6190 m, Alaska, États-Unis (juin 2019)

RECHERCHE DE COMMANDITES

Les expéditions vers les sept sommets nécessitent d’importantes ressources financières. Les entreprises intéressées à devenir commanditaires peuvent consulter la page Facebook de Sylvie Fréchette alpiniste pour différents plans.

Un défi de tous les instants

Dans son désir de conclure en beauté son accession au club privilégié des sept sommets, Sylvie Fréchette ne perd surtout pas de vue que le défi athlétique qui l’attend s’annonce colossal.

Bon an mal an, 1200 alpinistes en moyenne s’aventurent en Alaska sur le Mont Denali, qui a repris son nom amérindien en 2015 et qui était auparavant connu comme étant le Mont McKinley. Le taux d’échec est de pratiquement 50%.

«L’endroit est reconnu pour ses conditions météorologiques extrêmes. J’ai entendu des histoires d’horreur», raconte celle qui se donne 22 jours pour boucler l’ascension vertigineuse.

L'ascension pour la vie de Sylvie Fréchette
PHOTO JEAN-FRANÇOIS DESGAGNÉS

«Et je ne veux pas y retourner. Je veux que ça se règle dès la première fois», tranche-t-elle en riant.

En effet, des températures aussi froides que -73 degrés Celsius ont été mesurées au mont Denali. Cela dit, en juin, les lieux seront plus cléments, quoique pas forcément hospitaliers. 

Haute élévation

Le Denali figure parmi les sommets les plus ardus au monde à escalader, puisqu’il présente une plus haute élévation que l’Everest. Ce dernier surpasse le Denali, mais puisque sa base se situe à environ 5200 m d’altitude, son élévation est de 3600 m. Dans le cas du Denali, la base n’est qu’à 700 m, donc l’élévation est de 5500 m. Le risque ne s’avère toutefois pas un frein.

«L’alpinisme m’amène à combler un besoin d’être autonome. C’est une activité qui sollicite toutes tes forces et tes ressources, ce qui te procure une énergie nouvelle.

«Je sens qu’il y a du danger, mais que je ne suis pas en danger. Ce n’est pas plus dangereux qu’une autre activité si tu prends soin de ta sécurité. Pour moi, c’est comme mon terrain de jeu, comme une puissance difficile à expliquer, qui est profonde et nourrissante», atteste Sylvie Fréchette.

Visualisation

Déjà, à maintes reprises, celle-ci a fait appel à des techniques de visualisation pour se propulser au sommet et rendre l’expérience positive malgré les inévitables embûches qui seront rencontrées.

«Je m’applique à vivre l’expérience avant de la vivre pour vrai. C’est comme si je programme mon inconscient pour réussir», note-t-elle.

L’autre scène que Sylvie aime observer, c’est le comble de partager l’un des sommets du monde avec sa tendre moitié. Le geste radical de François l’empêchera de vivre le moment, mais l’espace d’un instant, les deux cœurs seront réunis.

«Il portait l’original d’un collier de Bouddha et je porte la copie. C’est une façon de me relier à lui quand j’ai besoin de sa présence. Il sera là avec moi.»

SI VOUS AVEZ BESOIN D’AIDE

Ligne québécoise de prévention du suicide

www.aqps.info ou 1 866 APP ELLE (277-3553)