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Le fantôme de Claude Béchard

Cette élection, c’était celle d’un des leurs, parti beaucoup trop tôt.

Le fantôme de Claude Béchard
Agence QMI

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Pendant la fin de semaine dernière, plus de 600 militants libéraux venus de partout au Québec s’étaient réunis à Drummondville à l’occasion d’un conseil général. Le sujet sur toutes les lèvres était, bien entendu, la succession de Philippe Couillard.   

Après avoir essuyé une défaite historique le 1er octobre dernier, le PLQ se retrouve isolé à Montréal et dans ses environs. L’électorat francophone des régions tourne le dos aux libéraux et le travail de reconstruction sera pénible.  

Reconnecter avec les libéraux ou avec les Québécois?  

Au-delà de la désignation d’un nouveau chef, les libéraux doivent se poser une question encore plus fondamentale. Quel sera le mandat de ce prochain chef ?   

Devra-t-il solidifier les appuis du parti chez son électorat actuel, pour éviter de voir la chute s’accélérer davantage? Ou devra-t-il reconquérir l’électorat francophone à tout prix pour tenter de ravir le pouvoir à la Coalition avenir Québec?  

Ceux qui pensent que le PLQ doit absolument se reconnecter à l’électorat francophone pour survivre sont nombreux. D’ailleurs, les règles encadrant la course à la chefferie vont forcer les candidats à diversifier et étendre leurs appuis en région.  

Il ne sera pas possible (heureusement) pour un candidat montréalais de remporter l’élection sans sortir de son île. Il ne sera pas possible non plus pour un candidat de faire des propositions pour conforter la vieille garde puisque 33,33 % du vote sera détenu par les jeunes de 25 ans et moins. La confiance et l’importance que le Parti libéral du Québec accorde à la jeunesse témoignent de la nature progressiste de ce parti.  

Pour le moment, tout le monde s’entend pour dire que Marwah Rizqy et Dominique Anglade seront sur les rangs. En fermant solidement la porte à sa candidature, Pierre Moreau entrouvre celle d’autres candidats qui semblent regretter d’avoir annoncé leur intention trop tôt.   

Sans Moreau et sans André Fortin, tout est possible, ou presque. Si elles sont toutes les deux d’excellentes candidates et surtout des femmes d’une grande compétence à la personnalité forte, mesdames Anglade et Rizqy partagent malheureusement le même « handicap » en cette nouvelle ère caquiste. Elles personnifient toutes les deux ce qui irrite au plus haut point la « majorité historique francophone » : Montréal et les communautés culturelles.  

Le sauveur qu’il nous manque  

Pendant la fin de semaine, les militants se sont perdus en suppositions quant à la possible entrée dans la course de candidats venus du champ gauche, sauveurs tombés du ciel. Les noms de Mitch Garber, Denis Coderre et Mario Dumont ont été entendus.  

Mais cette élection, c’était celle d’un des leurs, parti beaucoup trop tôt.  

Claude Béchard aurait eu 50 ans cette année.  

Il aurait été dans la fleur de l’âge, avec une maturité qu’on imagine l’avoir apaisé. Son expérience était déjà immense quand la maladie l’a emporté, en 2010, à l’âge de 41 ans.  

2020 aurait dû être le moment de Claude Béchard.   

Quand il bataillait aux côtés de Jean Charest, qu’il jouait les matamores comme leader adjoint du gouvernement et qu’il montait au front à toutes les occasions, il était certainement loin de s’imaginer chef d’un parti politique en crise.  

Aujourd’hui, il aurait été le parfait candidat pour reconnecter le PLQ avec l’électorat francophone. Un gars de région, mais aussi un homme au franc-parler comme il n’y en a que trop peu en politique. Politicien par vocation, libéral depuis la commission jeunesse, à la fois dévoué et ambitieux, Claude Béchard « aimait son monde » et celui-ci le lui rendait bien.  

La mort a cette vertu de couvrir ceux qu’elle emporte de toutes les qualités en effaçant leurs défauts. C’est facile aujourd’hui d’imaginer un Béchard parfait dans le rôle difficile de sauveur du PLQ. Le temps ne lui a pas fait commettre d’erreurs coûteuses et on garde de lui les meilleurs moments, les joutes politiques débridées auxquelles il semblait tant aimer se livrer.  

Aujourd’hui, le PLQ se cherche un chef représentant à la fois le renouveau et l’expérience, l’innovation et la tradition. Le PLQ se cherche un « gars du peuple » pour parler la langue des régions, celle de la fameuse « majorité historique francophone », un chef qui comprend les enjeux locaux autant que ceux des Anglos de l’île. Un chef que les électeurs appellent par son prénom au marché la fin de semaine.  

Cette élection, c’était celle de Claude Béchard.