/entertainment/comedy
Navigation

«Du cœur au ventre» de Guillaume Wagner: baveuse réflexion existentielle

Coup d'oeil sur cet article

MONTRÉAL – À l’instar de plusieurs de ses collègues humoristes, Guillaume Wagner est récemment devenu papa. Son nouveau statut encadre son troisième spectacle, «Du cœur au ventre», que le corrosif personnage présentait en première montréalaise au Théâtre Outremont, mercredi, en marge du festival Dr. Mobilo Aquafest. 

Même s’il mentionne d’entrée de jeu être cruellement fatigué depuis qu’il est père – au point où il apprécie désormais des émissions de télévision qu’il a toujours méprisées et prend plaisir à deviner qui est le «Tricheur» –, ce ne sont pas des récits de nuits écourtées par l’arrivée de bébé qui servent de levier au troisième «one man show» de Guillaume Wagner, mais plutôt la question suivante: «Que vais-je léguer à mon enfant?». 

 

Photo Agence QMI, Dominick Gravel

 

La réflexion existentielle qui suit est du Guillaume Wagner pur jus, une enfilade d’opinions engagées socialement – et débitées beaucoup trop rapidement, on articule, Guillaume, SVP! – et extrêmement cinglantes. 

Sa génération, celle des «milléniaux», et sa propension à se regarder le nombril à travers l’écran de son cellulaire, passe notamment un mauvais quart d’heure dans «Du cœur au ventre». L’industrie de l'épanouissement personnel et l’obsession généralisée de «penser à soi» aussi. Après Marie-Élaine Thibert, c’est maintenant la pauvre Ima qui devient la nouvelle tête de Turc de Wagner, elle qui a raconté dans un livre du genre avoir «trouvé le bonheur» dans une robe de bal de finissants et dans les voyages. On jugera la comparaison méchante ou inspirée, selon notre point de vue sur la tendance. 

 

Photo Agence QMI, Dominick Gravel

 

Il faut par ailleurs entendre Wagner imiter les influenceurs, dans des citations absolument hilarantes. À cet égard, le bourru mi-trentenaire dit ne pas être capable de croquer un simple égoportrait, «la base de notre époque», estime-t-il. 

Comme une Kardashian 

«Du cœur au ventre», c’est ce Guillaume Wagner un brin prétentieux et cynique, toujours baveux à souhait, mais ô combien observateur, percutant et «punché». 

«Je pense que je suis vraiment rempli de rage», lance-t-il même à un certain moment de son monologue, conscient que son propos peut parfois s’avérer aride. Heureusement, il est également très drôle. 

 

Photo Agence QMI, Dominick Gravel

 

Le chef de clan passe rapidement sur l’accouchement de sa conjointe pour expliquer que la venue de son chérubin a soudé son couple, lui qui, comme «un Fernand» mal en point de 85 ans, préfère la monogamie. «En même temps, c’est peut-être de la paresse», reconnaît-il. 

Notre homme s’intéresse aussi au mouvement #MoiAussi et annonce son intention d’inculquer rapidement la notion de consentement à son fils («Il va avoir quatre ans et je vais le "gosser"», statue-t-il). Comptez sur lui pour condamner «l’épais intérieur» de bien des hommes et critiquer notre manque de rébellion collective. 

 

Photo Agence QMI, Dominick Gravel

 

Il définit même son public cible, sa «niche» – qu’il remercie d’ailleurs de continuer de le supporter à travers les controverses – comme des gens «brisés en dedans». C’est tout dire. 

Le segment où il s’attarde au narcissisme que suggère son métier d’amuseur est particulièrement évocateur. Il l’entraîne à se moquer de son propre besoin d’attention, lequel est dorénavant comblé par le regard que son fiston pose sur lui. 

«Je me sens comme une Kardashian qui entrerait au Carrefour Laval», dit-il au sujet du culte que son garçon lui voue. 

Toutes les dates de la tournée «Du cœur au ventre» de Guillaume Wagner sont affichées au guillaumewagner.com.