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Fini la semaine de 4 jours pour les profs de deux commissions scolaires de Québec

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Évoquant la pénurie de main-d’œuvre, deux commissions scolaires de Québec interdiront à leurs enseignants de travailler quatre jours par semaine ou moins, une décision décriée par le syndicat des professeurs.

Actuellement, les profs du préscolaire et du primaire peuvent choisir d’alléger leur tâche d’enseignement en deçà de 90 %, souvent pour mieux concilier travail et famille.

Or, pour tenter de résoudre la pénurie de main-d’œuvre, les commissions scolaires de la Capitale et des Premières-Seigneuries ont récemment décidé d’obliger leurs enseignants, dès la prochaine rentrée, à prendre au maximum une journée sans solde par cycle de 9 ou 10 jours, ce qui sonne la fin des semaines de quatre jours.

Selon le Syndicat de l’enseignement de la région de Québec (SERQ), cette nouvelle directive des commissions scolaires aura pour effet d’accentuer la crise plutôt que de la résoudre.

Catherine Duchaine, troisième vice-présidente du Syndicat de l’enseignement de la région de Québec (SERQ), Daniel Gauthier, président par intérim du SERQ, et François Bernier, deuxième vice-président du SERQ, déplorent la décision des deux commissions scolaires.
Photo Stevens Leblanc
Catherine Duchaine, troisième vice-présidente du Syndicat de l’enseignement de la région de Québec (SERQ), Daniel Gauthier, président par intérim du SERQ, et François Bernier, deuxième vice-président du SERQ, déplorent la décision des deux commissions scolaires.

«On va augmenter la pénurie de main-d’œuvre et le désengagement des enseignants. Ils vont aller au bout de leurs forces selon leurs convictions, mais après, ils vont se diriger vers d’autres carrières», croit Catherine Duchaine, troisième vice-présidente du SERQ.

Seulement à la commission scolaire de la Capitale, le syndicat estime qu’environ 15 % des enseignants pourraient être touchés par cette politique, soit 170 enseignants.

«Panique et angoisse»

Selon le SERQ, la décision des commissions scolaires a créé une onde de choc chez les enseignants.

«Ça génère de la panique, de l’angoisse. Certains enseignants, depuis bon nombre d’années – des mères de famille, pour la grande majorité – se voient du jour au lendemain plongés dans une réorganisation familiale, avec de possibles impacts sur leur santé psychologique», a expliqué François Bernier, deuxième vice-président au SERQ.

L’Agence QMI a d’ailleurs pu mesurer l’impact chez certains enseignants qui se sont confiés sous le sceau de la confidentialité.

«Les enseignants sentent beaucoup de mépris de la part de leur employeur. C’est un manque de reconnaissance, une perte dans la valorisation de leur profession», a également indiqué M. Bernier.

Cette nouvelle directive touche avant tout les enseignants titulaires, c’est-à-dire ceux qui n’ont pas de spécialité comme l’anglais ou la musique, par exemple.

Quant aux spécialistes, qui sont bien moins nombreux que les titulaires, leur tâche doit aussi tendre vers le 90 %, mais quelques exceptions pourraient être permises s’ils doivent enseigner dans plus d’une école.

Atténuer la pénurie

De leur côté, les commissions scolaires disent devoir mettre en place des mesures pour atténuer la pénurie de main-d’œuvre enseignante, qui frappe de plein fouet la région de Québec.

La commission scolaire de la Capitale indique vouloir, par cette mesure, «assurer la stabilité du personnel en place» et « maintenir une qualité d’enseignement ».

«Nous tentons de limiter les conséquences de remplacement chez les élèves», a expliqué une porte-parole de l’organisation scolaire.

La commission scolaire des Premières-Seigneuries partage cette explication. Elle souligne également vouloir réduire le nombre de cas de « dépannage » où on oblige un enseignant régulier à remplacer un collègue, faute de suppléants disponibles.

 

«On n’est pas des machines», dit une prof

 

La fin des semaines de quatre jours risque d’accentuer la pénurie de main-d’œuvre plutôt que de la régler, croient deux profs avec lesquels l’Agence QMI a parlé.

«Ce qu’on entrevoit, c’est qu’il risque d’y avoir une augmentation des congés pour épuisement. Quand on ne prend pas le temps de respirer, quand ça ne va pas... un moment donné, on n’est pas des machines», a confié l’une d’entre elles.

Cette enseignante titulaire ne sait d’ailleurs pas si elle sera sur les rangs, l’an prochain. Depuis l’annonce par sa commission scolaire, elle songe à prendre une année sans solde, voire à changer d’emploi.

«Reprendre son souffle»

Cette mère de deux enfants dit utiliser cette journée de congé par semaine pour «reprendre son souffle». Il lui arrive même d’utiliser sa journée sans solde pour rattraper le retard accumulé... à l’école, avoue-t-elle.

«Je ne devrais pas, mais assez fréquemment c’est une journée pendant laquelle je travaille sur mes choses d’école sans être dérangée. Moi, sur mon temps de travail à l’école, c’est sûr que je n’arrive pas à faire toute ma correction», a-t-elle expliqué.

Soutenir les enfants

Des propos qui ont trouvé écho chez une autre enseignante qui a accepté de se confier à l’Agence QMI, toujours sous le couvert de l’anonymat, par peur de représailles.

«En étant à temps partiel, je peux soutenir mes enfants dans leurs activités, je peux être présente. Chose qui serait difficile l’an prochain», a-t-elle indiqué.

«Présentement, je suis en questionnement. Avec une tâche à 90 %, est-ce que je vais être obligée de dire aux enfants qu’il faut réduire leurs activités?», déplore-t-elle.

Elle aussi envisage désormais de changer de carrière, voire de retourner aux études.

«Ce que je trouve déchirant, c’est que j’adore travailler avec les élèves.»

 

Ce qui est permis en ce moment

Les enseignants peuvent choisir d’occuper une tâche selon leur désir, que ce soit, par exemple, à 50 %, 70 %, ou 80 %, presque sans restriction, notamment pour concilier travail et famille.

 

À la rentrée 2019-2020

Les enseignants devront occuper une tâche au minimum de 90 % (sauf pour de rares exceptions chez les spécialistes de musique ou d’anglais, par exemple).