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Des trésors à préserver

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Claire d’Auteuil et Linda Even de la Société historique du Cap-Rouge

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Le gouvernement Legault doit reculer dans son intention d’aménager le site Cartier-Roberval, une opération prématurée qui rendrait inaccessibles pour toujours les trésors de ce site ayant accueilli la toute première colonie française en Amérique.

Près de 70 ans avant Samuel de Champlain, en 1541, les explorateurs Roberval et Cartier débarquaient à Québec en compagnie de 300 à 500 colons, hommes, femmes et enfants. Ils ont alors fait construire deux forts, en haut et en bas de la falaise, près de la Marina de Cap-Rouge.

Classé site et objet patrimonial par le gouvernement Couillard, en 2018, l’endroit serait la première tentative d’installation au Canada. La Commission de la capitale nationale a tenté de le faire inscrire sur la liste indicative des sites du patrimoine mondial au Canada, mais a échoué jusqu’à présent, faute de connaissances suffisantes à son sujet. Or, voyez-vous, le site n’a fait l’objet de fouilles archéologiques que sur 25 % de sa superficie. On n’a toujours pas découvert l’emplacement du fort d’en bas ni le cimetière, notamment.

Toujours temps

Le problème, c’est que juste avant les Fêtes, la ministre Geneviève Guilbault a annoncé que 8,4 M$ seraient investis pour la mise en valeur du site. On construira passerelle d’observation et espace d’interprétation, en plus d’effectuer des travaux pour préserver les vestiges découverts.

Si l’intention est bonne, l’objectif qui devrait être de mettre en valeur le véritable potentiel de ce site unique n’y est pas. Une fois ces millions investis, il serait illogique de tout détruire dans quelques années pour y effectuer à nouveau des fouilles.

« Ce sont nos racines, c’est un site que nous devons faire reconnaître au patrimoine mondial par l’UNESCO, mais pour ce faire, il faut reprendre les fouilles », souligne Linda Even, présidente de la Société historique du Cap-Rouge (SHCR). Très préoccupée par la situation, la SHCR espère vivement, et à très juste titre, un changement de cap de la part du gouvernement. « Nous, on est un facilitateur entre toutes ces bonnes personnes, on est apolitique, on a un projet de société, et c’est celui-là », souligne sa présidente.

Mme Even rappelle que la ministre Geneviève Guilbault a créé de grandes attentes en campagne électorale. Elle déplore que pour le moment, toutes les actions visent la mise en valeur du site, mais qu’aucune somme n’ait été réservée pour reprendre les fouilles.

Potentiel

La ministre a fait valoir, pour expliquer cette absence, qu’il fallait respecter la capacité de payer des contribuables. Il y a de quoi être perplexe quand on pense que les chiffres ayant circulé jusqu’à maintenant font état de 2 à 3 M$ de plus pour les fouilles, somme peu élevée considérant le potentiel et la valeur du site.

Parlant de potentiel, il y aurait aussi moyen de songer à une fondation, comme à Jamestown en Virginie, qui a accueilli les premiers Anglais en Amérique. Des fouilles s’y déroulent depuis 1995, en plus d’un musée très fréquenté. On a aussi vu grand du côté de Terre-Neuve, où le site de l’Anse-aux-Meadows, qui témoigne de la plus ancienne occupation européenne en Amérique, a été aménagé après des fouilles de 12 ans.

Il serait extraordinaire de songer à un tel attrait pour le site Cartier-Roberval. Après tout, les gens n’y viendront pas tant pour profiter du panorama, déjà très visible sur la promenade Samuel-de-Champlain et sur la plage Jacques-Cartier. C’est l’histoire qui les y attirera d’abord. Ce site en fut après tout témoin, comme l’exprime Mme Even, à titre de pierre angulaire de la création de ce pays.