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Trop d’antidouleurs inefficaces prescrits

Une étude montréalaise met en garde les médecins

Dre Emily G. McDonald, Chercheuse
Photo courtoisie Dre Emily G. McDonald, Chercheuse

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Des chercheurs montréalais tirent la sonnette d’alarme contre un médicament antidouleur fréquemment prescrit par les médecins, même s’il augmente le risque de chutes, de fractures, de troubles de la mémoire et que son efficacité reste à prouver.

D’abord conçus pour traiter l’épilepsie, les gabapentinoïdes sont aujourd’hui utilisés pour soulager les douleurs chroniques.

Jusqu’à un adulte sur huit admis dans un hôpital du Québec s’est vu prescrire ce médicament, révèle l’étude publiée aujourd’hui dans le Journal of Hospital Medicine.

« C’est énorme »

« C’est énorme, c’était un choc de voir que c’est si commun », dit l’auteure principale, Emily G. McDonald, qui est médecin interne au Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

Pourtant, d’autres études ont déjà remis en doute l’efficacité des gabapentinoïdes, poursuit-elle.

Et leurs effets secondaires posent un risque important, surtout pour des patients âgés qui prennent déjà d’autres médicaments sous prescription.

Des médicaments commercialisés sous les noms de Neurotin et Lyrica font partie des gabapentinoïdes.

« Le public devrait connaître leurs possibles dangers. Cette classe de médicaments devient de plus en plus courante, malgré les faibles preuves qu’elle diminue la douleur et les preuves qu’elle augmente les risques de chutes, de fractures et de pertes de mémoire », tranche la Dre McDonald.

Rester à l’affût

De décembre 2013 à juin 2017, l’équipe de recherche a étudié une cohorte de patients admise dans une unité médicale d’enseignement clinique comptant 52 lits, au site Glen du CUSM.

Elle a découvert que plus de 13 % des 4103 patients hospitalisés s’étaient fait prescrire le médicament avant d’être admis. « Les médecins sont à court de ressources [pour soigner les douleurs chroniques] », reconnaît Marc-Alexandre Gingras, coauteur et résident en médecine interne.

Avec la crise des opioïdes, plusieurs cherchent des solutions pour soulager leurs patients souffrants.

Mais le Dr Gingras croit que les professionnels devraient rester à l’affût et réévaluer fréquemment les patients à qui ils prescrivent des gabapentinoïdes, pour vérifier à la fois leur efficacité et les risques pour leur santé associés aux effets secondaires.

« Il s’agit d’une population plus âgée qui souffre de plusieurs problèmes de santé. Elle court donc un plus grand risque de développer des complications liées à la prise inutile de médicaments », dit-il, ajoutant que les gabapentinoïdes sont souvent coprescrits avec des opioïdes ou des médicaments pour dormir.