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Bombardier connaîtra-t-elle le même sort que SNC-Lavalin?

La Banque mondiale accuse le transporteur de collusion et de corruption

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Photo d'archives, Reuters Les pots-de-vin auraient permis à Bombardier de décrocher le contrat de signalétique pour le corridor entre la Turquie et Bakou en Azerbaïdjan, dont on voit ici la gare centrale.

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Bombardier connaîtra-t-elle le même sort que SNC-Lavalin ? L’entreprise québécoise vient d’être accusée par la Banque mondiale de corruption et de collusion. Des accusations graves qui pourraient l’amener à être exclue de contrats publics à l’échelle de la planète.

Au cœur de l’affaire : un contrat qui a été accordé en 2013 à un consortium dirigé par Bombardier Transport afin d’assurer la signalisation dans le corridor international Kars-Bakou, reliant l’Asie et l’Europe.

Selon un audit qui vient d’être complété par la Banque mondiale, Bombardier Transport Suède aurait eu recours à la collusion pour remporter ce contrat évalué à près de 340 millions de dollars américains, qui a été octroyé par les Chemins de fer d’Azerbaïdjan CJSC.

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Photo tirée de Twitter

Pots-de-vin et sociétés-écrans

Le rapport accuse la société de s’être associée à de hauts responsables des chemins de fer azerbaïdjanais pour remporter ce contrat financé à 85 % par la Banque mondiale.

Ce n’est pas tout, l’institution financière internationale reproche également à Bombardier d’avoir fait preuve d’obstruction dans le cadre de l’enquête qu’elle vient de mener.

Bombardier aurait non seulement accordé des pots-de-vin de plusieurs millions de dollars à ces responsables, mais elle aurait également transféré des dizaines de millions par le biais de nombreuses sociétés-écrans sous contrôle russe, soutient le document obtenu par le Globe and Mail.

La Banque mondiale a acheminé en novembre dernier les conclusions de son audit à l’entreprise montréalaise. La vice-présidente à l’intégrité de la Banque a notamment demandé des justifications à la société en lien avec ce contrat.

Bombardier a dû expliquer pourquoi elle devrait être exemptée de sanctions face à ces allégations.

En réponse à notre demande d’entrevue, un porte-parole de Bombardier nous a acheminé une déclaration.

« Bombardier a été invitée à répondre à ces constatations préliminaires et y a répondu. Comme le processus d’audit de la Banque mondiale est soumis à des règles strictes de confidentialité, nous ne pouvons que réitérer que nous sommes en profond désaccord avec les allégations et les constatations préliminaires contenues dans la lettre », a affirmé l’entreprise.

Réactions

Le fleuron québécois se dit par ailleurs « en profond désaccord » avec les commentaires et les allégations de la Banque mondiale selon lesquels l’entreprise « s’est livrée à des pratiques visant à retarder l’audit ou à un comportement d’obstruction quelconque ».

« Cela est complètement faux. Notre entreprise et ses représentants ont toujours pleinement collaboré à l’audit. »

Interrogé par Le Journal, le ministre québécois de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a affirmé qu’il suivait la situation de près.

« Je ne vois pas d’impact immédiat sur l’entreprise », a-t-il affirmé.

Il s’est dit « peut-être » inquiet de voir l’entreprise perdre de gros contrats à l’étranger, si elle est formellement exclue de projets financés par la Banque mondiale à la suite d’une condamnation.

Comme SNC ?

M. Fitzgibbon a toutefois rappelé que l’entreprise était « très diversifiée », et qu’elle pourrait tout de même s’en tirer financièrement sans contrats de la Banque mondiale.

À l’heure actuelle, les contrats financés par la Banque mondiale ne représenteraient qu’un peu moins de 1 % des activités de Bombardier Transport, selon l’entreprise.

L’institution soutient financièrement la plupart des grands projets d’infrastructure dans les pays en développement.

Cette possibilité n’est pas sans rappeler le cas d’un autre fleuron québécois, SNC-Lavalin, qui a été inscrite en 2013 sur la liste noire de la Banque mondiale en lien avec des accusations semblables.

Le géant de l’infrastructure a été exclu pendant 10 ans des projets financés par la Banque mondiale.