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Des dentistes qui font mal

Il y a de plus en plus de plaintes de patients concernant les traitements et les honoraires au Québec

Young Female patient with open mouth examining dental inspection at dentist office.
Photo Adobe Stock Sur la chaise, les patients sont à la merci de leur dentiste.

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L’Ordre des dentistes du Québec croule sous les plaintes de patients mécontents. Le syndic de l’organisme chargé d’enquêter sur les professionnels a jonglé avec un nombre record de 666 dossiers ouverts en 2017-2018.

Erreurs, mauvais comportements ou honoraires exagérés, les doléances des Québécois sont nombreuses et variées. Les plaintes ont plus que doublé depuis cinq ans, alors que le syndic de l’Ordre des dentistes du Québec (ODQ) gérait 299 dossiers d’enquête toujours ouverts.

Le Dr Mario Mailhot reconnaît que son bureau accuse du retard dans le traitement des plaintes reçues du public depuis plusieurs années.

« Il y a eu un concours de circonstances de mouvements de personnel et de retraites, jumelés à une recrudescence soudaine de demandes d’enquête, donc on n’a pas été capables de traiter ce qu’on aurait traité normalement », se défend le syndic de l’ODQ.

Selon lui, la hausse des demandes d’enquête s’expli­que en partie par la médiatisation de plaintes concernant des dentistes aux pratiques douteuses ou inquiétantes, mettant la puce à l’oreille à davantage de patients.

35 plaintes contre un dentiste

Ces dernières années, les tentatives répétées de l’ODQ pour radier d’urgence le dentiste Pascal Terjanian ont fait les manchettes. Depuis 20 ans, ce dentiste de Terrebonne a fait l’objet d’environ 35 plaintes. Cet automne, le dentiste Marc Tremblay a été radié d’urgence pour avoir mis une patiente en danger en utilisant trop d’anesthésiant.

Délateurs

« Les patients sont plus éduqués, que ce soit un dentiste ou un autre professionnel, ils posent des questions et ne prennent pas son opinion comme une vérité absolue », souligne le Dr Mailhot. Car si les dossiers s’accumulent autant, c’est notamment parce que les plaintes explosent. Un record de 431 plaintes a été reçu en 2017-2018, alors que la moyenne des dernières années se situe plutôt autour de 300, selon les rapports annuels de l’ODQ.

Le comportement des dentistes et leur publicité sont les deux aspects de leur pratique qui ont accumulé le plus de plaintes l’an dernier. Le Dr Mailhot soutient que les dentistes ne peuvent pas faire de publicité avec des témoignages. Lorsqu’un professionnel se fait pincer, il n’est pas rare qu’il balance à son tour une dizaine de collègues, faisant grimper les plaintes, dit-il.

Il assure que son bureau « essaie de redoubler d’ardeur et met tous les efforts » pour traiter les plaintes le plus rapidement possible. Car au fil des ans, c’est sensiblement le même nombre de dentistes qui sont traînés annuellement devant le Conseil de discipline et les dernières décisions concernent des traitements faits en 2014 ou avant.


Dossiers d’enquête en cours à la fin de l’année

  • 2017-2018: 666
  • 2016-2017: 421
  • 2015-2016: 299
  • 2014-2015: 276

Dossiers d’enquête ouverts pendant l’année

  • 2017-2018: 431
  • 2016-2017: 299
  • 2015-2016: 266
  • 2014-2015: 292

 

Les histoires d’horreur s’accumulent

Young Female patient with open mouth examining dental inspection at dentist office.
Photo Adobe Stock

Négligence, acharnement et ego

Un dentiste montréalais a fait preuve de « négligence et d’acharnement thérapeutique », selon l’enquête de la syndic adjointe de l’ODQ, procédant à des soins inutiles portant une atteinte irréversible à la santé de sa patiente.

Le Dr Darich Khang La a été radié pour trois mois en décembre en plus de devoir suivre un stage de perfectionnement en parodontie et implantologie avant de pouvoir pratiquer cette spécialité à nouveau.

De 2012 à 2014, le dentiste a vu sa patiente 37 fois, il a fait 10 greffes osseuses infructueuses et 9 chirurgies. Finalement, la pose de cinq implants se termine en échec. Le dentiste a affirmé que son « ego » l’a empêché de demander de l’aide. Puis il a tenté de rassurer la syndic adjointe en disant avoir choisi le dentiste Marc Tremblay comme mentor, aujourd’hui radié par le Conseil de discipline.

Le dentiste représente « un réel danger pour la protection du public », a tranché le Conseil.

Il cause une fracture ouverte de la mâchoire

Un dentiste de Montréal qui a arraché d’urgence une dent de sagesse, sans bien en informer sa patiente, a provoqué « une fracture ouverte de la mandibule gauche ».

Le Dr Jean Monat devait retirer une dent incluse, c’est-à-dire qui n’est pas sortie de la gencive. Après une radiographie, il a réalisé que l’extraction de la dent s’était terminée en fracture. Il a alors recommandé à sa patiente de se rendre à l’hôpital.

Il a plaidé coupable d’avoir enlevé une dent « sans raison suffisante » et « sans tenir compte des limites de ses aptitudes », écopant d’une amende de 8500 $. Il a évité une requête en radiation provisoire en complétant un stage en chirurgie qui a rassuré le Conseil de discipline.

Dentiste depuis 1969, le Dr Monat n’en était cependant pas à ses premiers déboires avec son ordre professionnel. En 1979, il avait été déclaré coupable d’avoir fraudé la Régie de l’assurance maladie pour un peu plus de 48 000 $.

Six caries qui n’existaient pas

Young Female patient with open mouth examining dental inspection at dentist office.
Photo Adobe Stock

Une dentiste de Longueuil avait trouvé six caries à une patiente, qui s’est heureusement méfiée, demandant un deuxième avis à un autre dentiste qui a jugé que ses dents étaient en santé. Le Dr Anh Tuan Nguyen a écopé de 4000 $ d’amende pour « avoir établi un plan de traitement de caries pour six dents d’une patiente alors qu’aucune intervention chirurgicale n’était requise » selon le Conseil de discipline.

Un expert mandaté par le syndic adjoint avait lui aussi déterminé que toutes les dents de la patiente étaient « saines ».

Des traitements qui étaient contre-indiqués

Young Female patient with open mouth examining dental inspection at dentist office.
Photo Adobe Stock

Un dentiste de Shawinigan ne pourra plus faire de prosthodontie, soit l’installation de prothèses pour remplacer des dents manquantes à la suite d’une décision du Conseil de discipline en octobre le condamnant aussi à payer 11 500 $ d’amendes. « Des travaux de restauration aussi majeurs n’auraient jamais dû être entrepris dans une bouche » par le Dr Yves Boisvert, selon le Conseil, qui l’a reconnu coupable d’avoir fait des traitements contraires aux normes scientifiques sur un patient en 2013 et 2014.

Même si un seul patient est en cause, le Conseil note que des infractions ont été perpétuées sur une période de plus de 11 ans. « Les infractions se situent au cœur même de la profession », déplore la décision.

Interdit de mettre des broches

Young Female patient with open mouth examining dental inspection at dentist office.
Photo Adobe Stock

Un dentiste de Laval s’est vu interdire de pratiquer l’orthodontie par son ordre professionnel en décembre à la suite de « manquements graves et répétitifs ».

Le Dr Vinh Long Nguyen Lam a plaidé coupable d’avoir mal informé ses patients, procédé à des examens incomplets et d’avoir pratiqué de façon contraire aux normes scientifiques reconnues.

L’enquête du syndic adjoint de l’Ordre des dentistes portait sur quatre patients du dentiste ayant reçu des traitements orthodontiques en 2013. Un rapport d’expert présenté devant le Conseil de discipline a notamment montré que le Dr Lam n’arrivait même pas à reconnaître ou diagnostiquer les causes des malocclusions chez ses patients. On lui reproche aussi d’avoir posé des broches sur des dents cariées, ce qui est contraire aux normes.

Il a été condamné à des amendes totalisant 16 000 $, en plus de s’engager à ne plus poser de broches sur les dents de ses patients. « Les manquements commis par [le dentiste] compromettent la qualité et la crédibilité de la profession de dentiste », a tranché le Conseil.

Il laisse un bout de lime dans une dent

Une patiente du dentiste Raafat Attara de Roxboro s’est retrouvée avec un bout d’instrument (une lime) qui s’était cassé dans la racine de sa dent lors d’une intervention. « L’intimé a admis qu’il n’avait pas pris de radiographie postopératoire. Il n’a pu, en conséquence, s’assurer qu’aucun instrument n’avait été laissé dans un canal », peut-on lire dans le jugement le déclarant coupable.

Le dentiste a toujours réfuté les faits reprochés, mais la patiente avait été jugée crédible par le Conseil de discipline.

 

Une patiente se retrouve avec des saignements et des enflures

Young Female patient with open mouth examining dental inspection at dentist office.
Photo Chantal Poirier

Ces dentistes qui improvisent

Young Female patient with open mouth examining dental inspection at dentist office.
Photo Adobe Stock

Elle perd une partie de sa mâchoire

Young Female patient with open mouth examining dental inspection at dentist office.
Photo courtoisie