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La Caisse prend plus de risques

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Au cours des trois dernières années, la Caisse de dépôt et placement a haussé passablement son niveau de risque dans ses placements reliés au crédit, comme les titres à revenu fixe tels que les obligations, les instruments d’emprunts comme les titres hypothécaires, etc.

Comment ? En misant davantage sur des placements dont la cote de crédit varie de « qualité moyenne inférieure » à « spéculatif ».

L’enjeu financier est important puisque l’exposition au risque de crédit porte sur des placements évalués à 118 milliards $ dans le dernier rapport annuel de la Caisse.

Le risque de crédit

Fin 2018, quelque 58 % de la valeur de ces placements bénéficiaient des trois meilleures notes de cotation de crédit, dont 26 % de « AAA » (première qualité) et « AA » (haute qualité), et 32 % de « A » (qualité moyenne supérieure). Ce qui donne une valeur de 68 milliards $ bien cotée.

C’est un net recul par rapport à 2015 alors que 82 % de l’exposition de ces placements jouissaient des trois meilleures cotes de notation financière. On parle d’un écart de 24 points de pourcentage en l’espace de trois années.

Côté « qualité moyenne inférieure », c’est-à-dire la cote BBB, l’exposition de la Caisse est passée de 8 % (2015) à 18 % en 2018. La valeur des placements visée par cette cote : 21 milliards $.

Chez les titres qualifiés de spéculatifs (cote BB) à très spéculatifs ou à risque élevé, l’exposition a triplé en trois ans, pour atteindre 19 % en 2018. Cela touche 22 milliards $ de placements.

Et quant aux titres « pas de cote de crédit », ils accaparent 5 % de l’exposition totale, soit un point de pourcentage de plus qu’en 2015. Placements visés : 5,9 milliards $.

Voilà pour les placements.

À ne pas confondre avec la solvabilité de la Caisse. En tant qu’institution, la Caisse bénéficie sur les marchés financiers des meilleures cotes de crédit, de la part des agences de notation DBRS, Standard & Poor’s, Moody’s et Fitch, soit AAA.

Le risque de change

Le « risque de change » peut, selon les années, avoir un impact financier important sur le rendement de la Caisse puisque la valeur des placements étrangers est convertie en dollar canadien.

En 2015, l’exposition nette en devises étrangères des placements de la Caisse s’élevait à 31 %.

Aujourd’hui, c’est 55 % du gigantesque portefeuille de la Caisse.

Ce pourcentage se décortique comme suit :

  • 27 % en dollar américain
  • 7 % en euro
  • 4 % en livre sterling
  • 2 % en yen
  • 1 % en dollar australien
  • 14 % en autres monnaies étrangères

Lors des trois dernières années, le dollar canadien a varié dans une fourchette allant de 68,5 cents US à 82,2 cents US.

Quand vous avez 55 % de la valeur de votre portefeuille exposé aux monnaies étrangères, soit 170 milliards $, convenons que les fluctuations du taux de change peuvent avoir une grande influence sur le rendement de votre portefeuille.

Le risque de concentration

La Caisse mise de plus en plus sur les pays étrangers pour rapporter un rendement intéressant à ses déposants. Force est d’admettre que la stratégie d’internationalisation de la Caisse s’avère pertinente depuis que Michael Sabia a été nommé à la tête de l’institution en mars 2009.

Lors des cinq dernières années, l’exposition étrangère du portefeuille a augmenté considérablement, passant de 47 % (2013) à 64 % en 2018.

Les États-Unis accaparent 30 % du portefeuille, l’Europe 14 %. La plus forte croissance provient cependant des marchés en croissance et autres régions, lesquels raflent 20 % du portefeuille.

Pendant ce temps-là, le Canada perd des plumes, ne comptant que pour 36 % du portefeuille, en baisse de 17 points de pourcentage.

Heureusement, le Québec, lui, a gagné du terrain dans le... Canada !