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La grande joie de fuir!

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Je vous écris cette semaine du balcon de mon hôtel à Alcúdia, en Espagne. Le soleil commence à peine à vouloir faire sa siesta habituelle en se dirigeant derrière les montagnes qui offrent un décor splendide.

Je suis ici pour participer à l’Ironman 70.3 de Mallorca. Vous l’aurez deviné, évidemment, qu’une compétition quelconque m’a encouragé à ressortir mon passeport. En fait, en plus de la compétition, c’est une semaine de camp d’entraînement où j’ai roulé près de 400 km jusqu’à présent, et cela, même avant le coup de départ.

Je suis loin d’écrire ça pour vous impressionner. Je vous en parle car techniquement, mon corps devrait être à terre, chaque muscle de mes jambes devrait être en train de planifier une révolte quelconque pour que j’arrête de les solliciter. Mais non, tout va bien.

Décrochage total

La raison ? Je ne me souviens pas la dernière fois où j’ai eu l’esprit aussi tranquille. J’avoue que j’avais rarement eu aussi hâte de partir. Et pourtant, ma vie va super bien, la carrière, impossible de me plaindre. Mais entre le ciel gris, les histoires tristes autour du décès de cette jeune fille à Granby, et le fait que j’habite dans une ville où toute lueur d’un avenir meilleur est enterrée dans un cercueil à coup de cônes orange, je me demandais si je paquetais juste une valise ou si je faisais mes boîtes.

Dès mon arrivée ici, ce fut le décrochage total. Évidemment, monter un col de 11 km à 5,5 % pour compléter une petite sortie de 90 km, ça aide à décrocher. Pour ceux qui ont suivi mon périple sur Instagram, les paysages sont époustouflants : falaises et eau bleu cristal à perte de vue.

Tu peux facilement regarder au loin et choisir l’époque dans laquelle tu t’imagines et le décor fite.

Forcément, c’est facile de t’imaginer que la vie est parfaite ici aussi. C’est le grand avantage de n’être que de passage, tu n’y vois que du beau. Mais à force de parler avec les gens du coin, tu réalises que leurs problèmes sont aussi réalistes et banals que les tiens.

Tu réalises tristement que le système universel est fait pour qu’une très mince portion de la société profite de l’écrasement et de l’endettement de la grande majorité. Tu réalises que c’était comme ça au début des temps et que ça va être pareil lorsque tout va sauter.

Le bonheur aux îles canaries

Et hier, pendant une halte au sommet d’un phare lors de notre sortie de vélo, je me suis mis à discuter avec un Espagnol qui parlait aussi français et anglais. Il me racontait qu’il était cadre dans une grosse compagnie à Barcelone, qu’il gagnait une fortune, sans même trouver la façon d’être heureux.

Du jour au lendemain, il a tout largué et a déménagé sur une petite île dans les îles Canaries pour devenir directeur d’une shop de location de vélos. Il m’a raconté qu’il n’a jamais été aussi heureux. Tous les jours en shorts à rouler sur deux roues à travers l’île, où sa plus grande question est : est-ce que j’arrête « me saucer » dans la mer avant d’aller souper ?

J’ai adoré l’écouter me raconter son histoire tout en me demandant si j’aurais le courage de prendre la décision radicale qu’il a prise il y a deux ans. La grande différence, c’est que j’adore ce que je fais dans la vie, mais ça m’a soulagé de réaliser que l’ultime défense contre ce putain de système, c’est une paire de shorts, des gougounes dans les pieds et un esprit libre qui lui dit fuc& ? % $# !