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Les projets internationaux de Roger Frappier

Roger Frappier
Photo courtoisie, MAX FILMS Roger Frappier travaillera sur le prochain film de la célèbre cinéaste néo-zélandaise Jane Campion, qui a remporté la Palme d’or en 1993 avec La leçon de piano

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Inquiet devant les problèmes de sous-financement du cinéma québécois, Roger Frappier se tourne vers le marché international. Le producteur réputé travaille actuellement sur les prochains films de deux grands noms du cinéma mondial, Jane Campion et Bertrand Tavernier, des projets qui l’emballent au plus haut point : « Je trouve cela fascinant d’avoir la chance de collaborer avec ces deux monstres sacrés du cinéma », lance en entrevue celui qui célébrera l’an prochain son 50e anniversaire de carrière.

Le regard de Roger Frappier brillait de fierté quand il nous a dévoilé, lundi passé, les détails du gros projet international sur lequel il planche en ce moment.

Avec sa boîte Max Films (La grande séduction, Jésus de Montréal, Le déclin de l’empire américain), le producteur québécois coproduira en effet le prochain film de la célèbre cinéaste néo-zélandaise Jane Campion (La leçon de piano), une adaptation du roman The Power of the Dog de l’écrivain américain Thomas Savage. Le film, qui mettra en vedette Benedict Cumberbatch et Elisabeth Moss, sera tourné l’an prochain en Nouvelle-Zélande avec un budget d’environ 30 M$.

Ce n’est pas tout. Au cours des prochains mois, M. Frappier coproduira aussi le prochain film du grand cinéaste français Bertrand Tavernier. Adapté du roman Snowbirds de l’auteur Russell Banks, ce long métrage devrait réunir à l’écran Susan Sarandon et Jennifer Jason Leigh.

Ce n’est pas un hasard si Roger Frappier – un de nos producteurs les plus connus et respectés – décide de se tourner vers le marché international. Comme plusieurs de ses pairs, l’homme de 74 ans a constaté ces dernières années qu’il était de plus en plus difficile d’obtenir un financement adéquat pour produire un film québécois.

« Il y a trois ans, quand j’ai senti que l’horizon commençait à se boucher au Québec, j’ai accéléré mon travail au niveau international afin d’être capable de continuer à produire », explique le producteur.

« Ce que je trouve beau dans un projet comme le film de Jane Campion, c’est qu’il me permet de pratiquer mon métier comme je pense qu’il doit être pratiqué. Jane a écrit une première version du scénario et elle nous l’a fait lire, à moi et aux autres producteurs. On lui a fait des commentaires, et à partir de là, elle a écrit une deuxième version qui est exceptionnelle.

« Ce triangle producteur-réalisateur-scénariste existe aussi chez nous, mais on a toujours les notes de la SODEC et de Téléfilm Canada qui viennent s’ajouter. Et ça, c’est véritablement éprouvant parce que ça démontre qu’on ne fait pas confiance à la vision première des intervenants qui sont à la base d’un projet. J’ai vu des cinéastes québécois devoir écrire sept versions de leur scénario à la demande des institutions, et je te jure qu’au final, la seconde version était la meilleure. Je trouve que le cinéma québécois est très bon, mais il pourrait être encore meilleur si on faisait plus confiance au triangle producteur-réalisateur-scénariste. »

Les moyens de ses ambitions

En travaillant sur des coproductions internationales, Roger Frappier aura aussi forcément accès à des budgets plus importants.

« C’est un bonheur pour un producteur d’avoir le budget pour bien raconter l’histoire. Malheureusement, c’est de moins en moins possible au Québec. Les institutions préfèrent couper 200 000 $ ou 300 000 $ sur chaque projet pour pouvoir investir dans un film de plus. Ce qui est, selon moi, une aberration. Parce qu’en coupant, on enlève le cinéma. On enlève une journée de tournage, des figurants, de l’équipement, des possibilités de musique.

« Je ne comprends pas pourquoi quand j’ai produit Un zoo la nuit, Jésus de Montréal et La grande séduction, j’avais toujours le bon budget pour raconter l’histoire qu’on voulait raconter, et que ce n’est plus le cas aujourd’hui. Je trouve qu’il y a un manque de financement chronique dans le cinéma québécois. On voit d’ailleurs que des cinéastes comme Denis Villeneuve, Jean-Marc Vallée et Philippe Falardeau vont faire des films à l’étranger parce que c’est là qu’ils trouvent la capacité de raconter des histoires avec plus de moyens. »

Roger Frappier, qui célébrera l’an prochain son 50e anniversaire de carrière dans le cinéma, est récemment revenu aux sources en produisant et réalisant avec Justin Kingsley un documentaire sur la tournée de l’OSM et son chef d’orchestre Kent Nagano au Nunavik et sur la Basse-Côte-Nord en septembre dernier.

« Ce retour au documentaire m’a fait du bien. Ç’a été une expérience extrê­mement enrichissante. On est très satisfaits du résultat. Dans un monde idéal, on aimerait pouvoir le montrer au Festival de Toronto en septembre prochain. »