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Réponse à la chronique d’Antoine Robitaille

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Il est impossible pour moi de ne pas répliquer à la chronique d’Antoine Robitaille (Un scandale nommé Sénat, 7 mai). Bien que je souhaite, comme plusieurs autres sénateurs, un resserrement de nos règles d’éthique, je crois qu’il est profondément injuste de qualifier le Sénat d’institution « pourrie » comme le fait M. Robitaille. Ce jugement sans appel salit tous les parlementaires qui y œuvrent et qui prennent très au sérieux leur rôle constitutionnel de Chambre des régions.

Une réforme sans précédent est en cours depuis que le premier ministre Trudeau nomme depuis trois ans des sénateurs indépendants. Un pari audacieux qui rend le Sénat moins partisan, et plus soucieux d’étudier en profondeur les projets de loi sans suivre une ligne de parti et en proposant si nécessaire des amendements. On a vu cette transformation à l’œuvre dans le cheminement de projets de loi, comme celui sur le cannabis (C-45) ou celui modifiant le code criminel (C-51). Cette réforme est loin d’être complétée, puisqu’il y a encore des caucus, notamment le caucus conservateur. Contrairement à ce qu’avance M. Robitaille, les retards actuels dans l’étude des projets de loi ne viennent pas du groupe des sénateurs indépendants. D’après ce que j’ai constaté depuis huit mois en Chambre et en comité, ces délais indus sont causés par les multiples tactiques procédurales des sénateurs conservateurs qui font tout pour retarder les votes et les travaux des comités. Ne vous y trompez pas : les conservateurs sont déjà en campagne électorale au Sénat, et c’est ce qui ralentit nos travaux.

Le Sénat est en pleine transition. Le groupe des sénateurs indépendants travaille activement à moderniser l’institution: une nouvelle politique pour contrer le harcèlement est en préparation, on propose d’ajouter deux experts externes dans un futur comité de vérification. Une révision du code d’éthique est également en cours. Tout cela prend du temps, et comme dans toute institution, il y a beaucoup de résistance au changement.

Antoine Robitaille souhaite un autre mode de nomination des sénateurs. C’est fort légitime, mais pour cela, il faudra que le Québec et les autres provinces s’entendent, ce qu’elles n’ont pas réussi à faire depuis des décennies. D’où la tentative actuelle de modernisation de Sénat de l’intérieur qui est difficile, mais porteuse d’espoir.

Je crois à la transparence et à une presse libre. Mais la chronique d’Antoine Robitaille ne fait que renforcer les préjugés les plus primaires sur le Sénat, et sape encore davantage la confiance des citoyens envers leurs institutions.

Julie Miville-Dechêne, Sénatrice indépendante