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Ces maladies que vous croyiez d’une autre époque, mais qui existent toujours

La déclaration de cas de tuberculose et de gale cette semaine rappelle que ces maladies sont toujours parmi nous

Patients civière tuberculose
Photo courtoisie, Fonds Ministère de la Culture et des Communications - OFQ/ Gustave Bédard / 1951 À une certaine époque, dans les années 1940 et 1950, les sanatoriums construits par le gouvernement du Québec étaient remplis de patients atteints de la tuberculose. À Gaspé, on les cordait littéralement devant les fenêtres pour qu’ils puissent observer le paysage.

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Tueuses d’un autre temps, des maladies que l’on croyait complètement éradiquées reviennent parfois faire la manchette. Mais qu’en est-il réellement ? Ces maladies ayant marqué l’histoire sont-elles vraiment disparues ? Coup d’œil sur les plus connues d’entre elles et sur le nombre de cas recensés au cours des dernières années.


Tuberculose

Toux creuse, crachats de sang, fièvre avec sueurs nocturnes, amaigrissement, fatigue

Ramenée dans l’actualité par la déclaration d’un cas dans la région de Québec, la tuberculose ne fait plus les mêmes ravages qu’à l’époque des sanatoriums, mais elle existe toujours.

La maladie qu’on appelait à l’époque « la peste blanche » a laissé sa trace dans la mémoire collective québécoise, alors qu’elle était «très active entre 1890 et 1950», rappelle l’historien Réjean Lemoine. «C’était lié aux mauvaises conditions de salubrité, principalement dans les milieux ouvriers. Québec avait même mis sur pied une commission d’enquête au début du 20e siècle pour voir ce qui pouvait être fait.»

Les médecins d’alors avaient la lourde tâche de tenter de contrer la propagation des maladies comme la tuberculose. Ci-contre, le D<sup>r</sup> Georges Racicot que l’on voit auscultant un patient au sanatorium de Trois-Rivières en 1942.
Photo courtoisie, Fonds Ministère de la Culture et des Communications – OFQ / J.M. Denault / 1942
Les médecins d’alors avaient la lourde tâche de tenter de contrer la propagation des maladies comme la tuberculose. Ci-contre, le Dr Georges Racicot que l’on voit auscultant un patient au sanatorium de Trois-Rivières en 1942.

Aujourd’hui, entre 200 et 300 cas de la maladie sont déclarés en moyenne annuellement au Québec. Ce nombre reste bien loin des statistiques à l’échelle mondiale, toutefois.

«Dans le monde, on parle aujourd’hui de 142 cas par 100 000 habitants, alors que dans la région de Québec, c’est deux cas par 100 000. C’est loin d’être alarmant chez nous», souligne le Dr André Paradis, spécialiste en infectiologie à la Direction de la santé publique.

« Les médecins de l’époque croyaient que le grand air aidait à soigner les patients de la tuberculose », raconte l’historien Réjean Lemoine. Même la douche se prenait à l’extérieur, comme le montre cette photo.
Photo courtoisie, Fonds Ministère de la Culture et des Communications - OFQ / Paul Carpentier / 1948
« Les médecins de l’époque croyaient que le grand air aidait à soigner les patients de la tuberculose », raconte l’historien Réjean Lemoine. Même la douche se prenait à l’extérieur, comme le montre cette photo.

L’amélioration des conditions de vie et la découverte de traitements ont permis d’éliminer en grande partie la maladie, qui touche dans la majorité des cas des populations immigrantes aujourd’hui.

«On parle de 70 % des cas. La période d’incubation est très variable, donc le moment où la personne porteuse va développer la maladie peut s’étirer après son arrivée au pays», explique le Dr Paradis.


Choléra

Diarrhée, nausées, vomissements, déshydratation, choc circulatoire

Les grandes pandémies mondiales sont bien derrière nous, mais le choléra, lui, existe bel et bien encore. Depuis 2000, ce sont 10 cas qui ont été répertoriés au Québec, le dernier remontant à 2014, selon l’INSPQ.

«Cette diminution est un bel exemple du grand succès de contrôle de ces maladies parce que le choléra n’est plus en circulation dans les pays développés», lance le Dr Nicholas Brousseau de la direction des risques biologiques de l’INSPQ.

C’est principalement en zone de guerre et de catastrophe naturelle, ou dans des pays où les installations sanitaires sont déficientes que le choléra continue de se propager. Les cas recensés au pays viennent bien souvent de ces endroits. «Ça ne donne jamais lieu à la propagation, ici», précise le Dr Brousseau.

La réalité était tout autre dans les années 1800, alors que les grandes pandémies de choléra faisaient des milliers de victimes sur la planète. Québec n’y a pas échappé, traversant cinq épidémies en l’espace d’une trentaine d’années.

«La première épidémie en 1832 a fait 3000 morts sur 30 000 habitants à Québec. C’est 10 % de la population de la ville. La maladie se transmettait par l’eau, et comme les villes n’avaient pas d’aqueduc, les gens buvaient l’eau où ils allaient aux toilettes. Ce n’est pas compliqué à comprendre comment ça pouvait se propager rapidement», raconte l’historien Réjean Lemoine.

«Au 19e siècle, si l’espérance de vie était de 40 ans, c’était principalement à cause de maladies comme celle-là», ajoute l’expert.


Coqueluche

Fortes quintes de toux, fièvre, écoulement nasal, rougeur des yeux, difficultés respiratoires

Maladie souvent qualifiée «de l’ancien temps», la coqueluche est plus présente qu’on pourrait le croire encore aujourd’hui. La grande différence se trouve dans les traitements développés au fil des ans.

«Auparavant, la coqueluche causait beaucoup de décès chez les enfants, mais aujourd’hui c’est beaucoup mieux contrôlé. Les vaccins permettent de réduire la sévérité de l’infection», fait remarquer le Dr Nicholas Brousseau.

Malgré tout, plus de 12 000 cas de coqueluche ont été déclarés entre 2000 et 2017 au Québec. «Ça a toujours continué de circuler, même si on a 10 fois moins de cas que par le passé.»

La difficulté de la coqueluche demeure dans sa transmission extrêmement facile, ce qui accentue encore aujourd’hui les risques d’épidémies à petite échelle. La dernière en date remonte à 2016, où 1577 cas avaient été répertoriés au Québec.


Rougeole

Rougeurs, fièvre, congestion, toux et maux de gorge. Complications possibles : cécité, encéphalite, pneumonie, décès

Maladie parmi les plus contagieuses au monde, la rougeole fait un retour en force depuis quelques années avec l’avènement d’une frange d’anti-vaccins qui ouvre la porte à cette recrudescence. Comme mentionnée, cette semaine, par l’équipe de «En 5 minutes» du Journal, 112 000 cas ont été rapportés au premier trimestre de 2019 à l’échelle mondiale, contre 28 000 à pareille date l’an dernier.

Au Québec, la vaccination de plus de 19 enfants sur 20 permet encore de contrôler la maladie, mais des éclosions ciblées surviennent encore. En 2011, 725 cas avaient été déclarés. «Il faut toutefois relativiser parce qu’avant la vaccination, une personne infectée pouvait contaminer jusqu’à 20 autres personnes, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui», rappelle le Dr Nicholas Brousseau.

Historiquement, la rougeole a fait beaucoup de dommages à l’échelle mondiale, en raison de sa transmission facile. Plusieurs décès étaient d’ailleurs liés à la maladie. «Avant les années 1970, tous les enfants faisaient la rougeole. Pour chaque 1000 cas, on avait une encéphalite et pour chaque 3000, un décès. On a tendance à oublier les ravages que faisaient ces maladies», insiste le médecin.


Gale

Démangeaisons très intenses, surtout la nuit

Souvent identifiée à tort dans l’histoire comme une maladie touchant les gens pauvres et les quartiers ouvriers, la gale peut en fait sévir n’importe où. Le sarcopte, petit acarien qui cause les démangeaisons, n’a pas de classe sociale comme en font foi les éclosions comme celle qui touche actuellement le personnel d’un hôpital de Terrebonne.

Cette dernière éclosion qui touche actuellement neuf employés du département de soins intensifs a été causée par un employé qui a contracté l’infection dans sa communauté. Aucun patient de l’établissement n’a toutefois été contaminé.

«Heureusement qu’il n’y a pas de complications dues à la gale au-delà du parasite et des démangeaisons qui l’accompagnent», mentionne le Dr Nicholas Brousseau.

Même sans risque grave, la maladie est un enjeu de santé publique, en raison de sa contagion élevée. La transmission se fait par contact direct, soit de peau à peau ou de façon indirecte par des vêtements ou des serviettes, par exemple.

Comme la maladie n’est pas à déclaration obligatoire au Québec, il est difficile de déterminer combien de cas frappent la province chaque année. «À l’échelle mondiale, on parle de plusieurs millions de cas annuellement, même si c’est quelque chose que l’on voit moins qu’avant.»

L’importance de la vaccination

À travers la présence parfois surprenante de nos jours de certaines des maladies citées plus haut, la médecine a aussi des histoires de réussites d’éradication, insiste l’expert en infectiologie Karl Weiss. Et ces petites victoires partent toutes des mêmes sources, dont la vaccination, que certains remettent en question aujourd’hui.

«Le problème des vaccins est qu’ils ont été victimes de leur succès. Ils ont permis d’éradiquer tellement de maladies que les gens se disent que ça ne vaut plus la peine de se faire vacciner», déplore le médecin et professeur à la faculté de médecine de l’Université de Montréal.

« Il faut que les gens comprennent que si nous sommes là aujourd’hui, c’est probablement à cause des vaccins et des antibiotiques parce que sans eux, nos arrière-grands-parents seraient peut-être morts avant de se rencontrer », lance le Dr Weiss, invitant la population à ne pas oublier «ces leçons du passé».

Cette résistance n’a toutefois rien d’étonnant pour Réjean Lemoine, qui raconte que le mouvement anti-vaccin prend ses racines dans l’avènement même de la vaccination.

«Lors de l’épidémie de variole qui frappait Montréal en 1885, il y a eu des émeutes contre la vaccination», raconte l’historien. Le Bureau de santé du Faubourg de l’Est sera incendié et l’hôtel de ville vandalisé, démontrant toute la panique qui régnait.

«Et encore aujourd’hui, il existe un rappel dans la mémoire historique de ces grandes épidémies comme la peste ou la grippe espagnole. On l’a vu avec la panique autour du virus Ebola il y a quelques années.»