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Un vapoteur lui fait perdre sa cantine

L’amende reçue en raison d’un client irrespectueux était trop salée pour continuer à exploiter son commerce

Cantine Tingwick
Photo collaboration spéciale, Caroline Lepage Suzie Leclerc, qui montre une des 14 affiches rappelant l’interdiction de fumer près de sa cantine, n’a plus l’énergie et les moyens de rouvrir son restaurant.

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TINGWICK | La propriétaire de la seule cantine de sa municipalité du Centre-du-Québec doit fermer son commerce après avoir payé une amende trop salée pour ses moyens parce qu’un client vapotait sur le site malgré les 14 affiches interdisant de fumer.

Nul ne saurait ignorer la loi et Suzie Leclerc l’a appris à ses dépens. La résidente de Tingwick, située à une vingtaine de minutes de Victoriaville, déclare n’avoir jamais vu son client qui s’est fait prendre par un inspecteur du ministère de la Santé en train de vapoter sous l’abri adjacent à sa cantine, le 14 septembre 2017.

Elle a contesté la contravention de 500 $ plus les frais, en démontrant qu’elle avait installé 14 affiches indiquant l’interdiction de fumer et qu’aucun cendrier n’était sur place, peut-on lire dans le jugement émis le 15 octobre dernier.

Exaspérée

Mme Leclerc disait ne pas avoir les moyens d’équiper sa cabane à patates frites d’un système qui lui aurait permis de surveiller la totalité du site, ouvert quatre mois par an.

Or, le juge Gaétan Ratté a tout de même condamné la dame de 54 ans.

« L’exploitante du commerce est ultimement responsable de ce qui s’y passe et doit voir à ce que la loi et les règlements y soient observés », a-t-il tranché.

Découragée, Mme Leclerc a travaillé cet hiver à la cuisine du Mont Gleason, près de Victoriaville, pour payer l’amende de 779 $. Elle ne rouvrira pas sa cantine en mai prochain, ce qui privera les 1410 habitants de cette municipalité du seul restaurant du coin.

« Je suis tannée ! J’arrête avant d’y laisser ma peau », lance-t-elle.

Mme Leclerc avait aussi reçu la visite d’inspecteurs du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec en 2017 et de Revenu Québec en 2018, et leur encadrement strict lui semblait démesuré pour une si petite cantine.

« On est en milieu agricole. Les gars arrivent en tracteurs pour venir manger leur hot-dog », plaide-t-elle.

Celle qui a mis en vente sa cantine récemment espère qu’un futur acheteur prendra la relève.

La goutte de trop

« Durant les contrats de construction, ça prend un endroit pour permettre aux travailleurs de manger. Ils n’amènent pas tous leur lunch », indique André Boisvert, propriétaire du Bar Tingwick, voisin de la cantine.

Seul le dépanneur du village offre de la pizza et de la poutine, à l’occasion.

« Les gens sont très déçus », rapporte la commis, Jessie Noble.

La porte-parole de l’Association Restauration Québec, Dominique Tremblay, admet que des restaurateurs sont choqués d’être visés par autant de surveillance, laquelle ajoute à la lourdeur des opérations.

« Il y a des inspections pour tout. C’est l’une des industries les plus réglementées, donc c’est sûr de recevoir des constats [d’infraction], ça peut être la goutte d’eau qui fait déborder le vase », dit-elle.