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Un vraiment beau voyage

J’ai refait le plus beau voyage
Photo courtoisie J’ai refait le plus beau voyage
Josée Boileau
Éditions Somme toute

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Chaque fois que j’entends cette chanson, Le plus beau voyage, de Claude Gauthier, je ne peux m’empêcher de pleurer.

C’est comme si cette chanson m’interpellait et que je m’identifiais à ces « appartenances » dont parle Claude Gauthier. Parce que je suis de cette génération des « je suis de dix enfants à table », contrairement à Josée Boileau, de la génération suivante, qui s’est sentie interpellée, elle aussi, par les paroles de Claude Gauthier, pour d’autres raisons, et qui a voulu savoir quelle sorte de Québécoise elle était en ce 21e siècle tout en faisant l’inventaire de notre identité.

D’abord, le fleuve Saint-Laurent et les forêts immenses qui meublent notre territoire. De tout temps, ce fleuve a servi aussi bien de repère que de repaire, de « chemin qui marche » comme les Algonquins le qualifiaient, nous rappelle Josée Boileau. Puis les forêts, territoires de légendes merveilleuses, d’histoires à faire peur, de récits tristes qui se déroulent dans les camps de bûcherons alors que l’hiver n’en finit plus. Une nature omniprésente, véritable personnage, avec laquelle il faut toujours compter. Même si les Québécois vivent majoritairement en ville. « Du bois, du bois et encore du bois. C’est la nature qui s’impose et on doit toujours compter avec elle. » Même le mont Royal, planté en plein cœur de Montréal, nous le rappelle.

Et puis l’espace, nos grands espaces qui marquent tant l’imaginaire des visiteurs européens. Le Québec fait trois fois la France et cinquante fois la Belgique. L’auteure se rappelle les poèmes d’Alfred DesRochers qui apportent des éléments de réponses sur les motivations des premiers colons à s’installer au bout du monde, « dans des coins où rien ne mène naturellement [...] dans des terres de roches et des mers de bois ». DesRochers évoquait, dans un poème, son « rêve d’aller comme allaient les ancêtres ». Ça résume bien ce sentiment de nomade qui nous habite.

Et d’affirmer que Montréal ne représente pas le Québec dans son ensemble. Il ne faut pas oublier ces centaines de villes et villages hors de la grande région métropolitaine, où vivent ceux qu’on dit « de souche, et nul n’a à rougir de cette souche-là ! »

Ce Québec-là est bien facile à vivre, conclut-elle, malgré toutes les difficultés de la vie quand on est pauvre et isolé. Et discriminé en raison de la couleur de sa peau. « Il y a ici, de manière générale, une légèreté dans nos structures politiques, institutionnelles et sociales qui témoigne d’une société moins stratifiée. » Et cette légèreté viendrait en grande partie du territoire. Car nous sommes un peuple de nomades et l’évasion est encore possible.

Panse-blessures

Et la langue maintenant ? Cette langue commune, le français, « au cœur de l’identité québécoise », nous permet d’apprivoiser les espaces et de traverser le fleuve. Et Boileau de rappeler qu’avec 78 % de la population de langue maternelle française, nous sommes encore majoritaires. Mais hélas, nous nous comportons souvent en minoritaires et nous nous laissons envahir par l’anglais, que ce soit dans les grands magasins ou à l’hôtel de ville de Montréal où on utilise très souvent l’anglais dans des discours officiels. Et de s’insurger quand on vante les vertus cosmopolites de Montréal, ce qui la distinguerait des autres métropoles. « Ce qualificatif peut-être attribué à toutes métropoles, réplique-t-elle. Si Montréal plaît tant, c’est plutôt parce qu’elle a pour socle le français, la culture française et sa manière de vivre ».

J’ai refait le plus beau voyage parle de saisons, bien évidemment, comment oublier que « mon pays, c’est l’hiver » ? Aussi de résistance et de grands rassemblements. « Je suis demain toujours possible, si on me développe à temps. Je suis Québec, encore vivant », conclut-elle, en nous souhaitant un pays pour le plus beau des voyages.

Josée Boileau nous offre ici un livre panse-blessures.