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M’entends-tu?

Josee Scalabrini
Photo Le Journal de Québec, Simon Clark

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Malgré toutes les réserves énoncées par la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE) sur la précipitation gouvernementale à mettre en place des cours d’éducation à la sexualité sans que les personnels y soient adéquatement préparés, les gouvernements Couillard et Legault ont fait la sourde oreille. Le bilan tracé par la présidente de la FSE, après presqu’une année d’implantation, s’avère catastrophique à ses dires, mais encore plus préoccupant, y a-t-il quelqu’un pour l’entendre dans les officines ministérielles?

La voix du personnel enseignant, plus précisément celle de leurs représentants, semble de moins en moins prise en compte par les autorités gouvernementales. Pourtant, c’est la catégorie de personnel qui passe le plus grand nombre d’heures avec les élèves, qui a la responsabilité première dans la transmission des savoirs et qui est parmi les plus déterminants dans la réussite éducative. Malgré l’importance de leur rôle, les gouvernements ont préféré au fil des dernières années alimenter leurs réflexions et leurs décisions à l’aune de forums aux multiples intervenants de tout acabit. 

Associations patronales, chambres de commerce, organisations philanthropiques, organismes communautaires et regroupement affichant mission pour la réussite éducative s’avéraient le noyau principal de ces forums consultatifs des dernières années et les syndicats de l’éducation y étaient noyés. Nous sommes loin de la situation où la Centrale de l’enseignement du Québec (CEQ), devenue depuis la CSQ), et les ministres de l’Éducation avaient une relation bilatérale qui permettaient au personnel de l’éducation de jouir d’une importante influence. Les États généraux de l’éducation, tenus au milieu des années 90, ont été conséquents de cette influence où la CEQ avait amené le gouvernement de l’époque à partager ses inquiétudes sur la réussite éducative.

Que s’est-il donc passé pour que les gouvernements fassent si peu de cas des appréhensions légitimes exprimées par les syndicats d’enseignant? Les problèmes soulevés par la présidente de la FSE relativement à l’éducation à la sexualité sont réels et bien énoncés, mais rien n’ébranle l’entêtement gouvernemental. Les impératifs politiques, plus clairement dit, le paraître des ministres, y sont sûrement pour quelque chose, mais cela n’explique pas tout. Il faut être conscient que les briseurs de syndicats ne sont pas que cantonnés dans les lieux de travail, au contraire les think tank de droite se multiplient pour dénigrer le collectif et déifier l’entreprenariat individuel.

C’est dans cette conjoncture hostile que les organisations syndicales comme la FSE doivent veiller aux intérêts de leurs membres tout en étant soucieuse des impacts sociaux de leurs revendications. Plus particulièrement pour les enseignants, le repli corporatif, les divisions et la tendance à un syndicalisme de dénonciation les ont éloignés des sphères d’influence au fil du temps. Un resserrement de la solidarité enseignante, une meilleure capacité de s’inscrire dans un syndicalisme de propositions et une plus grande sensibilité aux préoccupations des usagers et autres travailleurs s’imposent s’ils veulent faire entendre leur voix dans un monde de l’éducation où les points de vue semblent tous avoir le même poids indépendamment de l’expertise des uns et des autres.

À défaut d’y arriver, le gouvernement aura beau jeu d’instaurer de nouvelles structures comme un Institut d’excellence en éducation ou un ordre professionnel des enseignants.