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Le manque de services d'urgence inquiète dans la réserve faunique des Laurentides

L'Étape
Capture d'écran, TVA Nouvelles À l’été 2017, cette roulotte avait été détruite par les flammes sur la route 175 puisque l’unité Patrouille Secours n’est pas outillée pour faire face à ce genre d’événement.

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Des voix s’élèvent pour réclamer des services d’urgence mieux outillés pour intervenir dans la réserve faunique des Laurentides, où les cas d’interventions tardives se multiplient.

«Je trouve ça ordinaire. Je ne sais pas pourquoi (on) me charge des taxes s’ils ne peuvent pas m’offrir de service. C’est un service essentiel, quant à moi. Il y a du danger», s’insurge le propriétaire de l’Étape, Jean-François Abraham.

En 2003, la halte-routière situé en plein milieu de la réserve avait été rasée par les flammes après un violent incendie. Le complexe avait ensuite été reconstruit, mais les ressources pour combattre un nouveau brasier restent limitées. En pareil cas, l’unité d’urgence Patrouille Secours, postée à L’Étape, n’aurait à sa disposition que six extincteurs et un modeste boyau d’arrosage.

L’Étape avait été complètement rasée par un feu en septembre 2003.
Photo d'archives
L’Étape avait été complètement rasée par un feu en septembre 2003.

Créée en 1989 par le ministère des Transports, Patrouille Secours veille à offrir les premiers secours et les premiers soins sur la route 175, en plus d’assurer de façon générale la sécurité des usagers.

«Il est déjà arrivé des drames. Il y a des gens qu’on a laissés sans réponse. Il ne faut pas qu’on attende qu’il y ait d’autres victimes pour agir», presse Éric Fugère, un ambulancier qui dirige un OBNL de premiers répondants. Il a tenté d'approcher le gouvernement afin de proposer ses services (voir autre texte).

L’ex-ministre des Transports et député péquiste Sylvain Gaudreault est aussi préoccupé.

«Il faut absolument offrir un service de sécurité dans une route qui, même si elle a été améliorée, est très longue et isolée. Il y a des sentiers de motoneige et beaucoup d’événements climatiques extrêmes. Il faut pouvoir offrir des services de sécurité en tout temps et pouvoir agir plus rapidement», estime le député de Jonquière .

Des cas qui font les manchettes

Pourtant, des cas d'interventions tardives dans le parc des Laurentides ont fait les manchettes et suscité plusieurs questions sur la couverture de ce secteur durant les dernières années.

♦ Le 19 février 2016, une motoneigiste grièvement blessée avait dû attendre les secours pendant quatre heures alors qu’elle gisait sur la glace.

♦ Deux semaines plus tard, un motoneigiste américain perd la vie dans un sentier à 3,4 kilomètres de L’Étape. Ni les ambulanciers ni Patrouille Secours n’étant habilités à faire du sauvetage hors route, il est secouru 1 h 40 après l’accident et meurt.

♦ Puis, en juillet 2017, une roulotte brûle aux abords de la route 175. Des pompiers partent de Québec une heure après le début de l’incendie. L’unité Patrouille Secours a dû regarder l’incendie, impuissant, puisqu’elle n’est pas outillée pour intervenir face à de telles flammes.

Pas de couverture

Sur la route 175, qui relie Québec à Saguenay, aucune entente n’est en vigueur pour les interventions incendies. C’est le service incendie le plus près qui, s’il est disponible, répond aux appels d’urgence. Leur déplacement peut parfois prendre plusieurs heures.

Les communications de la Coalition avenir Québec ont laissé savoir au Journal que personne n’était disponible pour commenter le dossier hier.


► Les services d’urgence occupés

  • 390 interventions par année pour Patrouille Secours, dont environ la moitié pour des accidents de la route
  • Deux millions d’automobiles circulent dans le parc chaque année, dont 500 000 poids lourds

Un statu quo qui persiste

Un ambulancier qui dirige un organisme à but non lucratif cogne depuis deux ans à la porte des ministères en prétendant pouvoir offrir un service d’urgence mieux adapté pour les incendies et les accidents hors route dans le parc des Laurentides, mais il dit s’être buté à la sourde oreille des fonctionnaires.

C’est le décès d’un motoneigiste américain à quelques kilomètres de L’Étape en attendant les secours qui a incité Éric Fugère à proposer ses services au ministère des Transports.

«Aujourd’hui, il arriverait la même chose, voire pire», estime le directeur de Premiers Répondants Laurentides, un OBNL qui offre des services incendie et de transport médical.

Pour quelques dizaines de milliers de dollars de plus, il assure pouvoir offrir la même couverture que Patrouille Secours, doublé des moyens pour combattre des incendies et pour des sauvetages hors route, notamment en cas d’accident de motoneige.

«On peut offrir beaucoup plus pour un prix similaire, notamment avec la formation et en ayant un camion de pompiers plutôt que deux camionnettes.»

Statu quo

Ses quelques rencontres avec des fonctionnaires du ministère des Transports et de la Sécurité publique n’ont pas donné le dénouement qu'il espérait. «On nous a dit qu’ils préféraient maintenir le statu quo», affirme M. Fugère.

En 2011, l’Assemblée nationale avait appuyé unanimement une motion pour conserver les services de Patrouille Secours, alors menacé d’être dissous après la réfection jugée plus sécuritaire de la route 175. Le ministre libéral des Transports de l’époque, Pierre Moreau, avait laissé entendre que le mandat de l’unité allait être réévalué à long terme.

Huit ans plus tard, le ministère des Transports confirme qu’«il n’y a eu aucune réévaluation du mandat».