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Passages piétonniers: rares contraventions aux conducteurs délinquants

Un seul «ticket» est remis tous les 9 jours pour non-respect des passages piétonniers

Passages piétonniers: rares contraventions aux conducteurs délinquants
Photo Jean-François Desgagnés

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Même si les automobilistes de Québec sont nombreux à ne pas respecter la priorité donnée aux piétons aux passages qui leur sont réservés, les policiers ne donnent que très rarement des contraventions aux conducteurs pressés.

Il suffit de se poster à un passage piétonnier n’importe où à Québec pour s’en rendre compte : les piétons doivent être très patients pour traverser la rue, même si l’article 410 du Code de la sécurité routière édicte très clairement que lorsqu’ils affichent leur intention de traverser, les automobilistes doivent leur céder le passage.

Or, les données obtenues par l’accès à l’information démontrent que le Service de police de la Ville de Québec distribue peu de contraventions pour une infraction à l’article 410.

Pour toute la ville de Québec, qui compte plus de 530 000 habitants, à peine 38 constats sont émis en moyenne par année depuis 2007. Cela équivaut à une contravention tous les neuf jours.

Le maire indigné

L’automne dernier, le maire de Québec, Régis Labeaume, avait exprimé sa désolation devant le manque de respect des automobilistes envers les piétons.

«Je n’accepte plus qu’à Québec, les piétons n’aient plus de priorité pour traverser les rues. En Ontario et aux États-Unis, les piétons ont la priorité. Ici, si c’est possible, l’auto pourrait les frapper», avait-il soupiré lors d’un comité plénier qui étudiait le budget et les investissements du service des transports et de la mobilité intelligente.

Le maire s’était lancé dans une longue envolée et avait assuré qu’il se donnait comme objectif d’accroître la courtoisie envers les piétons.

«L’objectif qu’on a, c’est qu’éventuellement, à Québec, le piéton ait la même priorité qu’il a en Ontario et aux États-Unis».

4 en 12 ans à Lévis

Juste de l’autre côté du fleuve, à Lévis, les automobilistes qui se font pincer sur l’article 410 sont rarissimes. La police a donné quatre contraventions en 12 ans, soit une par année en 2011, 2012, 2015 et 2018.

Article 410 du Code de la sécurité routière : Lorsqu’un piéton s’engage ou manifeste clairement son intention de s’engager dans un passage pour piétons, le conducteur d’un véhicule routier doit immobiliser son véhicule pour lui permettre de traverser. À un tel passage, le cycliste doit également accorder la priorité aux piétons.

Depuis quelques années, Saguenay, Laval et Trois-Rivières font à peine mieux, avec une moyenne de 18, 16 et 14 constats par an, respectivement.

Dans les autres grandes villes, la situation est semblable à celle qui prévaut à Québec. À Sherbrooke, par exemple, les policiers distribuent en moyenne 48 contraventions par an depuis 2010.

Gatineau et Longueuil en font davantage, avec une moyenne de 167 et 107. Montréal ressort clairement du lot. La plus populeuse des villes donne un peu plus de 1800 contraventions par an depuis 2009.

Une partie du problème des marcheurs réside dans le fait que les lignes des traverses piétonnières disparaissent graduellement pendant l’hiver.

Le porte-parole de la Ville de Québec, David O’Brien, explique que ce n’est pas la qualité de la peinture qui est en cause, mais bien l’utilisation d’abrasifs et surtout le passage des machineries de déblayage.

«Au Québec, on a des conditions qui sont extrêmes pour la peinture.»

► Bon an mal an, la Ville fait le marquage de ses rues juste après le nettoyage. Cette opération se fait généralement en mai.

De longues minutes avant de pouvoir traverser

À certains endroits, comme ici le long du chemin Sainte-Foy, il faut parfois attendre de longues minutes avant qu’un conducteur daigne s’arrêter, et ce, même si les piétons ont priorité aux passages identifiés.
Photo Jean-François Desgagnés
À certains endroits, comme ici le long du chemin Sainte-Foy, il faut parfois attendre de longues minutes avant qu’un conducteur daigne s’arrêter, et ce, même si les piétons ont priorité aux passages identifiés.

À certains passages piétonniers de Québec, des dizaines de voitures peuvent passer sous le nez d’un piéton sans même ralentir.

Le Code de la sécurité routière prévoit que « lorsqu’un piéton s’engage ou manifeste clairement son intention de s’engager dans un passage pour piétons, le conducteur d’un véhicule routier doit immobiliser son véhicule pour lui permettre de traverser. »

Nous avons donc tenté l’expérience. Un après-midi, Le Journal s’est posté à la traverse du chemin Sainte-Foy à la hauteur de la rue De Villers, qui est indiquée de chaque côté par un panneau blanc présentant un piéton et par des marques sur la chaussée, qui sont en partie effacées.

Marquant notre intention de traverser en posant un pied sur la traverse, dans la rue, nous avons dû attendre de longues minutes avant qu’une voiture daigne s’arrêter.

Trentaine de voitures

À un certain moment, nous avons compté une trentaine de voitures qui nous ont filé sous le nez. À cet endroit, il arrive même parfois qu’une voiture de police passe devant un piéton qui attend de traverser. Le Journal a vu des autobus scolaires et du RTC filer de telle façon.

À la traverse de la rue Saint-Félix, à Cap-Rouge, les automobilistes sont plus attentifs.

Il faut dire que le passage est signalé par des feux clignotants, des panneaux et des lignes sur la chaussée.

Généralement, les conducteurs s’arrêtent dès qu’un piéton s’avance, mais on a observé à certains moments que malgré la visibilité de la traverse, un marcheur peut être obligé de patienter alors qu’une dizaine d’automobilistes distraits passent sans s’arrêter.

Le chaos

À certains endroits, comme à la traverse piétonnière devant la Pyramide de Sainte-Foy, c’est le chaos. Les piétons traversent n’importe où, et les voitures s’arrêtent rarement à la traverse officielle.

En entrevue avec Le Journal, le conseiller responsable de la sécurité routière, Patrick Voyer, a laissé entendre que la Ville miserait davantage sur la coercition dans sa future politique de sécurité routière.

Or, alors qu’elle était prévue pour ce printemps, elle a été repoussée à 2020. M. Voyer parle de consultations qui auraient lieu cet automne.