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Du choc des idées

Guy Rocher
Photo d'archives

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Le sociologue Guy Rocher est un grand penseur et un homme d’action. Profondément engagé dans sa société, il est un des véritables artisans de la modernisation du Québec, de la démocratisation du système d’éducation et de la loi 101. À l’âge de 95 ans, son esprit est toujours aussi éclairant.

Invité hier à témoigner aux auditions sur le projet de loi 21 sur la laïcité de l’État, M. Rocher a expliqué pourquoi il en partageait les grands principes. Aux antipodes de Gérard Bouchard et Charles Taylor, voici ses principaux arguments.

Fragmentation

1) La trame sociale du Québec des 50 dernières années est celle de la neutralité religieuse des institutions publiques.

2) Face au retour du religieux, cette neutralité commande que l’on protège avant tout la liberté de conscience des élèves et des parents.

3) À l’école, la fragmentation religieuse qui s’y vit et s’accroît appelle une égalité de traitement face à toutes les religions, et non pas à en favoriser une parce qu’elle est plus visible que les autres.

4) La neutralité doit servir à assurer l’avenir de relations équitables et paisibles entre la majorité et les religions minoritaires, de même qu’entre celles-ci.

5) Scientifiquement, il est impossible de produire des preuves sur le degré d’influence des signes ostentatoires sur les élèves.

6) L’incertitude est toutefois du côté du laisser-faire. Il faut donc appliquer le principe de précaution.

Inquiétude

On dit que du choc des idées jaillit la lumière. La présentation de Guy Rocher y participe puissamment. On y retrouve en effet les grands axes qui l’animent depuis toujours : démocratie, égalité des chances et respect de la diversité. J’avoue que ses arguments m’ont ébranlée.

Mon inquiétude centrale demeure néanmoins. Soit que malgré la pensée étayée d’un Guy Rocher, les effets du PDL 21 dans nos écoles publiques nous mènent à terme à une détérioration de notre vivre ensemble. Pour le bien du Québec, j’espère me tromper, mais j’en doute.