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Notre plaisir ne dépend pas de vous

Orgasme
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En réaction à l’adoption, dans l’état de Géorgie, d’une loi interdisant l’avortement après aussi peu que six semaines, l’actrice américaine Alyssa Milano invite les femmes à refuser d’avoir des relations sexuelles pour ne pas prendre le risque de tomber enceintes.  

Il s’agit d’une solution déjà employée par les femmes pour faire pression sur les hommes, avec plus ou moins de succès selon les cas.           

Un appel qui fait réagir  

L’appel au boycottage d'Alyssa Milano a fait réagir. Il reçoit des appuis, mais aussi de nombreuses critiques. Chez nous, on peut lire celle que Richard Martineau proposait hier dans les pages du Journal.   

Bien entendu, cette critique est à prendre avec un grain de sel, toutefois, elle ne tient pas compte d’un fait important : le plaisir des femmes ne dépend pas des hommes!         

On se croirait de retour dans les années 1950.  

«Tu n’es pas gentil avec maman ? Alors maman ne te donnera pas ton nanane...»  

Comme si les femmes n’aimaient pas faire l’amour ! Comme si c’était un devoir conjugal, comme si elles faisaient ça juste pour faire plaisir à leur homme!   

Comme si le vagin était un instrument de contrôle servant à punir ou à récompenser les hommes!  

Cette lecture, que nous propose mon respecté collègue, présume que les femmes qui refuseraient de faire l’amour avec leur partenaire masculin se priveraient elles-mêmes des plaisirs de leur propre corps.         

Or, les femmes n’attendent plus les hommes pour jouir depuis longtemps. C’est encore plus le cas, on en convient, depuis que les curés n’ont plus autant d’influence, mais les femmes ont trop longtemps été dépeintes comme des petites fleurs attendant d’être cueillies par leur amant pour découvrir les plaisirs de la chair.         

Au passage, les statistiques sont assez éloquentes quant aux actes sexuels les plus propices à déclencher l’orgasme chez la femme. Le succès passe beaucoup plus par le clitoris que par le vagin. De surcroît, on ne le répète pas assez souvent, l’orgasme féminin passe avant tout par le cerveau.          

Messieurs, si vous n’arrivez pas à faire jouir votre partenaire, que vous avez travaillé vos techniques ailleurs que sur YouPorn et que vous pensez être un amant attentionné, vous oubliez probablement que c’est entre les deux oreilles que ça se passe (ou pas).         

Je sais que tu n’ignores pas ces faits, mon cher Richard, mais les femmes se masturbent en masse, prennent plaisir sans vous, messieurs, avec ou sans les mains, parfois de manière surprenante et imaginative. Scandale, plusieurs font même l’amour entre elles, juste comme ça, pour le fun!          

C’est donc rater un peu la cible de penser qu’en refusant de faire l’amour avec des hommes (pour éviter les risques d’une grossesse non désirée et impossible à arrêter avant terme), les femmes s’infligeraient une punition à elles-mêmes!         

La droite réactionnaire   

Par ailleurs, Alyssa Milano rate elle-même la cible si elle pense qu’une grève du sexe va finir par influencer les législateurs pro-vie comme le gouverneur de la Géorgie, Brian Kemp ou ses congénères dégénérés de l'Alabama. Ces politiciens issus de la droite religieuse ne demandent que cela, l’abstinence. C’est non seulement un moyen de contraception en harmonie avec leurs convictions religieuses, mais c’est aussi une autre manière d’imposer leur contrôle sur le corps des femmes.         

Dans un cas comme celui-ci, ce serait probablement plus percutant d’en appeler à des soirées coquines où les femmes s’éclatent et prennent leur pied sans retenue. Le bonhomme serait certainement plus choqué, quoiqu’habituellement, ces goujats puritains ne sont en réalité que de vilains pervers qui essaient de se donner bonne conscience.         

Les féministes et la burqa  

Un peu plus loin dans son texte, Richard Martineau s’interroge sur les raisons pour lesquelles certaines féministes défendent le port de la burqa.         

Celles qui revendiquaient le droit à l’amour libre, qui brûlaient leurs soutiens-gorges et qui osaient montrer leur corps en bikini et mini-jupes sont-elles si éloignées de celles qui défendent le port du voile, simple ou intégral?         

Je ne suis pas spécialiste des luttes féministes, loin de là, mais ce que je comprends, dans ce cas, c’est surtout que c’est du libre choix des femmes dont il est question. Il faut aborder ces prises de position des féministes comme un rempart contre une société qui souhaite contrôler, dans un extrême comme dans l’autre, le corps et la vie des femmes.         

Pas question de revenir aux bonnes mamans et aux sales putains, comme l’écrit Richard Martineau, mais il est temps qu’on se demande si les femmes qui se couvrent sont moins coquines que celles qui se dénudent.          

La réponse pourrait nous surprendre! Avouez que vous avez des images dans la tête...