/opinion/blogs/columnists
Navigation

Pour Donald Trump, tous les moyens seront bons pour promouvoir sa réélection

Pour Donald Trump, tous les moyens seront bons pour promouvoir sa réélection
AFP

Coup d'oeil sur cet article

Il devient de plus en plus évident que, contrairement à une norme bien établie, Donald Trump ne reculera devant rien pour utiliser tous les avantages que lui confère son poste de président pour favoriser sa réélection. 

Traditionnellement, les présidents américains ont montré une certaine retenue dans l’utilisation des prérogatives de la présidence pour promouvoir leur réélection. Pendant longtemps, il était mal vu de la part des présidents en exercice de prendre part à leur propre campagne de réélection. Le tout premier président, George Washington, avait donné le ton. L’essentiel de sa première campagne s’était résumé aux efforts d’à peu près toutes les personnalités politiques de l’époque de le convaincre d’accepter le poste. Pour la deuxième élection, l’idée de faire campagne lui semblait inimaginable.  

Les présidents qui l’ont suivi étaient plus engagés, mais le plus souvent indirectement et la norme selon laquelle un président ne devrait pas user ouvertement des prérogatives de la présidence pour promouvoir sa propre réélection a persisté. Depuis quelques décennies, les présidents ont été plus engagés dans leurs campagnes de réélection, mais la norme de distinguer clairement les activités officielles des activités de campagne a eu tendance à prévaloir.  

Même pas une petite gêne 

Dans le cas de voyages officiels facturés aux contribuables, l’usage est de laisser le discours électoral en sourdine et de s’abstenir d’attaquer ses adversaires. Quand le président voyage sur Air Force One pour des événements partisans, sa campagne doit rembourser les dépenses, mais il est évident que le faste qui entoure le président lui confère un avantage sur ses adversaires, que les présidents ont su exploiter plus ou moins discrètement à l’ère de la télévision. Malgré tout, la norme veut que le président s’abstienne de tenir un discours explicitement partisan lorsqu’il s’exprime au nom du gouvernement. Bref, un président, dans ses fonctions officielles, se garde habituellement une petite gêne.  

Donald Trump semble assez déterminé à jeter cette norme par la fenêtre. Par exemple, mardi, lors d’une visite officielle à une usine de liquéfaction de gaz naturel en Louisiane, il a dévié de son texte pour décocher une salve d’insultes aux principaux candidats à l’investiture démocrate. Il semble qu’aucune occasion ne soit contre-indiquée pour que le président se lance soit dans un discours d’autoglorification ou une diatribe contre ses adversaires. Comme on l’a vu pendant les débats électoraux où le candidat Trump a parlé d'une partie de son anatomie dont on ne parle généralement pas dans ce genre de contexte, se garder une petite gêne n’est pas son truc. 

Des enquêtes ouvertes 

Cette absence de scrupules concernant l’usage des prérogatives présidentielles en campagne électorale ne s’arrête pas là. Il est de plus en plus clair que le président tient à ce que le département de la Justice ouvre des enquêtes dans le but d’embarrasser ses adversaires politiques. C’est du moins ce qu’a laissé sous-entendre William Barr lors de son passage récent au Sénat. Même s’il n’y a pas de justifications légales évidentes pour de telles enquêtes, le président n’aura pas de scrupules à exposer ses adversaires politiques à toutes sortes de soupçons.  

On rétorquera que c’est un juste retour des choses, puisque les rapports de sa propre campagne avec des agents russes étaient surveillés, mais l’administration Obama avait fait toutes sortes de contorsions pour éviter que cette surveillance soit exploitée à des fins partisanes. Si le président Obama avait pu contrôler le FBI à des fins partisanes, il n’aurait certes pas commandé à James Comey de rouvrir le dossier des courriels d’Hillary Clinton à moins de deux semaines du vote. Est-ce que Donald Trump fera preuve de la même retenue? On peut en douter. 

Se donner le beau rôle 

La semaine dernière également, Trump a annoncé ses plans pour chambouler toutes les festivités du 4 juillet à Washington. Alors que la plupart de ses prédécesseurs préféraient s’effacer au bénéfice de cérémonies unificatrices et apolitiques, les plans initiaux des fêtes indiquent que le président n’aura aucune hésitation à se mettre en évidence et il est assez difficile d’imaginer que celui qui a transformé un discours devant une assemblée nationale de boyscouts en diatribe partisane hésitera à faire de même lors des célébrations de la fête de l’Indépendance. Les partisans du président diront qu’il n’y a rien d’illégal là-dedans, mais ce sera une autre norme de la présidence qui prendra le bord. 

Politique étrangère et campagne électorale 

Là où les choses risquent de devenir plus problématiques, c’est dans le champ de la politique extérieure, où le président bénéficie d’une vaste marge de manœuvre. La semaine dernière, le président Trump avait même donné des signes qu’il cherchait, par l’intermédiaire de son avocat Rudolph Giuliani, à faire pression sur le gouvernement de l’Ukraine pour qu’il ouvre une enquête approfondie sur des accusations bidons contre Joe Biden et son fils, mais Giuliani a choisi d’annuler (ou de reporter) son voyage à Kiev. Ce n’est peut-être que partie remise. Est-ce que Donald Trump va se retenir de recourir à l'intervention de gouvernements étrangers à des fins partisanes si l'occasion se présente? Si on se base sur son acceptation ouverte et enthousiaste de l'intervention russe dans la campagne de 2016, il y a de quoi être sceptique. 

Finalement, là où il peut y avoir de réelles raisons de s’inquiéter de la propension de Donald Trump à utiliser les prérogatives de la présidence pour promouvoir ses intérêts partisans, c’est dans le cas de possibles escalades de conflits, notamment dans le bras-de-fer qui oppose les États-Unis et l’Iran. Si la situation dégénère au point où les États-Unis se sentiraient justifiés d’engager des hostilités ouvertes contre l’Iran, le président pourrait y trouver un avantage partisan si l’opinion se rallie derrière lui. Le président se gênera-t-il pour utiliser ses pouvoirs en matière de politique étrangère ou pour tirer parti d’une situation de crise qu’il aura lui-même contribué à entretenir? Il est aussi permis d’en douter. 

* * *  

Pierre Martin est professeur de science politique à l’Université de Montréal et directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines au CÉRIUM. On peut le suivre sur Twitter: @PMartin_UdeM  

Visitez qub.radio pour ne rien manquer de notre programmation quotidienne et de nos baladodiffusions