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Scheer et la taxe carbone

Scheer et la taxe carbone
Photo AFP

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Andrew Scheer doit faire connaître ses propositions en matière d’environnement avant la fin du printemps. Ce qui semble acquis, c’est sa détermination à abolir la taxe sur le carbone implantée par le gouvernement libéral. L’option qu’il nous soumettra me laisse perplexe.

Il n’y a pas de solution miracle pour réduire les émissions de carbone. Pour les gens de droite, qui n’aiment pas les réglementations gouvernementales lourdes ni les programmes compliqués, utiliser intelligemment la fiscalité apparaît la solution logique. Si tu veux moins de carbone, taxe le carbone. Si tu veux éviter à tout prix d’augmenter le fardeau des taxes, redonne 100 % de cet argent à la population.

La plupart des économistes de droite qui croient à la nécessité de réduire les émissions de carbone en arrivent à la conclusion que la fiscalité est la clé.

Deux ténors républicains

Aux États-Unis, le Plan des dividendes carbone Baker-Schultz constitue une proposition des plus crédibles. D’où vient le nom Baker-Schultz ? James Baker, secrétaire au Trésor sous Reagan et secrétaire d’État sous Bush, ainsi que George Schultz, secrétaire au Trésor sous Nixon et secrétaire d’État sous Reagan. Des républicains, avec du vécu, campés à droite, à la tête d’un impressionnant groupe d’économistes et de leaders.

Leur plan s’articule autour de quatre principes : taxer de plus en plus chaque tonne de carbone, redonner tout l’argent aux contribuables, protéger la compétitivité des entreprises et simplifier la réglementation. Ce plan est crédible, ambitieux et logique du point de vue économique.

Une telle approche comporte un sérieux avantage. En établissant une politique stable et prévisible sur le long terme, un gouvernement favorise les investissements des entreprises. Pour réduire le fardeau à payer pour le carbone, les entreprises pourront transformer leurs procédés, changer leur source d’énergie.

Le dilemme de Scheer

Andrew Scheer s’est retrouvé ligué avec quelques premiers ministres provinciaux qui ont conspué la taxe carbone de Justin Trudeau. En voulant en rajouter, il s’est peinturé dans le coin en s’opposant au principe même de toute taxation du carbone. Alors, il proposera quoi ?

Les rumeurs concernant la politique à venir des conservateurs tournent autour de nouvelles réglementations et de mesures dites « ciblées ». Inquiétant. On risque de nous servir un ramassis de mesures qui n’auront ni cohérence économique ni efficacité dans l’atteinte des objectifs en matière de changements climatiques.

Évidemment, le mot taxe fait peur et tout ce qu’il y a de conservateur au Canada s’est appliqué depuis des mois à diaboliser le concept de taxe sur le carbone. Au-delà de la démagogie partisane, il est tout à fait possible d’utiliser la fiscalité pour déplacer des comportements, pour mettre des incitatifs aux bons endroits, pour mettre un prix sur ce qui cause un dommage.

Un parti peut implanter des frais sur le carbone tout en étant déterminé à ne pas augmenter le fardeau général des taxes. Il pourrait même souhaiter l’abaisser. Il s’agit simplement de réduire le fardeau d’autres taxes en parallèle.

Vous pensez que c’est compliqué à expliquer ? Une mauvaise politique environnementale pourrait l’être davantage.