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Femmes de tête: Bâtir sa carrière un lecteur à la fois

L’auteure India Desjardins s’est lancée dans le vide tout en restant intègre

Femmes de tête: Bâtir sa carrière un lecteur à la fois
Photo d'archives, Annie T. Roussel

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 À aucun moment durant sa carrière, India Desjardins n’a tenu ses lecteurs pour acquis. S’intéresser pour vrai à ceux et celles qui lisent ses livres est devenue la clé de son succès, qu’elle a mis des années à bâtir tout en refusant de mettre l’accent sur les ventes.  

 La technique de l’auteure India Desjardins n’en est pas une. Elle n’est ni réfléchie ni calculée, et pourtant, elle est à la base de sa réussite.   

 «Je suis seulement moi-même. Je n’ai aucune méthode, assure l’écrivaine. Mon premier salon du livre me stressait parce que je suis une personne super gênée. Je me souvenais que c’était intimidant d’aller voir l’auteur quand tu es le lecteur, donc je me suis levée et je suis allée parler de mon livre.»   

 Celle qui a donné vie au personnage d’Aurélie Laflamme croit énormément à l’importance d’aller rencontrer un humain que tu ne connais pas pour lui soumettre quelque chose. «Je n’ai pas une conversation d’auteure. J’ai une conversation d’humain. Un livre, c’est un lien, soutient-elle. J’écris sur quelque chose qui me touche. Ça devient un lien entre moi et l’autre.»   

 C’est en prenant en charge ce lien qui se crée entre elle et son lecteur qu’India Desjardins a bâti un lectorat sensible, solide et à l’écoute. «Je leur transmets le désir de trouver leur place, d’assumer leurs différences, de faire ce qu’ils aiment», énumère celle qui n’a plus besoin de faire des pieds et des mains pour vendre des livres.   

 Avancer sans plan  

 La mort d’une princesse, un livre qui lui ne s’adressait pas à un public jeunesse, a été significatif dans le cheminement d’India. «Ça m’a aidée à mettre de côté une relation toxique et à être plus indépendante. J’ai envie de dire des choses sur moi et mes valeurs dans mes livres. Je n’ai jamais eu de plan d’affaires», dit-elle, convaincue.   

 Même si son portrait de femme de tête s’érige avec force dans le livre du même nom, elle se considère davantage comme une «femme de cœur» et n’a jamais été menée par l’appât du gain. «J’ai déjà refusé de faire des produits dérivés d’Aurélie, se souvient-elle. Ça aurait pu devenir une compagnie où je ne pense qu’aux ventes, mais ce n’est pas ça qui me pousse dans la vie.»   

 Si quelqu’un lui demande comment on fait pour vendre des livres, elle se sent insultée. «Je n’ai pas de réponse pour toi parce que je n’aime pas ta démarche», dit-elle.   

 Si l’argent mène le monde, il ne mène pas celui d’India. «Ce qui m’impressionne, moi, ce n’est pas le succès, mais le travail qui vient avant le succès, lance l’auteure. Les gens qui m’impressionnent le plus sont ceux qui se lancent, se trompent, travaillent fort et assument le bon et le mauvais qui peuvent survenir.»   

 Aujourd’hui, elle jure qu’elle a connu l’absence de succès et que le chemin à défricher a été long. «Je me base toujours sur quelque chose que René Angélil avait dit par rapport aux nouveaux projets: si tu avais un million de dollars en banque, le ferais-tu? Si j’avais infini d’argent et que cet aspect n’entrait pas dans la balance, est-ce que je le ferais? Ça a toujours été la meilleure façon de penser pour moi.»   

<i>Femmes de tête</i><br />
Les Éditions du Journal
Photo courtoisie
Femmes de tête
Les Éditions du Journal

 MEILLEURE DÉCISION  

 Je suis contente d’avoir décidé d’écrire des livres. Pour ça, j’ai quitté mon emploi de journaliste, sans délaisser tous mes contrats, pour ainsi conserver un (même s’il était mince) revenu. Ça m’a permis de tenter ma chance, tout en payant mon loyer!   

 PIRE DÉCISION  

 Pour être vraiment honnête, ce serait possiblement d’avoir un peu trop attendu pour avoir une famille. Maintenant, pour plusieurs raisons, il est trop tard. Mais était-ce une décision ou de l’insouciance? Pendant que je focalisais beaucoup sur mes passions, j’ai laissé de côté un peu la vie. J’avoue être un peu jalouse des gars qui n’ont (pour la plupart) pas à se soucier de ça et qui peuvent choisir de devenir pères plus tard, selon les circonstances.   

 CONSEIL À DONNER AUX JEUNES   

 C’est très à la mode de dire aux jeunes «tous les rêves sont possibles», moi tous mes rêves n’ont pas été possibles et je ne le vois pas du tout comme un échec. Au contraire, ça m’a amenée à en réaliser des plus grands que ceux que j’imaginais!