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L’escalade à vive allure

Un mur de 15 mètres, un duel, et que le premier arrivé en haut gagne. L’épreuve de vitesse en escalade est un sport de puissance explosif particulièrement spectaculaire qui ne fait toutefois pas l’unanimité.
Photo courtoisie, Alexa Fay Un mur de 15 mètres, un duel, et que le premier arrivé en haut gagne. L’épreuve de vitesse en escalade est un sport de puissance explosif particulièrement spectaculaire qui ne fait toutefois pas l’unanimité.

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L’épreuve de vitesse du combiné olympique en escalade a été mal reçue à son annonce. On lui reproche de trop s’écarter de l’essence même du sport. Aujourd’hui, bulle olympique oblige, la vitesse gagne en adeptes qui s’entraînent pour tenter de développer cette polyvalence tant valorisée par le nouveau sport olympique. Présentation de l’épreuve contestée.

Deux couloirs de 3 mètres de largeur, un mur s’étirant sur 15 mètres, une seule et unique séquence de prises, toujours la même, et ces hommes et femmes araignées qui y progressent à une vitesse spectaculaire.

C’est d’ailleurs le facteur « wow » qui lui a permis de s’imposer dans le compromis qu’est la nouvelle épreuve olympique du combiné (trois disciplines – bloc, difficulté et vitesse – et que la meilleure performance globale gagne).

« En vitesse, le but du jeu, c’est d’effectuer le trajet le plus linéaire possible, le chemin le plus court vers le buzzer. » résume Philippe Bourdon, entraîneur-chef à Allez Up.

S’entraîner en vitesse

Or, le meilleur trajet pour un athlète n’est pas forcément le meilleur pour un autre. Chaque grimpeur possède ses forces et faiblesses, ainsi que son style d’habiletés.

Kiefer Van Den Bosch, un de nos spécialistes en vitesse de la province. se qualifie, par exemple, de grimpeur dynamique.

« Je suis du genre à sauter des prises », précise l’athlète de 21 ans de Montréal.

La résolution de problèmes intégrés en escalade, dont on déplore l’absence en vitesse, se fait en quelque sorte en amont. En compétition, les grimpeurs exécutent leur routine dûment répétée sur un problème qui ne change jamais de forme, mais cette séquence personnelle relève d’un choix stratégique.

« J’essaie de gagner des dixièmes ou des centièmes de seconde à chaque exécution en peaufinant ma séquence pour qu’elle soit toujours plus agile, fluide et rapide. Et lorsque je sens que je stagne, je fais des petits ajustements en m’inspirant de mes zones à améliorer, et parfois en analysant les séquences d’autres athlètes », explique Kiefer.

Ceux-ci ne payent pas immédiatement ! L’intégration de chaque changement prend un certain temps avant qu’une exécution rapide devienne parfaite. Le corps doit avoir mémorisé la séquence... ainsi que les nerfs, parce que le temps de réaction au départ ne laisse pas de place aux doutes !

« La gestion de la pression est primordiale, dit Patrick Labelle, entraîneur de l’équipe du Québec. Une petite erreur ne pardonne pas en vitesse. »

Qualités physiques différentes

Un sprint vertical de 15 m en moins de 6 secondes – le record du monde est de 5,48 s – implique forcément des qualités physiques différentes de celles d’une épreuve de voie, qui s’étale sur plusieurs minutes.

« En bloc et en voie, ce qui a le plus de poids sur la performance, c’est au bout du compte la force des doigts, explique Philippe Bourdon. En vitesse, c’est surtout une question de puissance et d’explosivité de tout le corps.

« On ne s’attendrait pas à ce qu’Usain Bolt soit aussi vainqueur au 10 000 mètres. C’est un peu la même chose en escalade. C’est pourtant ce que l’on demande aux athlètes en escalade avec le combiné », précise l’entraîneur.

Passage obligé ou spécialité ?

La polyvalence a un prix... et c’est la vitesse qui paie le gros de la facture. Ses nouveaux adeptes cherchent à développer les compétences requises pour être au minimum compétitifs au combiné, sans sacrifier les habitudes requises en difficulté et en bloc.

« La vitesse revient plus ou moins à un passage obligé », fait remarquer Patrick Labelle.

Quant aux spécialistes de vitesse comme Kiefer, ils sont placés devant un dilemme embêtant : continuer à peaufiner leur art ou vivre leur rêve olympique.

« J’aimerais faire de la compétition au niveau international, dit Kiefer. Est-ce que ça implique d’aller plus loin dans ma spécialisation en vitesse ou ai-je ma place au combiné, aussi ? C’est une décision que je dois prendre, l’issue de ce week-end [le Championnat canadien d’escalade] viendra m’orienter. »

Dans une classe à part

Dans l’intervalle, avant même la tenue des premières compétitions officielles à Tokyo, une nouvelle proposition a déjà été déposée le mois dernier : retirer la vitesse du combiné afin qu’il y ait deux épreuves distinctes aux Olympiques, ce qui permettrait une meilleure représentation des talents des athlètes en escalade.

Le but du jeu serait de sortir de l’ombre le mouton noir du combiné, de donner une meilleure vitrine à ces sprinters verticaux... et de ne plus l’imposer aux autres grimpeurs pour qui la course n’a pas de sens.

Championnat canadien d’escalade

Au centre d’escalade Allez-Up, dans Pointe-Saint-Charles, se tient de samedi à lundi le Championnat canadien d’escalade de difficulté et de vitesse.

La compétition est déterminante dans la sélection de l’équipe canadienne et des athlètes qui auront l’honneur de représenter le Canada au prochain Championnat du monde, puis aux Jeux olympiques de Tokyo en 2020.

L’épreuve de vitesse se tiendra le lundi.

Selon l’entraineur Patrick Labelle, les athlètes québécois affichent une belle progression et pourraient bien se positionner dans l’équipe canadienne junior, en particulier.