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Par amour pour l’ultimate frisbee

Par amour pour l’ultimate frisbee
Photo Agence QMI, TOMA ICZKOVITS

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MONTRÉAL | S’il jouait au hockey ou au soccer, le Français Quentin Bonnaud serait une grande vedette à Montréal. Pour cause, le joueur du Royal a marqué la moitié des points de son équipe, plus tôt ce mois-ci, dans un match contre un club de Toronto.

Or, Bonnaud pratique l’ultimate frisbee et, même s’il est spectaculaire sur le terrain, le jeune homme de 23 ans conserve un anonymat relatif.

«C’est arrivé seulement à deux reprises que je me suis fait reconnaître par un partisan à Montréal: une fois dans le métro et une fois dans la rue», vient préciser Bonnaud.

«Quentin est un joueur solide et très athlétique. Il semble un peu nonchalant sur le terrain, mais il vole dans les airs, il est incroyable», a pour sa part qualifié Jean-Lévy Champagne, président et directeur général du Royal, lors d’une activité médiatique tenue jeudi à Montréal. «Certains pensent qu’il a un pouvoir magique afin de disparaître pour éviter que l’autre équipe le voie.»

Pouvoir magique ou pas, Bonnaud a inscrit huit points dans la défaite de 21 à 16 du Royal contre le Rush, le 4 mai, à Toronto. Il tentera de remettre ça dans une cause gagnante, dimanche après-midi, lors du match d’ouverture locale de la formation montréalaise, au complexe sportif Claude-Robillard, face au DC Breeze, qui représente la ville de Washington. Il s’agit là d’un match crucial contre un adversaire direct pour l’obtention d’une place pour les éliminatoires, puisque la saison ne compte que 12 rencontres. Or, le Royal a perdu ses deux premiers matchs.

Joueurs et ambassadeurs

Si la victoire demeure importante pour les membres du Royal, ceux-ci sont toutefois animés par un autre désir lorsqu’ils se retrouvent sur le terrain: être de bons ambassadeurs pour la discipline. On attend d’ailleurs de 1500 à 2000 personnes, dimanche, pour les applaudir.

«Je trouve ça bien de jouer à ce niveau-là et inspirer d’autres joueurs à le faire, a noté le traceur québécois Simon Charette. Le niveau change tellement au fil des années que nous sommes un peu comme des ambassadeurs. On veut montrer aux jeunes que c’est atteignable pour eux s’ils s’investissent.»

Heureusement que la victoire n’est pas le seul objectif, car le Royal ressemble parfois à David contre Goliath dans l’American Ultimate Disc League (AUDL).

«Il y a quelques années, le club de Dallas est arrivé dans la ligue en allant chercher les cinq meilleurs joueurs d’ultimate frisbee aux États-Unis, a raconté Champagne, reconnaissant un manque de parité au niveau des ressources à la disposition des différentes équipes. Cette année, c’est New York qui profite d’un riche propriétaire. C’est l’équipe à battre.»

Un modus operandi existant: sans offrir directement une fortune aux joueurs pour pratiquer l’ultimate frisbee, certains proprios sont en mesure de promettre un poste bien rémunéré dans une compagnie leur appartenant en retour de leurs services. C’est ainsi qu’après Dallas, l’Empire de New York a réussi à attirer, par exemple, le vétéran Beau Kittredge, une légende du sport.

Sous le seuil de la rentabilité

À Montréal, on prend les joueurs en charge en assumant leurs dépenses, mais ils n’obtiennent aucun salaire. On défend donc les couleurs du Royal par amour pour l’ultimate frisbee. Ça permet aussi de jouer devant des foules intéressantes et de voyager un peu.

«L’équipe n’est pas rentable et elle n’a pas été rentable depuis le début [en 2014], mais les pertes ne sont pas énormes, a informé le président. On fonctionne avec des petits budgets, on dépense de façon responsable pour s’assurer de survivre, parce que c’est notre mission première d’être encore là dans 10, 15 ou 20 ans.»

L’objectif: être là dans les prochaines décennies avec des joueurs qui, fort probablement, auront vu jouer le Royal à ses premières années d’existence.