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Pour les Vénézuéliens atteints de maladies chroniques, l'aide humanitaire tarde à arriver

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Pour aller aux toilettes, il est arrivé à Insara de ramper «comme un serpent». La faute à la maladie de Parkinson et à ses ressources qui ne lui permettent pas de se soigner. Et de l'aide internationale arrivée en avril au Venezuela, elle n'en a «pas vu la couleur».

Dans le modeste appartement qu'elle loue à Catia La Mar, à 35 km au nord de Caracas, Insara, 62 ans, raconte que les rares pilules qu'elle prend contre la maladie lui sont fournies par des proches.

Car en 2017, le gouvernement de Nicolas Maduro a décidé d'arrêter de distribuer les médicaments gratuitement aux 300 000 Vénézuéliens atteints de maladie chronique, les forçant à suivre des traitements très limités, donc moins efficaces.

Le corps d'Insara ondule au rythme des tremblements que la maladie lui provoque. Elle se dit désespérée et ne compte pas vraiment sur l'aide humanitaire envoyée par la Croix-Rouge au Venezuela au mois d'avril. «On n'en a pas vu la couleur», explique-t-elle simplement.

A la maladie s'ajoutent aussi ses graves soucis d'argent. Bientôt, Insara devra quitter son appartement, parce que «le propriétaire veut que je le paye en dollars maintenant» et non plus en bolivars, la monnaie nationale. Et ce n'est pas sa retraite d'institutrice, qui équivaut à 7,4 dollars, qui va l'aider.

Alors pour tenter de soulager, un peu, ses souffrances, Insara a recours au système D. Pour lutter contre l'insomnie que provoque la maladie de Parkinson, par exemple, elle a recours à des herbes médicinales, bien moins chères que les anxiolytiques.

«L'aide de la Croix-Rouge n'a pas rempli nos attentes», résume Eufracio Infante d'une ONG qui s'est donné pour mission d'aider les quelque 30 000 Vénézuéliens atteints de la maladie de Parkinson.

«Je suis descendue à 37 kg»

Les Nations unies estiment à environ 7 millions le nombre de Vénézuéliens qui ont besoin d'une aide humanitaire d'urgence, soit un quart de la population de ce pays qui traverse la pire crise économique de son histoire récente.

La première cargaison d'aide humanitaire de la Croix-Rouge, arrivée il y a un mois, comprend des médicaments et du matériel médical, et représente de quoi soigner 650 000 patients pendant un an, selon les ONG spécialisées dans l'aide médicale.

Mais les traitements destinés aux patients atteints de maladies chroniques n'arriveront que dans un deuxième temps, à une date qui reste à fixer, selon la Croix-Rouge.

Pas étonnant dès lors que la situation empire chaque jour pour ces patients qui étaient habitués aux traitements contre le cancer ou la maladie d'Alzheimer intégralement payés par la Sécurité sociale.

A titre d'exemple, une boîte de 30 cachets pour le traitement de la maladie de Parkinson coûte l'équivalent de 12 dollars. Un prix astronomique au Venezuela, où le salaire minimum ne dépasse pas les 7,5 dollars.

Le gouvernement de Nicolas Maduro nie que le pays souffre de crise humanitaire. Il attribue ces graves problèmes aux sanctions américaines qui auraient, selon lui, coûté 30 milliards de dollars à l'économie vénézuélienne.

Le chef d'Etat socialiste a autorisé l'envoi d'aide humanitaire de la Croix-Rouge après avoir catégoriquement refusé celle que les partisans de l'opposant Juan Guaido avaient tenté de faire entrer en février.

Insara sent bien qu'avec l'irrégularité de son traitement, la maladie avance. Quand les tremblements la prennent, elle transpire profusément.

«C'est à cause de ça que j'ai tellement maigri», dit-elle, en regardant une photo d'elle prise il y a quelques années, les yeux pleins de nostalgie.

Et les pannes de courant qui se sont multipliées dans tout le Venezuela depuis le mois de mars n'ont rien arrangé. Difficile de se rafraîchir sans air conditionné.

En mars, «je transpirais tellement que je suis descendue à 37 kg. En plus, on continue à nous couper le courant entre trois et quatre heures chaque jour», dit-elle.