/lifestyle/techno
Navigation

Au service de la réalité augmentée

Au service de la réalité augmentée

Coup d'oeil sur cet article

 Lorsqu’on jase «techno», la réputation de Montréal n’est plus à faire. Avec la réalité augmentée, elle n’y échappe pas non plus: différents développeurs de la métropole considèrent n’avoir dévoilé que la pointe de l’iceberg des possibilités que cette technologie offre. 

 La réalité augmentée est la technologie utilisée dans Pokémon Go, notamment. 

 L’application magicplan (Sensopia) la combine avec l’intelligence artificielle pour permettre aux entrepreneurs, architectes, inspecteurs et designers de transformer, sur place, un espace en données. Il est aussi possible de le décorer et créer une visite guidée 3D. 

 Depuis sa création à Montréal en 2011, magicplan a été téléchargé plus de 18 millions de fois, en plus de se retrouver au sommet du palmarès des applications de type utilitaires pour le iPhone et le iPad dans plus de 100 pays. Son bassin d’utilisateurs compte 10 000 abonnés payants récurrents. 

 Les premières versions de l’application utilisaient seulement l’appareil photo du téléphone. Il va sans dire que la précision n’était pas nécessairement au rendez-vous. 

 «La précision a toujours été un challenge, explique Pierre Pontevia, directeur de la recherche chez Sensopia. Au début, on avait un système qui s’appuyait sur la centrale inertielle ainsi que des données qualitatives comme la taille de la personne pour se situer dans l’espace et estimer la distance entre la caméra et le sol.» 

 Il y a deux ans, ARKit a été mis à la disposition des développeurs, et ces avancées majeures leur ont, du même coup, grandement facilité la vie. 

 «Ça a été un grand changement pour nous. D’une part, on avait quelque chose qui positionnait beaucoup mieux la caméra dans l’espace que notre système précédent, et d’autre part, c’est une technologie qui est capable de détecter le sol, et donc, d’estimer de façon plus précise la distance de la caméra par rapport au sol.» 

 Bref, ces deux éléments permettent de mieux saisir la forme et les dimensions de la pièce à mesurer. Avec tout ça, le taux d’imprécision se situe autour de 5%. 

 C’est donc un outil qui permet à ces 10 000 utilisateurs récurrents de savoir exactement où ils sont rendus dans leur tracé. 

 Une combinaison gagnante 

 L’entreprise Sensopia planche actuellement sur une nouvelle version de magicplan qui permettra aux usagers d’avoir encore moins de choses à faire lorsque vient le temps de faire un tracé ou de positionner les portes et les fenêtres dans un plan, notamment grâce à l’intelligence artificielle (IA). 

 «Avant, pour capturer une porte, il fallait pointer le début et la fin de celle-ci avec l’appareil photo. Encore fallait-il que l’utilisateur le fasse comme il se doit, précise Pierre. Aujourd’hui, avec l’IA, il n’a qu’à pointer les coins de la pièce, prendre une photo, et l’application la place automatiquement dans le plan. Ça permet de raccourcir les temps de capture, mais aussi de voir en temps réel ce que fait l’utilisateur. Le service à la clientèle et les formations seront bonifiés.» 

 Nous n’avons rien vu en matière de technologies, considère pour l’instant Pierre. Les développeurs en apprennent un peu plus chaque jour sur les possibilités qui s’offrent à eux au fur et à mesure que des outils comme l’ARKit, mais aussi les connaissances des artisans, se perfectionnent. 

 «On a que gratté la surface de ce que peuvent faire la réalité augmentée et l’intelligence artificielle ensemble. J’essaie de vendre un concept à l’interne qui s’appelle “AIgmented”. Aujourd’hui, l’IA permet de communiquer au bon niveau en s’appuyant sur la réalité augmentée. Le mobile offre un aspect nomade, une façon de capturer les informations de façon simple, rapide, précise et complète. On travaille sur chacune de ces dimensions pour mieux comprendre la 3D et ajouter des fonctions.» 

 Jeux mobiles 

 Évidemment, les utilités de la réalité augmentée ne se limitent pas qu’aux travailleurs de la construction et aux architectes. 

 Le milieu des jeux mobiles profite aussi de plus en plus de ces innovations technologiques. 

 Le lancement du plus récent jeu à succès Jurassic World Alive a permis à la compagnie qui l’a créé, Ludia, d’intégrer dans une certaine mesure de nouvelles fonctions en AR. 

 Dans la même veine que Pokémon Go, il invite les joueurs à capturer différents dinosaures qui s’animent dans leur écran et dont les espèces varient selon la localisation GPS du joueur. 

 «On a fait des tests à l’interne, explique Benoît Rullier, concepteur de jeu principal chez Ludia. On avait fait beaucoup de trucs en amont en VR, premièrement. Cependant, notre mission, c’en est une d’accessibilité. [Le VR] crée énormément de friction au niveau de l’expérience usager, ne serait-ce que de devoir mettre le casque.» 

 L’équipe chez Ludia affectée à la création du jeu inspirée de la populaire franchise y est allée pour un compromis: celui de la réalité augmentée.  

 «C’est ce qui s’approche le plus de “je prends une décision en une seconde, et j’ai le résultat en deux”», continue Benoît. 

 D’autant plus, comme il s’agit d’un jeu basé sur la localisation, l’équipement nécessaire se doit d’être minimal. Un avantage qu’offre la réalité augmentée. 

 «Nos joueurs ne sont pas toujours bien installés chez soi. Ils peuvent être au resto, au café, dans la rue, avoir une expérience qui est accessible et rapide, c’est important pour nous», ajoute Sébastien Fournier, programmeur principal du titre. 

 «La partie AR, si on fait des liens avec d’autres jeux, la plupart du temps, c’est une “gimmick”, continue Benoît. Si ce n’est pas au cœur du gameplay, ça finit par être quelque chose que les gens vont essayer trois fois avant de le désactiver, puisque ça consomme énormément d’autonomie et que ça n’apporte pas grand-chose à l’expérience.» 

 Cependant, Ludia a trouvé une façon de maximiser la réalité augmentée dans son jeu: en faire un outil de création et de partage de contenu indépendant, comme un mode supplémentaire. 

 «Notre base de joueurs, ce sont des amoureux des dinosaures. Ce n’est pas un hasard si le jeu a énormément de traction. La fantaisie des joueurs de voir les dinosaures dans leur environnement, comme si c’était un animal de compagnie dangereux, c’est quelque chose qui les fait vibrer», précise Benoît. 

 Bref, en sélectionnant une bête de sa collection, on peut le voir dans son téléphone, en temps réel et dans l’univers qui nous entoure, comme s’il était un animal de compagnie. 

 Par contre, il est important de faire la distinction entre réalité augmentée (AR) et réalité virtuelle (VR). 

 Tandis que cette dernière est une expérience qui se déroule entièrement dans un environnement créé de toutes pièces, l’autre consiste plutôt à superposer des éléments virtuels dans un espace existant. 

 Voyez cela comme regarder à travers la lentille d’une caméra: l’appareil, que ce soit un téléphone intelligent ou une tablette électronique, vous permet de voir ces objets sur une surface que vous pouvez toucher, ou, du moins, regarder. 

 D’ailleurs, les applications officielles de nos journaux, JDM et JDQ, offrent une expérience augmentée chaque semaine grâce à notre section de vulgarisation scientifique, En 5 minutes. 

 Différents géants informatiques assistent les entreprises avec le développement de fonctionnalités en réalité augmentée, notamment grâce à des plateformes comme le ARCore (Google) et le ARKit d’Apple. 

 N’oublions pas que la technologie a été massivement adoptée dans la culture populaire il y a trois ans, l’année où le jeu à succès Pokémon Go a réussi à attirer 45 millions de joueurs. 

 Bien qu’elle existe à des fins commerciales depuis 2008, selon le Harvard Business Journal, les avancées rendues possibles grâce à des investissements massifs d’entreprises nous permettent d’imaginer des utilisations futuristes, dans un avenir pas si lointain. 

 Pour les passionnés de technologie, sachez qu’Apple dévoilera peut-être une nouvelle version de son ARkit lors de sa conférence annuelle, le WWDC, qui se tiendra à San Jose au début du mois de juin et qui rassemblera quelque 1500 développeurs.