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Des fuites comme méthodes d’enquête

L’UPAC prévoyait se servir d’une émission de Radio-Canada pour faire parler des suspects dans l’entourage du PLQ

Robert Lafrenière, commissaire de l’UPAC, lors de son passage devant une Commission parlementaire en avril 2018.
Photo d'archives, Simon Clark Robert Lafrenière, commissaire de l’UPAC, lors de son passage devant une Commission parlementaire en avril 2018.

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Les fuites dans les médias faisaient partie des outils prévus par l’Unité permanente anticorruption (UPAC) pour faire parler des suspects, indiquent des documents consultés par notre Bureau d’enquête.

La question des informations coulées aux médias par l’UPAC a été au centre de l’attention cette semaine en raison d’un débat sur la question devant la Cour suprême.

Un avocat de l’ex-ministre libéral Marc-Yvan Côté, accusé de fraude et de corruption, veut obtenir une décision qui forcerait la journaliste de Radio-Canada Marie-Maude Denis à révéler ses sources, ce qu’elle refuse.

Il espère ainsi éviter un procès à son client en prouvant que les fuites de renseignements de l’UPAC étaient décidées par les dirigeants du corps policier.

Devant la Cour suprême cette semaine, un procureur du Directeur des poursuites criminelles et pénales, Robert Rouleau, a affirmé que les fuites organisées par l’UPAC étaient des opérations concertées. « Nous ne pouvons plus soutenir la théorie du loup solitaire », a déclaré jeudi l’avocat de la Couronne devant le plus haut tribunal canadien.

Techniques d'enquête

En octobre 2017, notre Bureau d’enquête avait publié des extraits de documents exposant comment l’UPAC se servait des médias.

Une mention est faite dès le premier paragraphe pour indiquer que la diffusion d’une émission de Radio-Canada fait partie des plans d’action de la mission qui est présentée.
Photo courtoisie
Une mention est faite dès le premier paragraphe pour indiquer que la diffusion d’une émission de Radio-Canada fait partie des plans d’action de la mission qui est présentée.
Les documents montrent même que l’exécution de certaines phases de l’enquête dépendra du moment de diffusion du reportage de Radio-Canada.
Photo courtoisie
Les documents montrent même que l’exécution de certaines phases de l’enquête dépendra du moment de diffusion du reportage de Radio-Canada.

Rien cependant ne permet de les relier au cas qui a fait l’objet des débats cette semaine en Cour suprême.

Ces informations donnent toutefois un point de vue éclairant sur la façon dont les policiers s’étaient servis de l’émission Enquête, de Radio-Canada, pour les fins de l’enquête Mâchurer portant sur le Parti libéral du Québec.

Dans un autre document, les enquêteurs affirment qu’ils ont « la connaissance » du contenu qui sera diffusé par l’émission Enquête de Radio-Canada. Un « plan agressif » élaboré par les policiers devait suivre.
Photo courtoisie
Dans un autre document, les enquêteurs affirment qu’ils ont « la connaissance » du contenu qui sera diffusé par l’émission Enquête de Radio-Canada. Un « plan agressif » élaboré par les policiers devait suivre.

En novembre 2014, Radio-Canada a diffusé un reportage indiquant que Jean Charest est visé par des enquêteurs tentant de déterminer si, au moment où il était chef de l’opposition, il aurait sollicité du financement illégal auprès d’entreprises.

Un ex-directeur de cabinet de M. Charest de cette époque, Ronald Poupart, y allègue que M. Charest s’est rendu, en 2002, avec M. Bibeau, solliciter les ingénieurs de la firme SNC-Lavalin. Il n’est toutefois pas question d’une activité au Sheraton.

Méthodes douteuses

Curieusement, les enquêteurs de l’UPAC semblaient très bien informés à l’avance de ce que diffuserait

Radio-Canada. Il est cependant impossible de confirmer si ce sont bel et bien eux qui ont alimenté le reportage.

Les deux documents policiers dont nous publions des extraits ne sont pas datés. Les méthodes d’enquête utilisées par l’UPAC entre 2012 et 2018 ont fait la manchette cette semaine.

Jeudi, notre Bureau d’enquête a révélé que la justice québécoise se penche sur des allégations de fabrication de preuves et de techniques d’enquête douteuses qui auraient été utilisées par l’UPAC alors que l’organisation était dirigée par Robert Lafrenière.