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Les différents visages de Julie Le Breton

Les différents visages de Julie Le Breton
Photo: Jocelyn Michel / leconsulat.ca

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Elle a beau avoir célébré l’an passé son 20e anniversaire de carrière et enchaîné depuis plusieurs années des rôles importants à l’écran et sur les planches, Julie Le Breton ne tient rien pour acquis. « En ce moment, ça va bien et je touche du bois pour que ça continue », confie l’actrice de 43 ans, qui dit avoir dû parfois piler sur son orgueil pour se rendre là où elle est aujourd’hui.

Pas facile de trouver du temps libre dans l’agenda de Julie Le Breton. Depuis quelques semaines, l’actrice partage ses journées de travail entre le tournage de la prochaine saison de la série Victor Lessard et les répétitions de la pièce La nuit où Laurier Gaudreault s’est réveillé. Son emploi du temps ne devrait pas s’alléger avant un bon moment puisqu’on a annoncé récemment qu’elle sera la tête d’affiche d’une nouvelle série de TVA, Épidémie, qui sera tournée à compter du mois d’août.

Depuis déjà une vingtaine d’années, Julie Le Breton brille aussi bien à l’écran que sur les planches, en se glissant dans des personnages variés qui lui permettent d’alterner entre la comédie et le drame. Au cinéma, elle a été révélée dans la comédie Québec-­Montréal avant de décrocher des rôles dans des films comme Maurice Richard, Starbuck et De père en flic 2. À la télévision, on la connaît pour ses personnages dans les séries Mauvais Karma, Les beaux malaises et Les Pays d’en haut, sans oublier Watatatow, dans laquelle elle a démarré sa carrière.

Transformation

Depuis deux ans, le public a appris à découvrir sa polyvalence et sa capacité à se transformer physiquement grâce à son rôle dans la série Victor Lessard. Généralement habituée aux personnages de jolie fille, l’actrice y incarne une policière homosexuelle un peu tomboy, qui n’a pas la langue dans sa poche.

Les différents visages de Julie Le Breton
Photo: Jocelyn Michel / leconsulat.ca

« Ça m’a étonnée quand Victor Lessard est sorti parce qu’il y a beaucoup de gens qui étaient surpris que je ne sois pas sublimée à l’écran, observe-­t‐elle. Pourtant, on ne m’a pas si enlaidie que cela. C’est juste que je ne suis pas maquillée, pas coiffée, et qu’on m’a creusé un peu les traits. Mais de là à dire que je suis dégueu dans la série, c’est super insultant ! La plupart du temps, c’est comme ça que je suis quand je me lève le matin !

« Je remarque qu’il y a encore un désir chez certains spectateurs que les actrices soient désirables, cutes, accommodantes, jolies ou lumineuses. Mais personnellement, je trouve ça le fun de pouvoir jouer un personnage qui a une féminité qui se déploie autrement. »

Grandir comme actrice

Julie Le Breton n’a pas eu accès à cette belle variété de rôles en claquant des doigts. Elle a dû faire preuve de patience tout au long de sa carrière pour se rendre là où elle est aujourd’hui.

« J’ai commencé par avoir de petits rôles dans toutes sortes de projets qui m’ont permis d’apprendre mon métier et de travailler avec plein de gens intéressants », explique-t-elle en entrevue au Journal.

« Puis, avec le temps et l’expérience qui rentrait, on a commencé à m’appeler­­­ pour des rôles plus consistants. Je pense que quand on est un jeune acteur, il ne faut pas juste attendre le rôle principal d’un film ou d’une série télé. Il faut être prêt à piler sur son orgueil pour apprendre son métier et grandir comme acteur. Je ne dis pas qu’il faut niveler vers le bas. Mais il ne faut pas se dire qu’on accepte­­­ juste des premiers rôles, parce que le Québec est trop petit et qu’on risque de se tirer dans le pied. »

D’ailleurs, tout n’a pas toujours été facile pour Julie Le Breton. Comme tous les acteurs ou presque, sa carrière a aussi eu des hauts et des bas : « J’ai eu un petit creux autour de 2009, mais c’est ensuite reparti sur des bases plus solides, observe-t-elle. C’est à partir de là que j’ai eu des rôles comme Mauvais Karma et Les beaux malaises, qui ont eu beaucoup de succès auprès du public et qui m’ont donné des assises plus solides. Et, bien sûr, avec la notoriété, les belles offres arrivent plus souvent. »

Au jour le jour

N’allez pas lui demander où elle se voit dans dix ans. Julie Le Breton n’a jamais aimé l’idée de se projeter dans l’avenir. Et cette philosophie de vie, elle l’a adoptée dès sa sortie de l’école de théâtre, en 1998.

« J’étais très jeune [22 ans] quand je suis sortie de l’école et mon souhait était simplement de pouvoir travailler, se souvient-elle. Je pense que je me voyais saltimbanque au Mexique en train de faire du théâtre de rue avec des jeunes défavorisés. Jamais j’aurais pu croire, à l’époque, que j’aurais la chance d’avoir la carrière que j’ai aujourd’hui. C’est sûr que si tout arrêtait d’un coup aujourd’hui, je capoterais et j’angoisserais. Mais je ne suis pas quelqu’un qui se projette dans l’avenir. Ce n’est pas par manque d’ambition, mais plutôt parce que je préfère penser au jour le jour. Et peut-être aussi parce que j’ai peur d’être déçue. »

 

Un immense défi

La pièce La nuit où Laurier Gaudreault s’est réveillé marque une étape importante pour Julie Le Breton. Pour une des rares fois de sa carrière, l’actrice aura en effet le mandat de porter toute une œuvre sur ses épaules. « C’est certainement un de mes plus gros défis à ce jour, et pas seulement au théâtre », admet-elle.

Nouvelle création du réputé dramaturge Michel Marc Bouchard (Les feluettes, Tom à la ferme) mise en scène par Serge Denoncourt, La nuit où Laurier Gaudreault s’est réveillé est présenté depuis quelques jours sur les planches du Théâtre du nouveau monde (TNM).

Julie Le Breton y joue le rôle central de la pièce, soit celui de Mireille Larouche, une thanatologue connue mondialement qui, après une absence de dix ans, revient chez elle au Lac-Saint-Jean pour embaumer sa mère. Elle y retrouvera ses frères et sœurs qui, eux, sont restés dans leur village natal. Un secret familial va alors éclater.

« C’est un personnage très atypique qui a toujours été plus à l’aise avec le silence, indique l’actrice. Elle a de la misère avec le bruit et les êtres vivants autour d’elle. Donc, quand elle était petite, elle entrait chez les gens de son voisinage pour les observer en train de dormir. Mais à un moment donné, il s’est produit un événement qui a déclenché chez elle un repli.

« La pièce parle de la mort, mais je dirais que le thème principal est la famille et les liens familiaux. Mais c’est sûr que notre rapport à la mort est abordé. Je crois que beaucoup de gens vont se reconnaître dans le malaise qu’on a par rapport à la mort et notre incapacité de communiquer notre peine et notre colère. »

Émue aux larmes

Julie Le Breton dit avoir été profondément émue quand Michel Marc Bouchard l’a contactée il y a trois ans pour lui dire qu’il souhaitait lui confier le rôle principal de sa prochaine pièce.

« Il m’a envoyé un magnifique courriel qui m’a fait pleurer, relate-t-elle. Michel Marc Bouchard est un de nos plus grands auteurs vivants, et ses pièces sont montées partout à travers le monde. C’est très particulier parce que c’est un personnage qui est très loin de moi. Mais Michel Marc avait envie d’écrire pour une actrice dans la quarantaine et il avait envie de travailler avec une nouvelle énergie. C’est Serge Denoncourt qui lui a proposé d’écrire en pensant à moi et ça l’a allumé. C’est assez incroyable de penser qu’un auteur de sa trempe a écrit un rôle en entendant ma voix et en imaginant mon corps et mon énergie pour incarner le personnage. C’est très valorisant. »


♦ Mettant aussi en vedette Patrick Hivon, Éric Bruneau, Magalie Lépine-Blondeau et Kim Despatis, la pièce La nuit où Laurier Gaudreault s’est réveillé est présentée au TNM jusqu’à la mi-juin.