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Google Maps et Waze mènent dans des trappes à tickets

Des erreurs dans les données de navigation entraînent des automobilistes à enfreindre la loi

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Notre dépendance maladive au téléphone nous suit au volant. Nombreux sont les automobilistes qui ont les yeux rivés sur les applications de navigation comme Waze et en oublient de regarder la signalisation. Résultat: ils sont parfois incités à faire des manœuvres interdites et la police les attend au détour.  

Je me suis rendue près du pont Pie-IX, sur le boulevard Gouin aux alentours de 16h30 la semaine dernière. En l’espace de 20 minutes, j’ai vu plus de 20 automobilistes en direction ouest tourner à gauche sur l’avenue Garon. Pourtant, deux panneaux indiquent clairement que c’est interdit entre 16h et 18h.  

Plus d’une voiture «illégale» à la minute, c’est pas rien! Est-ce qu’ils le font tous volontairement? Savent-ils qu’ils risquent une amende salée? On dirait bien que non... J’ai arrêté 10 d’entre eux, et ils m’ont dit n’avoir jamais vu les panneaux:    

  •   Waze m’a dit de tourner là!  
  •   J’ai juste suivi Google Maps...  
  •   Il y a une erreur dans mon GPS    

Le poste de police du quartier m’a confirmé qu’un nombre élevé de voitures sont prises en infraction à cette intersection. Au cours des 12 derniers mois, ils en ont pincé 724. Calcul rapide: 123 080$ de tickets. Une belle petite trappe, bien payante. Merci pour l’erreur, Google!  

  • Daphnée Hacker est venue commenter le dossier au micro de QUB radio:

La Ville pas responsable 

Le Service de police de la Ville de Montréal m’a indiqué que lorsqu’autant d’automobilistes tombent dans une même trappe (ils n’ont pas utilisé ces termes, évidemment!), ils le signalent aux ingénieurs et aux élus.  

Et la Ville, compte-t-elle faire quelque chose pour changer la situation? Pas vraiment.  

Par courriel, une porte-parole de la Ville a dit qu’il y a une volonté de transmettre des données pour mettre à jour les cartes, mais qu’«il n’existe pas de manière efficace de le faire».  

C’est plus ou moins vrai, nuance l’expert en transport intelligent chez IBM Jean-François Barsoum. «Les villes peuvent mieux codifier leurs données et les rendre plus accessibles, mais ça coûte cher», explique-t-il. Par exemple, en partageant les localisations des contraventions, Waze pourrait cartographier les «points chauds».  

Mais dévoiler les trappes à tickets... ça veut aussi dire moins d’argent dans les coffres.  

Et la sécurité dans tout ça? 

Le plus inquiétant de cette situation, avance Jean-François Barsoum, c’est que les applications de navigation transforment les rues locales en véritables autoroutes. Leurs algorithmes s’en foutent que ce soit une zone scolaire, ou qu’une garderie emprunte cette petite rue pour se rendre au parc. Si ça fait gagner du temps, c’est là qu’il faut aller.  

Cet enjeu de sécurité est devenu très gros aux États-Unis. Une ville du New Jersey a d’ailleurs interdit l’accès aux rues locales pour toute personne qui n’habite pas le secteur.  

En attendant qu’un tel scénario se produise ici, vous pouvez recommencer à utiliser vos yeux et votre gros bon sens quand vous conduisez, ça devrait aider à diminuer les trappes à tickets et la circulation de transit!  

 ► Coût de la contravention pour virage interdit: 170$  

 ► Chances de réussir une contestation à la cour municipale en disant que «Google Map ou Waze m’a induit en erreur»: 0  

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