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Huawei en mode séduction au Québec

Le géant chinois veut à tout prix se débarrasser de la mauvaise image qui lui colle toujours à la peau

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Photo AFP Le siège social de Huawei à Shenzhen est une ville dans la ville, un peu à l’image des campus de Google et Facebook aux États-Unis, à la «sauce chinoise».

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Mis sur la liste noire par Donald Trump la semaine dernière, Huawei invite à grands frais les journalistes à venir visiter son siège social de Shenzhen pour se défaire des accusations d’espionnage qui pèsent sur elle depuis des mois. 

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« En termes de relations avec les médias, nous invitons régulièrement des journalistes du monde entier à notre bureau en Chine. Cela leur donne l’occasion de poser des questions à nos cadres supérieurs, de voir nos installations et nos opérations », explique au Journal Alykhan Velshi, vice-président, affaires corporatives de Huawei Canada, dans un courriel en français. 

Huawei sait que le voyage et l’hébergement en Chine peuvent coûter cher, c’est pourquoi elle propose de couvrir les frais « si les normes et les pratiques éditoriales de ces organisations médiatiques le permettent », précise M. Velshi. 

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Voyage tout inclus 

Au menu de la visite éclair de quatre jours en Chine : conférence de presse, table ronde avec Ken Hu, vice-président en alternance de Huawei, tour du Industry Solution Executive Briefing Center, de l’atelier de fabrication et du laboratoire de cybersécurité. 

Une nouvelle stratégie de communication qui tranche avec l’ancienne. 

En décembre dernier, Le Journal a révélé l’existence d’un centre de recherche discret de Huawei à Montréal... or la société semble maintenant préférer jouer la carte de la séduction. 

Pour ses relations publiques au Québec, Huawei a embauché la firme new-yorkaise Hill+Knowlton Strategies, dont la francophone Jade Lavallée-Labossière, qui multiplie les invitations pour faire connaître son client dans la province. 

Pas de contrôle 

Même si Huawei propose de payer le voyage des journalistes, pas question de s’immiscer dans leur travail. 

« Aucune exigence de couverture ou orientation n’est imposée aux médias », assure son vice-président Alykhan Velshi. 

Sans même que la question lui soit posée, Huawei se défend de contrôler le message. 

« Quoi qu’il en soit, tout journaliste réalisant une entrevue avec l’un de nos dirigeants peut poser toutes les questions qu’il souhaite, sans condition ni exception », insiste-t-il. 

Rappelons que la Chine est au 177e rang au classement mondial de la liberté de presse, selon l’ONG Reporters sans frontières.  

 ►Huawei est au Canada depuis une dizaine d’années. Elle a plus de 1000 employés ici. La société a investi 180 millions de dollars en recherche et développement au pays l’an dernier. 

 Un géant chinois  

  •  190 000 employés 
  •  170 pays 
  •  108,5 milliards $ US de chiffre d’affaires 
  •  Entreprise fondée en 1987 
  •  1er fournisseur de réseaux et 2e fabricant de téléphones intelligents   

 Source : Huawei 

Guerre commerciale 

L’arrestation le 1er décembre dernier de la directrice financière de Huawei, Meng Wanzhou, à Vancouver, en vertu d’une demande d’extradition de la part des États-Unis, a mis le feu aux poudres du gouvernement chinois. Après l’arrestation de la fille du fondateur de Huawei, la Chine a arrêté trois ressortissants canadiens, mais a nié en bloc que ces arrestations avaient un lien avec l’affaire Huawei. 

Rapidement, la crise diplomatique est devenue une guerre commerciale à finir entre Pékin et Washington. À coup de droits de douane de centaines de milliards de dollars, en raison de tarifs passés de 10 à 25 %, d’un côté comme de l’autre, Donald Trump et Xi Jinping croisent le fer avec l’affaire Huawei en toile de fond depuis des semaines. 

Espionnage 

Mercredi dernier, le président Donald Trump a signé un décret visant à interdire aux réseaux américains d’utiliser les équipements risqués pour la « sécurité nationale ». Plus tard, son département du Commerce a ajouté le nom de « Huawei » sur une liste noire avant d’évoquer vendredi en soirée un éventuel assouplissement. Ce geste d’éclat est l’aboutissement de mois de pression des services de renseignement. 

Au Canada, le gouvernement Trudeau n’a toujours pas choisi son camp. On ne sait pas s’il va bannir l’équipementier chinois dans la construction du « réseau de cinquième génération », aussi appelé « 5G ». 

« Un examen de la technologie 5G émergente et des considérations de sécurité et économiques associées est en cours », s’est limité à dire vendredi le porte-parole du ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile, Scott Bardsley, au Journal

Si les opposants à Huawei craignent que la Chine se serve un jour de l’infrastructure 5G, qui va relier les voitures autonomes et les objets connectés à grande échelle, pour espionner les citoyens, la compagnie chinoise a toujours nié faire de l’espionnage. Plus encore, elle s’est dite prête à signer des ententes anti-espionnage pour montrer sa bonne foi. 

Mystérieux fondateur 

Ren Zhengfei
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Ren Zhengfei

« À qui appartient Huawei ? », s’est demandé le New York Times en avril dernier. Son fondateur, le Chinois Ren Zhengfei, un ex-technicien de l’armée, a fondé l’entreprise en 1987 avec moins de 5000 $ en poche, selon la légende. 

Aujourd’hui, Huawei a un chiffre d’affaires de plus de 100 milliards de dollars américains. Le hic, c’est que Ren Zhengfei ne détiendrait qu’un maigre 1 % de la société, selon une étude de Christopher Balding de Fulbright University Vietnam et de Donald C. Clarke du George Washington University Law School, qui a eu l’effet d’une bombe début mai. 

Le 99 % restant serait la propriété d’un « syndicat », qui ressemble plutôt au gouvernement, selon les auteurs. 

« Huawei peut être considérée comme étant contrôlée par l’État », concluent-ils. 

Sur Twitter, l’un d’eux est allé jusqu’à dire que « Huawei est une branche (du Parti communiste) et s’engage activement dans l’espionnage pour Pékin ».