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L’avortement interdit?

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Photo AFP

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On voudrait que le droit à l’avortement soit réglé. Mais la question revient en force aux États-Unis. Tôt ou tard, elle ressurgira au Québec et au Canada.

La population américaine est majoritairement en faveur de l’avortement en toutes circonstances ou presque. Mais les lobbies religieux n’ont pas pour autant abandonné la partie. Ils espèrent que la Cour suprême des États-Unis va casser ses propres jugements en faveur de l’avortement.

À l’instigation des mouvements religieux, plusieurs États américains viennent de passer de nouvelles lois très dures contre l’avortement. Ces lois vont être contestées devant le plus haut tribunal qui est devenu majoritairement conservateur depuis que Donald Trump y a nommé des juges.

Moins d’avortements

Aux États-Unis, près de 19 % des grossesses se terminent par un avortement, soit environ 879 000 d’entre elles. Le taux d’avortement américain est plus faible que la moyenne mondiale qui est à environ 35 % des grossesses. En fait, ce taux chute aux États-Unis depuis 1980.

Plus de 60 % des femmes dans le monde ont accès à un avortement libre. Les nouvelles lois antiavortement proposées par quelques États américains placeraient les États-Unis parmi les pays les plus rétrogrades dans le domaine, des pays principalement latino-américains ou africains sous l’emprise de fondamentalistes religieux.

Donald Trump propose de restreindre l’avortement aux cas de viols, d’inceste ou de grossesses qui mettent en danger la vie des mères. Mais plusieurs études montrent que ces problèmes justifient moins de 5 % des avortements.

Odieux

La plupart des femmes qui décident de se faire avorter le font pour des raisons économiques ou parce qu’elles ne sont pas prêtes à avoir des enfants avec le père. Ce qui confirme que l’avortement est d’abord et avant tout un problème de contraception.

C’est la raison pour laquelle la position de diverses religions qui condamnent à la fois la contraception et l’avortement est odieuse.

Casser les jugements

Quoi qu’il en soit, les militants antiavortement pensent que la Cour suprême des États-Unis va revenir sur ses décisions proavortement. Mais, comme l’écrivait récemment Stephen Breyer, juge à la retraite de la Cour suprême américaine, un tel renversement serait préjudiciable à l’ensemble du système de justice américain parce qu’il le rendrait instable.

En effet, quels autres jugements la Cour suprême pourrait-elle encore casser si ceux sur l’avortement libre tombent ? Cela reviendrait à démontrer que les juges ne sont plus au-dessus des débats partisans, donc que la justice est devenue partisane. Aucun système démocratique ne peut survivre longtemps à une telle partisanerie.

Irrationnel

Sur le fond, on notera que les militants antiavortement ne s’embarrassent d’aucun fait médical, environnemental ou social. Pour eux, la vie est d’origine divine. Elle doit donc être absolument respectée. C’est tout. Le moment de la naissance de la conscience chez le fœtus est pour eux sans importance, comme les problèmes de surpopulation dans certains pays ou encore l’immense cruauté à laquelle ils soumettent les mères qu’ils veulent obliger à avoir des enfants. Le débat chez les militants antiavortement n’a rien de rationnel.

Inversement, on remarquera que les lois n’incitent pas les mères qui voudraient mener à terme leur grossesse, mais ne pas élever leurs bébés, à les donner en adoption.