/finance/business
Navigation

Troqués pour une main-d’œuvre bon marché en Jamaïque

Licenciés, des étudiants étrangers comptaient sur ces emplois au salaire minimum

Ali El Sisi, qui comptait sur ce travail pour payer le loyer en attendant d’avoir sa résidence permanente qui lui permettra de travailler en aérospatiale, est extrêmement stressé depuis qu’il a appris qu’il perdait son travail. Il se trouve dans les locaux montréalais de la firme.
Photo Francis Halin Ali El Sisi, qui comptait sur ce travail pour payer le loyer en attendant d’avoir sa résidence permanente qui lui permettra de travailler en aérospatiale, est extrêmement stressé depuis qu’il a appris qu’il perdait son travail. Il se trouve dans les locaux montréalais de la firme.

Coup d'oeil sur cet article

Près de 300 travailleurs du centre d’appel montréalais Fusion BPO perdront leur emploi en juillet parce que l’entreprise a choisi de délocaliser le travail en Jamaïque, où la main-d’œuvre coûte une fraction du prix.

« La principale raison est le taux de roulement élevé, l’absentéisme et l’énorme attrition, et c’était difficile d’attirer des ressources à temps plein et de garder cet effectif. On a donc décidé de déménager les affaires à un autre de nos sites », confirme au Journal Ritesh Chakraborty, vice-président des opérations de Fusion BPO.

En avril dernier, l’entreprise a été restructurée, précise M. Chakraborty, ce qui a mené à une réduction des activités du centre d’appels situé au 10e étage d’une tour du Vieux-Montréal.

AT&T, Nissan, Honda, BMW, Volkswagen, GM Financial, Office Depot et Lending Club sont des clients de Fusion BPO, selon la présentation corporative de l’entreprise de 2018.

À Montréal, les 286 employés qui se retrouveront sans emploi le 3 juillet prochain avaient le loisir de travailler 100 % en anglais, parce qu’ils effectuaient des tâches pour un client américain de Fusion BPO, l’entreprise de livraison de repas GrubHub.

Jointe par Le Journal, GrubHub n’a pas voulu dire si elle est d’accord avec le choix de Fusion BPO de laisser tomber Montréal pour un pays des Caraïbes avec une main-d’œuvre bon marché.

Stress financier

Lors de notre passage, le 8 mai dernier, les employés du centre d’appel étaient sous le choc. Près de 70 % d’entre eux sont des étudiants internationaux qui misaient sur ces emplois précaires pour survivre ici, selon une personne aux ressources humaines.

« Ici, il faut être bilingue. Comme étudiante étrangère, je ne maîtrise pas assez le français. Je pourrais devoir déménager à Toronto ou Ottawa », a confié Jasmeet Kaur, étudiante à l’Université Concordia en génie logiciel.

Pour Ali El Sisi, qui travaille à temps plein pour le centre, la nouvelle a été catastrophique. « C’était ma source de revenus pour payer mon loyer. Le fait de perdre cet emploi me rend nerveux », a-t-il affirmé.

Comme sa collègue, M. El Sisi a de la difficulté à dénicher un boulot en anglais à Montréal.

« Les occasions ici sont extrêmement limitées, en particulier pour ceux qui parlent anglais », regrette-t-il.

Pour ne rien arranger, un autre nuage noir plane au-dessus de la tête du diplômé en génie mécanique de l’Université Concordia dans la vingtaine : il attend toujours sa résidence permanente pour pouvoir travailler dans son domaine.

« Je ne peux pas travailler en aérospatiale parce que je n’ai pas encore ma résidence permanente. Beaucoup de compagnies vont seulement embaucher ceux qui l’ont, en raison des secrets militaires et de défense », soupire celui qui doit se trouver un nouvel emploi pour payer ses factures.

Fusion BPO

♦ Siège social : Calcutta (Inde)

♦ Siège social Amérique du Nord : Draper, Utah (États-Unis)

♦ Fondation : 2004

♦ Travailleurs

  • Albanie : 40
  • Canada : À déterminer
  • États-Unis : 195
  • Inde : 800
  • El Salvador : 900
  • Jamaïque : 1000
  • Philippines : 1230

Source : Fusion BPO, Présentation corporative 2018