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Lacs et piscines: des soupes de microbes sournoises

Une étude relève que les éclosions sont sous-rapportées dans les plages et les piscines du Québec

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Plus de 500 Québécois ont été malades depuis environ 10 ans après avoir fait une trempette dans un lac ou une piscine, selon une nouvelle étude qui suggère que le phénomène serait beaucoup plus répandu, à l’insu des baigneurs.

Vomissements, diarrhées, irritations de la peau ou des yeux, toux et maux de gorge sont parmi les nombreux et désagréables symptômes rapportés par les baigneurs en eaux récréatives à la suite d’une éclosion, selon un récent rapport de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

De 2005 à 2016, 511 Québécois ont été incommodés sur une plage, dans une piscine ou un spa, et ce chiffre est plus élevé que celui des éclosions dans le réseau d’eau potable. Un constat surprenant, dit l’auteure de l’étude, Vicky Huppé.

L’INSPQ n’a retracé qu’un peu plus d’une soixantaine d’éclosions pendant la même période, mais ce faible nombre serait sous-estimé, croit l’organisme. La qualité de l’eau aux abords de nombreuses plages n’est évaluée que selon le « bon vouloir » des gestionnaires, rappelle Mme Huppé, par exemple.

« On ne consulte pas nécessairement non plus un médecin quand on a une gastro-entérite », ajoute-t-elle, soulignant que les malades peuvent ignorer d’où viennent les symptômes.

Un minimum réclamé

« Ça prend un minimum de surveillance, d’analyses obligatoires qui devraient être faites », déplore, quant à lui, le cofondateur de Fondation Rivières, Alain Saladzius. Selon lui, le programme Environnement-Plage du gouvernement, qui évalue la qualité de l’eau de certaines plages, est « complètement à mettre à la poubelle », puisque les tests sont insuffisants et seulement menés sur une base volontaire.

Pour sa part, Mme Huppé soutient que l’étude ne vise pas à empêcher les Québécois de se baigner. Mais plutôt de les sensibiliser aux risques et aux précautions à prendre à l’approche de la saison chaude. Par exemple, mieux vaut éviter d’avaler de l’eau, se laver avant une baignade, rester loin des plages après un orage, dit-elle.

Avec le réchauffement climatique, les Québécois pourraient vouloir se rafraîchir davantage et des contaminants, comme les algues bleu vert ou des parasites, pourraient proliférer dans les années à venir.

Plus fréquent

Selon l’étude de l’INSPQ, la dermatite du baigneur est le problème de santé le plus fréquemment rapporté dans les milieux naturels, comme les lacs et les plages. Elle est causée par des cercaires, des larves microscopiques, qui viennent principalement des oiseaux aquatiques. L’infection bénigne se manifeste par des démangeaisons à la sortie de l’eau, aux endroits où les cercaires pénètrent dans la peau.

L’INSPQ souligne aussi que la contamination d’origine fécale demeure une préoccupation importante et les jeunes enfants sont particulièrement vulnérables à ces bactéries, comme l’E. coli. Les pataugeoires et les jeux d’eau présentent un risque accru, selon l’étude.

Les éclosions dans les piscines sont quant à elles associées à des contaminants d’origine chimique.

Pour les spas, les causes les plus fréquentes d’éclosion sont le manque d’entretien et d’hygiène. Des microorganismes, comme le Legionella spp, qui est notamment responsable de la maladie du légionnaire, peuvent y proliférer en raison des températures chaudes.

Des rougeurs partout sur son corps

Une famille de Gatineau plaide pour une meilleure surveillance des eaux récréatives à la suite d’une expérience inquiétante dans un parc des Laurentides l’an dernier, laissant leur fils de 2 ans avec des rougeurs partout sur le corps.

Photo courtoisie

« On n’aurait jamais soupçonné l’eau », souffle Véronique Milot, une mère de trois enfants.

Sa famille et elle campaient depuis une journée sur une île, au milieu du lac du Poisson-Blanc, à environ une heure et demie au nord de Gatineau, l’été passé, quand ils ont tous commencé à avoir des démangeaisons.

Elle n’avait jamais entendu parler de la dermatite du baigneur et personne au parc où elle se trouvait ne semblait s’en douter non plus, se rappelle-t-elle. Tous cherchaient plutôt le coupable parmi les plantes présentes dans la forêt avoisinante.

« On a vraiment essayé de trouver ce que ça pouvait être », souligne Mme Milot.

Elle s’inquiétait beaucoup, car les rougeurs et les démangeaisons ne disparaissaient pas et semblaient surtout affecter son fils Malcom. C’est lui qui était le plus souvent dans l’eau, observe-t-elle aujourd’hui.

Éric Proulx, Véronique Milot et leurs enfants, Malcom, Noam et Elsie, ont découvert trop tard que le lac des Laurentides où ils campaient était infecté de cercaires, des larves causant la dermatite du baigneur.
Photo courtoisie
Éric Proulx, Véronique Milot et leurs enfants, Malcom, Noam et Elsie, ont découvert trop tard que le lac des Laurentides où ils campaient était infecté de cercaires, des larves causant la dermatite du baigneur.

Comme des moustiques

Les rougeurs ont laissé des cicatrices à son fils, notamment parce qu’il se grattait. Elle les décrit comme semblables à des piqûres de moustiques, mais plus rougeâtres et grosses. « Ça a pris un bon trois semaines avant que ça dérougisse », se souvient Mme Milot.

Heureusement, la dermatite du baigneur est bénigne et ne pose pas de risque pour la santé.

« C’est un débat à savoir si nous y retournons ou non [cette année], parce que ce n’était vraiment pas agréable », dit-elle néanmoins.

Ignorance

Or, selon la conseillère scientifique Vicky Huppé, si des cercaires causant la dermatite du baigneur sont présentes une fois dans un plan d’eau, il y a fort à parier qu’ils risquent toujours de s’y trouver.
La solution est de bien s’essuyer en sortant d’un lac où les cercaires sont présentes.

« Ce n’est pas compliqué », reconnaît Mme Milot, mais elle estime que trop peu de Québécois et de gestionnaires sont bien informés.

ÉCOUTEZ l'entrevue de Vicky Huppé, conseillère scientifique pour l’Institut national de santé publique du Québec, à QUB radio:

 


► Les éclosions 2005 à 2016

  • Plages : 20 éclosions et 203 personnes impliquées
  • Piscines : 26 éclosions et 158 personnes impliquées
  • Spas : 14 éclosions et 106 personnes impliquées
  • Parcs récréatifs aquatiques (2015 et 2016 seulement) : 2 éclosions et 7 personnes impliquées
  • Pataugeoires : 1 éclosion et 6 personnes impliquées
  • Inconnu : 1 éclosion et 31 personnes impliquées

♦ 367 éclosions de nature infectieuse

♦ 144 éclosions de nature chimique 

Source : Institut national de santé publique du Québec

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