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Les ados en dépression sont deux fois plus à risque de décrocher

C'est ce que démontre une enquête québécoise auprès d’environ 6800 jeunes

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Les adolescents qui souffrent de dépression sont deux fois plus à risque de lâcher l’école, selon une récente étude québécoise. 

L’équipe de recherche de Véronique Dupéré, professeure à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal, a mené une enquête auprès d’environ 6800 jeunes fréquentant 12 écoles secondaires publiques francophones de la région de Montréal, où le taux de décrochage est élevé. 

Entrevues  

Des entrevues individuelles ont permis de constater que parmi les élèves qui avaient décroché, le quart avaient des symptômes dépressifs dans les trois mois précédant leur rupture avec l’école. 

Différentes analyses ont révélé que les jeunes qui traversent une période noire ont deux fois plus de risque d’abandonner leurs études, ce qui est «particulièrement élevé», souligne Frédéric Nault-Brière, professeur adjoint à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal, qui a collaboré à cette recherche. 

Selon une publication récente de l’Institut de la statistique du Québec, la proportion d’élèves du secondaire qui présente un niveau de détresse psychologique élevé est passée de 21% en 2010-2011 à 29% en six ans. 

Une question de «timing» 

Le risque plus élevé de décrocher ne perdure toutefois pas dans le temps, précise M. Nault-Brière. Une adolescente qui a traversé une période difficile lors de son entrée au secondaire ne sera pas nécessairement plus à risque de décrocher deux ou trois ans plus tard, précise-t-il. 

Mais le risque est beaucoup plus important au moment où le jeune présente des symptômes dépressifs. «Il y a la notion de timing qui est particulièrement importante par rapport à la dépression, affirme M. Nault-Brière. En terme de prévention, il faut essayer de saisir ces jeunes-là au moment où ils vivent des difficultés.» 

D’où l’importance de mettre en place un système de dépistage efficace, afin de pouvoir identifier les jeunes qui vivent des difficultés et intervenir au bon moment, ajoute le chercheur. 

Dans les commissions scolaires, les approches mises en place varient d’un milieu à l’autre. Le chercheur se réjouit toutefois de constater qu’il existe «une sensibilité plus grande» dans le réseau scolaire par rapport aux enjeux entourant la santé mentale des jeunes. 

«Il y a quelque chose qui se passe sur le terrain. Quand on montre ces données à des intervenants, ils nous disent que oui, ça reflète leur réalité.» 

Jusqu’à tout récemment, les études portant sur les trajectoires scolaires ont surtout tenté de documenter les liens entre les difficultés scolaires ou comportementales et le décrochage. Or des résultats comme ceux-ci viennent démontrer l’importance pour les écoles de s’intéresser au bien-être général des jeunes. «Si vous intervenez sur la santé mentale, vous allez aussi venir jouer sur le décrochage et la réussite scolaire», lance le chercheur.