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Maltraitance des enfants: l’«effet» Rose

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La petite martyre de Granby – que j’ai nommée Rose pour qu’au-delà de l’interdiction de publier son vrai nom, elle en ait un - a rendu l’âme à sept ans. 

Une vie fauchée lâchement par son père biologique et sa belle-mère. Une enfance passée en majeure partie dans les pires conditions qui soient. Une enfant abandonnée à son horrible sort par la DPJ, son école, les tribunaux, la police, des voisins et qui d’autre encore. 

Impossible de l’oublier. D’autant plus que l’on sait très bien que des jeunes enfants maltraités, même aussi gravement que Rose, il y en a plusieurs autres au Québec à souffrir en silence. 

Bien évidemment, rien ne ramènera Rose à la vie. Cherchez à donner un «sens» à la mort gratuite et cruelle d’une enfant est également vain. 

Il n’en reste pas moins qu’il arrive parfois que des drames inimaginables provoquent une prise de conscience telle qu’elle débouche sur des changements essentiels visant à éviter, autant que faire se peut, qu’ils s'en reproduisent d'autres. 

On parle bien sûr de la mort insensée de Rose, mais aussi de tous ces autres petites filles et petits garçons abusés et maltraités EN CE MOMENT. Eux aussi, abandonnés par leur entourage et le «système» des services sociaux, devenu dangereusement dysfonctionnel au Québec. 

La mort brutale de Rose a également brassé le gouvernement caquiste et le premier ministre François Legault. Ce dernier a annoncé qu’il instituerait une commission spéciale sur la protection de la jeunesse, dont la présidente sera Régine Laurent, la respectée ex-présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec. (J’y reviendrai plus tard en chronique.) 

À travers la société québécoise, nous sommes aussi nombreux à penser plus activement à ouvrir l’œil si nous voyons ou entendons une situation possible de maltraitance physique et/ou verbale d’un enfant. 

Ainsi, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à l’«effet» Rose lorsque j’ai lu ceci:  

«Un père a été arrêté lors d’une projection cinématographique au Cineplex Odéon de Sainte-Foy, dimanche, au cours de laquelle des spectateurs l’auraient surpris à commettre des voies de fait sur sa fillette âgée de 7 ans. 

L’homme de 47 ans assistait à la projection de 15 h du film Détective Pikachu en compagnie de sa fille, selon des employés du Cineplex Odéon de Sainte-Foy contactés par Le Journal

Or, pendant la projection, «plusieurs» spectateurs auraient vu le quadragénaire utiliser «la force de façon excessive» à l’endroit de sa petite fille, si bien qu’un des témoins présents dans la salle a contacté le 9-1-1. 

Dès leur arrivée sur les lieux, les policiers ont demandé aux responsables d’interrompre la projection et d’allumer les lumières de la salle de cinéma. 

«Plusieurs personnes ont été témoins de la situation. Donc, avec les informations recueillies, les policiers ont procédé à l’arrestation de l’homme de 47 ans pour voies de fait», confirme le porte-parole du Service de police de la Ville de Québec, David Poitras. 

Libéré 

Le père de famille, qui n’a pas d’antécédents criminels, a été rencontré par les enquêteurs dimanche, en soirée, avant d’être libéré sous promesse de comparaître et de s’engager à respecter plusieurs conditions. À ce sujet, M. Poitras n’était pas en mesure de déterminer la nature des conditions à respecter par l’homme et s’il pouvait entrer en contact avec sa fille. 

Qui plus est, un «protocole a été déclenché» avec la Direction de la protection de la jeunesse qui a été mise au courant du triste événement. La fillette a été confiée à sa mère qui assistait également à la projection ce jour-là. 

*** 

Tout comme Rose, cette petite fille de Québec n’a que sept ans. Nul ne sait encore de quoi sera faite la suite de cette histoire. Mais de toute évidence, cette enfant a besoin de protection. La DPJ et les autres services sociaux la lui donneront-ils à la hauteur de ses besoins réels? 

Cette arrestation du père a été rendue possible grâce à l’appel au 911 d’un des témoins présents dans la salle de cinéma. Un seul, il est vrai, mais sans cette personne, que se serait-il passé? 

Comme quoi, l’«effet» Rose doit aussi devenir notre «réflexe» Rose. 

Devant un enfant maltraité, ne plus se taire et agir, en toute légalité.