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Dans l’engrenage de la destitution

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Même si les leaders démocrates préfèrent éviter une procédure de destitution contre le président Donald Trump, ce scénario semble désormais inévitable.

Quand on demande à un démocrate du Congrès s’il ou si elle croit que le président Trump a commis des offenses qui justifieraient sa destitution, on peut s’attendre à une séance de patinage, suivie d’une réponse affirmative.

Alors qu’est-ce qu’ils attendent ? Après tout, quoi qu’en dise Trump, le rapport Mueller présente des preuves claires d’entraves à la justice. Il précise aussi que contre un président, les mises en accusation doivent venir du Congrès.

Seulement voilà : même si personne ne doute qu’une majorité de la Chambre assurerait une mise en accusation (impeachment), personne ne croit que les deux tiers du Sénat appuieraient la destitution. Plusieurs démocrates craignent que le président en sorte plus fort.

Dilemme démocrate

Suite à la victoire démocrate de novembre dernier, Nancy Pelosi avait clairement signifié sa préférence pour l’utilisation des pouvoirs d’enquête du Congrès pour exposer les torts et travers de Donald Trump, afin de laisser aux électeurs le soin de le déloger en 2020.

Mais comme le président s’obstine à empêcher le Congrès d’exercer son rôle constitutionnel de surveillance, bon nombre de démocrates reconsidèrent le plan B — ou plutôt le plan I, pour impeachment — même s’ils savent que les sénateurs républicains ne les suivront pas.

Ils préféreraient mener ces enquêtes en collaborant avec l’exécutif sur divers dossiers, mais Trump ne l’entend pas ainsi. Hier, il a claqué la porte d’une rencontre sur les infrastructures, signifiant son refus net de collaborer tant que les démocrates du Congrès exerceront leur rôle de surveillance.

Bref, Trump réduit leurs options et augmente la pression.

La pression s’intensifie

Mardi, un tournant a été atteint alors qu’un premier représentant républicain au Congrès admettait que les preuves d’entraves à la justice détaillées par Robert Mueller justifient la destitution.

Le président et ses sbires n’ont pas tardé à s’acharner sur lui, ce qui en dissuadera plusieurs de le suivre, mais l’épisode a surtout secoué les démocrates. Si un républicain de la droite dure reconnaît que Mueller apporte des preuves irréfutables d’entraves à la justice, comment des démocrates peuvent-ils esquiver cette conclusion ?

Depuis, des voix démocrates se sont élevées, notamment celle de la coqueluche de la gauche, Alexandria Ocasio-Cortez.

Risques à réévaluer

Les démocrates se rendent compte que si les risques de s’engager dans un processus de destitution qu’ils sont destinés à perdre sont réels, il est aussi risqué de ne pas le faire.

En fait, même si le processus galvanise les républicains derrière Donald Trump, le poids de la preuve pourrait braquer bien des électeurs indépendants contre lui et faire paraître l’acquittement par le Sénat républicain comme un acte d’aveuglement partisan.

Finalement, la perception que les démocrates se sont défilés par calcul partisan risquerait de leur être aussi coûteuse que de confronter le bluff de Trump.

Bref, l’engrenage de l’impeachment est enclenché et les démocrates semblent avoir le doigt pris dedans, sinon le bras.