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Pénurie de main-d’œuvre: la CSDM met la hache dans les retraites progressives

Nathalie Wikaryjak
Photo Pierre-Paul Poulin Depuis qu’on lui a refusé sa demande de retraite progressive, Nathalie Wikaryjak entrevoit la suite de sa carrière avec appréhension.

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QUÉBEC | Sauf exception, les enseignants de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) n’auront plus droit à la retraite progressive en raison de la pénurie de main-d’œuvre, a appris l’Agence QMI.  

Cette nouvelle mesure administrative touche tous les enseignants du préscolaire, du primaire et du secondaire, sauf quelques champs d’enseignement du secondaire pour lesquels une exception pourrait être faite.  

Cette politique s’ajoute à l’impossibilité pour presque tous les enseignants d’accomplir une tâche réduite pour travailler trois ou quatre jours par semaine, qu’ils soient près ou non de la retraite.  

«L’an dernier, on refusait toutes les demandes de congé, sauf pour raison humanitaire. Cette année, pour la première fois, on ajoute les congés pour retraite progressive et ça, pour nous, c’est vraiment un non-sens», a indiqué la présidente de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal, Catherine Renaud, en entrevue avec l’Agence QMI.  

Colère et angoisse  

«Nos enseignants sont en détresse et en colère. Pour eux, la commission scolaire ne reconnaît pas le travail accompli depuis toutes ces années», a-t-elle ajouté.  

C’est notamment le cas de Nathalie Wikaryjak, une enseignante en sixième année à l’école Saint-Jean-de-Brébeuf. Depuis qu’on lui a refusé sa demande de retraite progressive, elle entrevoit la suite de sa carrière avec appréhension.  

«Je me sens très très angoissée par rapport à la prochaine rentrée», a-t-elle confié à l’Agence QMI. Comme elle, d’autres enseignantes ont témoigné leur désarroi.  

Peu sont acceptées  

Des 86 demandes de retraite progressive formulées pour la prochaine rentrée scolaire, seulement huit ont été acceptées, toutes pour «motifs humanitaires» ou de santé, a confirmé la CSDM. Par le passé, les demandes de retraite progressive étaient systématiquement acceptées, souligne pour sa part le syndicat.  

Cette nouvelle mesure poussera les enseignants vers une retraite hâtive, juge l’Alliance, ce qui risque d’accentuer la pénurie de main-d’œuvre, plutôt que de la résoudre.  

«Il y en a de plus en plus qui magasinent une autre commission scolaire, ou une autre profession», a ajouté Mme Renaud.  

À la CSDM, on explique que la pénurie de main-d’œuvre qui s’aggrave d’année en année ne leur a pas laissé le choix.  

«C’est sûr qu’on ne le fait pas de gaieté de cœur. On aimerait mieux, comme employeur, le permettre», a indiqué la présidente de la CSDM, Catherine Harel-Bourdon.  

Toutefois, a-t-elle précisé, les retraites progressives sont «un privilège, pas un droit».  

Quant au fait que des enseignants pourraient prendre leur retraite de manière hâtive, elle croit que peu le feront en raison des pénalités financières qui y sont rattachées.  

À noter que les retraites anticipées acceptées au cours des années précédentes pourront être prises comme prévu.  

Récemment, l’Agence QMI a révélé que deux commissions scolaires de Québec ont interdit les semaines de quatre jours à leurs enseignants du primaire à la prochaine rentrée scolaire. Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, les avait invités à repenser leur décision.  

Nathalie Wikaryjak, une enseignante de sixième année, est «abasourdie» par le refus de son employeur de lui accorder une retraite anticipée.  

Parmi ses collègues, elle remarque que plusieurs sont prêts à quitter la profession de manière anticipée, surtout depuis que les retraites progressives ne sont plus accordées.  

«Tous les enseignants passés la cinquantaine sont en train de gratter leur fond de tiroir. Beaucoup parlent de prendre leur retraite, si ce n’est pas cette année, c’est l’année prochaine. Il y aura un exode majeur», a-t-elle indiqué, en entrevue avec l’Agence QMI.  

Comme elle se remet d’une opération au genou, elle espère qu’une note du médecin lui permettra de casser la décision de la CSDM. D’ici là, elle entrevoit avec angoisse sa prochaine rentrée scolaire.  

«Je n’ai pas les capacités, selon moi, de travailler à 100 %», a-t-elle dit.  

Pour sa part, une enseignante qui préfère garder l’anonymat par peur de représailles attendait sa retraite progressive pour passer du temps avec ses petits-enfants et prendre soin d’un parent très malade. Elle aussi s’est vue refuser ce droit, qu’elle croyait être une formalité.  

«Je me disais qu’au moins avec la retraite progressive, l’employeur n’allait pas refuser, parce que j’ai travaillé fort, parce que j’ai été fidèle toutes ces années», a-t-elle indiqué.  

Une troisième enseignante qui a accepté de se confier craint un impact sur la rétention des nouveaux enseignants.  

«C’est déplorable. Surtout que ça serait très formateur pour un nouvel enseignant de profiter de mon expertise», a-t-elle dit.