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Tir groupé contre le débat sur l’avortement de Bernier

Des représentants d’organismes jugent qu’il s’agit d’un retour en arrière

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Organismes et artistes québécois se sont insurgés hier contre les propos de Maxime Bernier, qui s’est dit prêt à relancer le débat du droit à l’avortement au Canada si son Parti populaire prenait le pouvoir. 

« Le droit à l’avortement est important et on va le défendre. Aucun recul n’est tolérable », a fermement assuré Linda Rhéaume, porte-parole du Conseil du statut de la femme. Elle rappelle que les acquis des femmes en matière d’égalité demeurent fragiles. 

La réalisatrice québécoise Marianne Farley a qualifié cette polarisation de « très épeurante » pour les femmes. 

Le sujet de l’accès à l’interruption volontaire de grossesse fait couler beaucoup d’encre en Europe et aux États-Unis, notamment depuis que l’État de l’Alabama a adopté la semaine dernière le projet de loi le plus répressif de notre pays voisin. 

Mardi, le chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier, a ramené la discussion au Québec, s’attirant de vives réactions. 

Doigt d’honneur 

Marianne Farley n’a pas perdu de temps à publier sur les réseaux sociaux une photo d’utérus qui lance un doigt d’honneur, en guise de protestation contre ceux qui veulent s’immiscer dans les décisions personnelles d’une femme. 

« Avec Trump, je m’y attendais. Ç’a n’a pas de bon sens ce qui est en train de se passer. On n’est pas à l’abri, ici non plus », a-t-elle dit au Journal. 

« Le débat se rapproche de nous toutes. Certains politiciens attendent avant de se prononcer et d’autres le font avec des intérêts autres que les nôtres », a aussi revendiqué Karine Vanasse. La comédienne devenue maman, en avril 2018, a diffusé son histoire sur sa plateforme Instagram afin de la partager. 

« [...] Je suis devenue maman. Parce que c’était mon choix à ce moment-là de le devenir. Et ce choix, ce droit, doit rester le nôtre. À un autre moment, dans d’autres circonstances, la décision aurait pu être différente », a témoigné la populaire actrice, invitant les gens à s’informer avant de critiquer les femmes qui mettent fin à leur grossesse. 

Maxime Bernier a tenté de clarifier sa position sur les ondes de QUB radio, hier matin, se disant favorable à l’avortement de premier, deuxième et « peut-être même » troisième trimestre. Mais deux jours avant l’accouchement ? 

« Je suis en faveur d’avoir ce débat-là », a-t-il dit.  

 ► Au Canada, il est légal pour une femme de se faire avorter depuis 1988. 

Un discours de droite influencé par Donald Trump 

Le discours de droite que tient le politicien Maxime Bernier, notamment par rapport à l’avortement, découle d’une influence claire du président américain Donald Trump et de son discours, s’entendent pour dire des experts. 

« Les commentaires négatifs contre l’avortement sont légitimés quand le président adopte une position de la sorte. Ça devient de plus en plus acceptable de remettre en question ce droit des femmes », constate avec indignation la spécialiste en politique américaine Véronique Pronovost. 

Elle indique que d’avoir au pouvoir un gouvernement républicain qui milite majoritairement contre l’avortement n’aide en rien la cause. 

Tangente inquiétante 

Selon elle, le mouvement pro-vie n’a jamais fait relâche au Canada, mais n’avait « plus la même mobilisation ». 

« Ces gens profitent en ce moment des idéologies qui émanent des frontières pour surfer sur cette voix-là », déplore la doctorante en sciences politiques 

Elle s’inquiète de la tangente de droite que ce discours incite. La forte majorité des Canadiens sont favorables à l’avortement en toutes circonstances, ce qui la rassure. 

Le professeur retraité en politique Jean-Marc Piotte avance de son côté que nous assistons à « un mouvement de la droite qui tente de remettre en question celui du féminisme », qu’il évalue « très fort » depuis quelques années, entre autres grâce aux nombreux scandales sexuels qui ont éclaté dans les deux pays. 

« Les États-Unis ont toujours été très influents envers nous, mais il y a aussi cette volonté de radicaliser. La droite était en perte de vitesse, avant l’arrivée de Trump », observe M. Piotte. 

Pas au Canada 

L’expert en politique ne croit pas – du moins, il l’espère – qu’un projet de loi antiavortement trouverait écho au Québec, ni même au Canada. 

Ce n’est actuellement pas le cas chez nos voisins du Sud. 

Même son de cloche du côté de Frédéric Boily, professeur à l’Université d’Alberta. 

L’expert doute d’autant plus de la stratégie du chef du nouveau Parti populaire du Canada. 

« Maxime Bernier est en déficit d’attention. Il réalise que les projecteurs ne sont pas sur lui. Il veut lancer le message fort qu’il est le parti le plus de droite », conclut-il.

En complément...

La professeure titulaire à la Faculté de droit de l’Université Laval Louise Langevin est venue commenter le dossier au micro de QUB radio, jeudi.