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Les enseignants plaignards

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Photo d'archives, Simon Clark Présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement, Josée Scalabrini.

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Je marche sur la pointe des pieds, avançant sur un terrain glissant, rempli de mines, un œuf en équilibre sur le bout du nez... Mais j’ose tout de même l’affirmer : je suis tanné d’entendre les enseignants se plaindre. Voilà, c’est dit.

Soyons clairs. J’admire ces personnes qui se dévouent corps et âme pour doter nos jeunes pousses du savoir, élément tellement essentiel à leur épanouissement. De par leur capacité à outiller nos enfants et à combler le manque d’implication des parents et du milieu, résultat tangible des travers de notre époque, elles sont de véritables héros modernes.

Mais...

Parfois on se demande si les lamentations et hauts cris ne sont pas devenus un peu trop omniprésents. Encore là, soyons précis. D’aucuns reconnaissent que les conditions peuvent être extrêmement difficiles. Les élèves à problèmes, les parents tout aussi rois que leur progéniture royale, les classes surpeuplées, etc.

Sauf qu’on a l’impression que, parfois, les enseignants poussent le bouchon un peu trop loin. Prenons par exemple les articles de mon collègue Pascal Dugas-Bourdon au cours des deux dernières semaines.

Il y a tout d’abord eu le psychodrame de la fin des semaines de quatre jours. Parce que pour certains profs, il est impensable de croire qu’ils pourraient travailler cinq jours par semaine, comme le commun des mortels. Non, eux, ils veulent avoir une permission pour être présents seulement à 80 % du temps. Parce qu’eux, ils le méritent. Et au diable la pénurie de main-d’œuvre.

Même chose pour le retrait de la retraite progressive, le nouveau motif d’indignation professorale. Encore là, ce serait ben épouvantable de demander aux enseignants de demeurer en poste à temps plein jusqu’à la retraite, pour pourvoir au manque criant de ressources.

Les enfants, eux ?

Posons ici une question simple, par rapport à ces deux exemples : qui se préoccupe du bien-être des enfants ? Qui se demande si c’est souhaitable pour un élève du primaire d’avoir un enseignant à temps partiel, et un autre choisi aléatoirement pour combler les jours de congé du titulaire de la classe ? Certainement pas les représentants syndicaux !

Ce qui m’amène à une deuxième question. Est-ce que ce sont les enseignants qui sont si plaignards, ou plutôt les syndicats qui dépeignent un portrait tellement toujours épouvantablement négatif, pour faire avancer leur cause et justifier leurs salaires ?

En fait, on a de plus en plus l’impression que les finissants et finissantes se font carrément laver le cerveau lorsqu’ils quittent les bancs d’école. « Tu vas voir, c’est terrible. Un vrai cauchemar. Tu vas vouloir tout abandonner après ton cinquième burnout en une année... » Comme s’il y avait un genre de conditionnement qui s’opérait.

Oui, on doit améliorer vos conditions. Oui, on doit valoriser votre profession. Oui, on doit corriger certains travers de notre système d’éducation.

Mais de grâce, chers héros, parlez-nous aussi de votre sens de la vocation, de votre passion pour nos enfants, de la beauté du métier, des belles histoires de réussite.

Malheureusement, ce négativisme absolu fait en sorte que bien des gens deviennent immunisés à vos doléances. Trouvez l’équilibre, et vous trouverez une oreille attentive. C’est promis.