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Une scène de sexe de 13 minutes fait scandale à Cannes

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Cannes | Des réactions outrées, des cris au génie, Abdelatif Kechiche qui quitte précipitamment la salle en s’excusant: Mektoub My Love: Intermezzo, projeté en compétition officielle jeudi soir, est la grosse polémique venue secouer la fin du Festival de Cannes.   

 

 

Six ans après la Palme d’or puis la controverse autour de La vie d’Adèle, le réalisateur français a secoué la Croisette avec son septième long-métrage, une expérience de 3h28 radicale jusqu’à l’overdose, dont les trois quarts se déroulent en boîte de nuit, avec en point d’orgue une scène très crue de 13 minutes de cunnilingus aux toilettes.   

 

 

«Pas de générique, pas de réelle narration. Une intro sur un cul, des plans sur des culs. Et encore. Une discussion sur les culs. D’autres culs. Et on finit sur un cul. Plage. Boîte. Cunni. Boîte. Fin. J’adore le cinéma de Kechiche, mais là, j’ai pas suivi», a déploré le réalisateur Thibaut Buccellato sur Twitter.   

«Pour toi, public, j’ai compté tous les plans qui montrent des culs dans #MektoubMyLoveIntermezzo: il y en a 178. Si on les enlève, je pense que le film dure 20 minutes», a «tweeté» la journaliste Anaïs Bordages.   

«Oui, la scène de sexe est dominée par la femme comme c’est rarement fait au cinéma. Oui, Kechiche est un dieu pour filmer la jeunesse, le désir, comme il l’a montré dans le premier. Mais je rejette totalement ce film dont je ne vois que la brutalité du regard misogyne et abject», s’est émue Gwen sur le même réseau social.   

 

AFP

 

D’autres, comme le critique Philippe Rouyer, ont au contraire estimé que Kechiche «radicalise sa démarche pour nous faire partager une folle nuit de désirs en discothèque. Bravo à tous les interprètes qui se sont donnés à fond pour jouer cette transe magistralement filmée».   

Vendredi, sur le coup de 1h30, c’est sans attendre la réaction du public et manifestement ému et embarrassé que Kechiche a quitté la salle précipitamment après avoir délivré ces quelques mots: «Je m’excuse de vous avoir retenus sans vous prévenir et voilà... je m’en vais.» Ophélie Bau, l’une des actrices principales, avait, elle, déjà quitté les lieux lorsque les lumières se sont rallumées. Elle n’est pas revenue aujourd'hui pour la conférence de presse de l’équipe.

 

Abdelatif Kechiche
AFP
Abdelatif Kechiche

   

Elle ne fut pas la seule à avoir quitté le Grand Théâtre Lumière, puisque plusieurs spectateurs sont sortis en cours de projection.    

Le caractère très cru de l’œuvre n’est pas une surprise de la part d’un cinéaste qui avait déjà marqué les esprits avec une scène de sexe de huit minutes dans La  vie d’Adèle et une autre, torride, en ouverture de Mektoub My Love: Canto uno.   

Suite de cet opus, ode au désir de près de trois heures, présenté à la Mostra de Venise en 2017, Intermezzo en reprend les personnages principaux: une bande de jeunes à Sète.    

Mais là où le premier passait d’un lieu à l’autre, alternant scènes de jour et de nuit, avec déjà une longue scène de soirée, le second se déroule presque exclusivement dans un lieu unique: une boîte de nuit.    

Et alors que le premier volet avait déjà suscité pas mal de commentaires sur la façon de filmer les femmes en s’attardant sur leurs courbes, leurs fesses en particulier, Kechiche récidive à haute dose dans ce second volet.    

Il multiplie ainsi les plans sur les corps de jeunes femmes qui dansent en mini-short et brassière, avec d’innombrables images de pole dance et plans sur les fesses des filles.    

Mektoub My Love: Intermezzo se révèle être une expérience de cinéma éprouvante, répétant en boucle des images de danse sur des rythmes de musique techno jusqu’à devenir quasiment hypnotique et laisser le spectateur groggy.   

La présence du film en compétition marque en tout cas le retour du cinéaste de 58 ans sur la Croisette, après la Palme d’or en 2013 pour La vie d’Adèle et ses actrices, Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos, et la polémique sur les conditions de tournage du film.   

Léa Seydoux avait notamment dénoncé des conditions de tournage «horribles», tandis qu’Adèle Exarchopoulos, alors âgée de 19 ans, avait parlé de «dix journées entières à tourner» la très longue scène de sexe du film.