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L’affrontement LeBel —Jolin-Barrette

simon jolin-barrette
Photo d'archives, Jean-Francois Desgagnés Le ministre Simon Jolin-Barrette

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La CAQ est toujours en lune de miel, mais au sein du gouvernement Legault il y a manifestement un divorce entre deux ministres de premier plan : Sonia LeBel et Simon Jolin-Barrette.

Le cabinet caquiste ne compte que quatre élus possédant une formation en droit (Nathalie Roy et Jean Boulet étant les deux autres).

LeBel et Jolin-Barrette détiennent les portefeuilles cruciaux en ces matières et mènent actuellement certaines des réformes les plus hardies du gouvernement. Sauf que leurs visions des choses divergent.

Fracturation juridique

La principale manifestation est passée presque inaperçue.

À la mi-mai, Sonia LeBel, ministre de la Justice et responsable des « Relations canadiennes », annonçait fièrement une entente entre Québec et Ottawa concernant la nomination des juges de la Cour suprême (CS) fédérale.

Il y a longtemps que le Québec cherche à avoir son mot à dire en ces matières. Qu’Ottawa choisisse seul les juges appelés à trancher notamment les différends entre l’État central et le Québec est un accroc majeur au fédéralisme que plusieurs générations de politiciens québécois ont dénoncé.

Si l’accord du lac Meech de 1987 (éteint en 1990) avait eu force de loi, le Québec, société distincte, aurait, depuis près de 30 ans, choisi les trois juges de la CS issus de sa tradition juridique, le droit civil.

Ainsi, le 15 mai, Sonia LeBel manifeste sa joie devant les médias. Elle parle d’une « entente historique », souligne le « précédent » qu’elle représente et dit que Québec cherchera à la « rendre pérenne ».

Quelques minutes plus tard cependant, François Legault, contre toute attente, jette une douche froide : « Ce n’est pas idéal comme entente. C’est un premier pas ».

Le premier ministre sait très bien que son pilier, leader parlementaire et ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, a depuis des semaines mis du sable dans l’engrenage et est loin d’être satisfait du résultat final.

Selon l’entente, Québec choisira deux des huit personnes qui composeront un comité chargé de fournir une liste de trois à cinq candidats. Après consultation sur ceux-ci, Québec transmettra sa recommandation au premier ministre fédéral.

C’est sans précédent. Mais on reste très loin de la proposition « nationaliste » de Simon Jolin-Barrette dans l’opposition. Il avait déposé en février 2016 le projet de loi 591 par lequel l’Assemblée nationale, sous conseil d’un comité et après délibération, se serait trouvée à proposer une liste de trois candidats au fédéral.

Constatant la divergence, l’indépendante Catherine Fournier, le 16 mai, redépose sous un autre chiffre (393) le texte du fameux projet de loi 591 de Jolin-Barrette. Ce dernier, comme leader du gouvernement, ne s’oppose évidemment pas au dépôt ! Ironie du sort, s’il voulait le faire cheminer, ce serait à lui de l’annoncer en chambre !

LeBel « recherchée »

La Ministre de la Justice Sonia Lebel
Photo d'archives, Simon Clark
La Ministre de la Justice Sonia Lebel

Du côté de LeBel, maintenant, il y a des silences qui en disent long.

Comme celui qu’elle maintient au sujet du controversé projet de loi 21 sur la laïcité. En commission parlementaire, début mai, le qsiste Sol Zanetti lui demande ce qu’elle en pense. Mme LeBel refuse carrément de répondre !

L’affaire ne passe pas inaperçue sur la colline. Le 16 mai, à la période de questions, le libéral Marc Tanguay s’amuse et lance « un avis de recherche : Où est la ministre de la Justice ? »

Elle ne dit rien sur le projet de loi 21, constate-t-il, alors qu’elle est la « première conseillère du gouvernement, notamment en matière de droits et libertés » et de respect de la charte des droits et libertés québécoise.

Il enjoint à LeBel de « déconseiller à ce gouvernement-là [...] d’appliquer la clause dérogatoire, et tout ça, sous menace du bâillon ». Il souligne les « nombreuses contestations judiciaires » qui découleront à ses yeux inévitablement de cette opération législative.

Sonia LeBel, de l’autre côté de la chambre, face à lui, reste assise. Qui répond ? Simon Jolin-Barrette.

Entre les deux ministres, les différends s’additionnent. Certains qualifient la relation de malsaine. Un vrai défi pour François Legault.

Le carnet de la semaine

PERRONISME DE CHAMPAGNE

En entrevue à LCN, le dramaturge Dominic Champagne saluait jeudi de récentes déclarations faites par François Legault à Washington selon lequel le Québec, s’il vendait de l’électricité aux États-Unis, contribuerait à faire diminuer la production de gaz à effet de serre dans tout l’est de l’Amérique. Champagne a eu ce commentaire : « C’est du miel à mes oreilles. » Ce qui, on en conviendra, peut être légèrement collant près du tympan

 

DOMINIQUE, LA PATRIOTE

La prétendante à la chefferie du PLQ Dominique Anglade a diffusé lundi sur son compte Facebook — mais pas sur son site Internet dominiqueanglade.ca — un message où elle présentait sa perspective sur la Journée nationale des patriotes. La conclusion avait des accents bourassiens qui en ont surpris plusieurs au sein du PLQ : « Le peuple du Québec est un peuple distinct, fier, libre et capable d’assumer ses choix. Bonne Journée nationale des patriotes. »

L’ONU, CHAMPION !

Cette semaine, on apprenait que des experts du Conseil des droits de l’homme de l’ONU se disaient inquiets à l’égard du projet de loi 21. Le qsiste Sol Zanetti s’en est ému jeudi, tout en nuançant : « Le Québec n’est clairement pas un cancre des droits de la personne et des droits humains au monde, là. » On l’en remercie. Le libéral Marc Tanguay, lui, s’est fait plus énigmatique, sur Twitter. En relayant un article sur les soucis onusiens, il a écrit « BRAVO Champion ! » Mais qui est ce « champion » ironique ? M. Legault ? Les gens de l’ONU ?

La citation de la semaine

« Je ne suis pas venu en politique pour faire adopter un projet de loi sur la laïcité. »

– François Legault, premier ministre du Québec, en entrevue avec Le Journal