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Le Cirque du Soleil compte rester en mode acquisition

Le fleuron québécois du créatif a l’appétit vorace pour assurer sa croissance

Daniel Lamarre
Photo PHILIPPE ORFALI Président et chef de la direction du Cirque du Soleil, Daniel Lamarre a pris part à un exposé sur le leadership d’impact, à la conférence d’affaires C2 Montréal, hier. En tout, près de 7000 professionnels participaient à l’événement qui a pris fin hier soir.

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Près de quatre ans après la vente d’une majorité des actions de Guy Laliberté au fonds d’investissement américain TPG Capital, l’avenir du Cirque du Soleil passe plus que jamais par des acquisitions à l’étranger.

Le collectif The Blue Man Group en 2017, le spécialiste du théâtre pour enfants V Star l’an dernier, les magiciens de The Works Entertainment en février... au rythme d’une par année environ, l’équipe dirigée par Daniel Lamarre a procédé, méthodiquement, à différentes acquisitions stratégiques.

Et pas question d’arrêter ou de ralentir la cadence, a soutenu l’homme d’affaires en entrevue au Journal en marge de la conférence d’affaires C2 Montréal, qui se terminait hier soir dans le quartier Pointe-Saint-Charles.

« Acheter, c’est clairement un axe de développement important. Ce n’est pas le seul, parce qu’on crée plus de spectacles du Cirque que jamais, mais notre croissance passe par des acquisitions », a dit le président et chef de la direction.

« On est toujours à la recherche de nouvelles propriétés. On fait notre démarchage, notre acquisition, son déploiement, puis on recommence. Là, on est à intégrer et déployer The Works. Pendant que ça se passe, on recommence peu à peu à démarcher », ajoute celui qui œuvre au sein de l’entreprise depuis 2001.

La vitesse supérieure

En vendant au Cirque, ces sociétés trouvent le moyen de passer à la vitesse supérieure, soutient le dirigeant, grâce à la « force de tournée » du géant québécois de l’art de la scène. La compagnie est capable de faire rouler ses spectacles dans pas moins de 450 villes à l’échelle du globe, un exploit unique ou presque dans le monde.

Tout cela aurait été « impossible » sans l’acquisition par TPG Capital d’une participation majoritaire dans le Cirque, en 2015. Le fondateur du Cirque, Guy Laliberté, a cédé 60 % de ses parts à TPG et 20 % à la chinoise Fosun. La Caisse de dépôt et placement détient aujourd’hui environ 10 % de l’entreprise, comme M. Laliberté. L’homme d’affaires Mitch Garber, président du conseil du Cirque, fait aussi partie des investisseurs.

« On n’aurait pas pu participer à des acquisitions ni faire [croître] nos spectacles à nous de la même manière. On a aujourd’hui les moyens financiers pour appuyer ce développement-là. »

Tout récemment, au moment de l’acquisition de The Works, le Groupe Cirque du Soleil a aussi procédé à la signature d’une facilité de crédit de 120 millions de dollars américains avec le Fonds de solidarité FTQ et la Caisse de dépôt et placement du Québec, pour soutenir la croissance future du Groupe.

Effet boule de neige

La plupart de ces acquisitions sont et seront à l’étranger.

Prochaine destination : l’Europe ou l’Asie. Il s’agit des deux secteurs où l’entreprise juge pouvoir tirer son épingle du jeu.

Mais le Québec tout entier en bénéficie tout de même, croit M. Lamarre.

« Quand tu as un champion dans un domaine de créativité, ça amène plusieurs entreprises à se développer. C’est ce qui se passe ici à Montréal. »

Aux gouvernements de forcer les géants à payer des impôts

Face à des entreprises technologiques avares qui font tout en leur pouvoir pour éviter de payer de l’impôt, les gouvernements doivent agir, et vite. C’est tout le système démocratique et économique qui en dépend, soutient la multimilliardaire et activiste Lynn Forester de Rothschild.

De passage à Montréal dans le cadre de la conférence d’affaires C2 Montréal, la présidente de la Coalition for Inclusive Capitalism ne passe pas par quatre chemins.

« Les gouvernements doivent agir, parler aux entreprises qui font partie de ce problème pour qu’elles paient ce qui est juste et équitable. [...] Si vous voulez changer leur comportement, changez la loi », a affirmé la femme d’affaires en entrevue au Journal.

Des milliards

Peu à peu, différents pays agissent. Au Royaume-Uni, le plus récent budget prévoit que les « géants mondiaux qui réalisent des profits au Royaume-Uni ont à payer leur juste part », au moyen d’une « taxe sur les services numériques », qui entrera en vigueur en 2020.

En France, le Sénat a approuvé cette semaine en première lecture un texte de loi qui taxerait une partie du chiffre d’affaires de ces entreprises technologiques jusque-là à l’abri du fisc.

Et au Canada ?

Toujours rien. Les libéraux du gouvernement de Justin Trudeau répètent encore et encore qu’ils préfèrent attendre une prise de position claire de l’OCDE, organisation internationale regroupant une trentaine de pays, plutôt que d’agir seuls. Quitte à laisser passer entre les filets du fisc des dizaines de milliards de dollars en recettes d’ici là.

« Taxer de façon juste »

« Les consommateurs veulent ce que Google, Amazon et Netflix offrent. Le but n’est pas de les taxer jusqu’à ce qu’elles disparaissent, il faut les taxer de façon juste, tant pour elles que pour la société. [...] Soixante pour cent des Américains jugent que le système financier ne fonctionne pas en leur faveur », soutient la femme d’affaires et multimilliardaire, qui est également à la tête du holding familial E.L. Rothschild.

Ministre de l’Économie du Québec, Pierre Fitzgibbon juge, comme plusieurs, la situation intenable.

« Il faut trouver une façon, fiscalement, de bénéficier des profits que réalisent ces entreprises ici. Au Québec, on a déjà réglé la question de la taxe de vente, ces entreprises facturent la TVQ. Mais on doit aussi taxer leurs revenus. Le Canada a un rôle à jouer, il faut qu’il agisse, on a des discussions avec le ministre des Finances (du Canada) Bill Morneau, parce que c’est totalement injuste pour les concurrents québécois de ces géants du web. »